Le Forum de la mémoire du journal El Moudjahid, en collaboration avec l’association Machaâl Echahid, a commémoré, hier, le 57e anniversaire de la fête de la Victoire, proclamée au lendemain de la signature des accords d’Évian.
Invitée du forum, Me Fatma-Zohra Benbraham axera son intervention sur les moments forts de l’Exécutif provisoire de Rocher Noir. « Seule une toute petite poignée d’Algériens serait en mesure de rappeler que Boumerdès s’était installée, voici 57 ans, au cœur de l’actualité internationale. L’ancienne Rocher Noir avait été érigée au rang de capitale ‘‘politico-administrative’’ de l’Algérie, au sortir du plus sanglant des conflits de décolonisation», dira l’avocate qui expliquera que « c’est là, sur les bords d’une des plages les plus prisées de l’Algérie balnéaire qu’a été gérée la période dite ‘‘transitoire’’. Une transition qualifiée de ‘‘chaotique’’ par les historiens et dévolue à une institution désignée sous le qualificatif d’Exécutif provisoire, présidé par Abderrahmane Farés», a-t-elle tenu à rappeler. L’invitée de notre forum précisera que « c’est en pleines négociations des accords d’Évian que l’idée de créer un Exécutif provisoire avec pour mission d’assurer la gestion de la période de transition jusqu’au transfert définitif du pouvoir aux nouvelles autorités de l’Algérie indépendante fut retenue par les deux parties, française et algérienne. Et, dès le départ, Abderrahmane Farés fut désigné pour diriger une liste arrêtée par le gouvernement français et le GPRA». Me Benbraham regrette que « peu de travaux soient menés sur l’Exécutif provisoire qui, pourtant, avait réussi à mener des missions très délicates dans une conjoncture presque chaotique. Cette période charnière qui a vu la naissance du jeune Etat algérien dans un contexte marqué par des violences inouïes, entre déchaînement meurtrier de l’OAS et luttes de pouvoir entraînant une «guerre des Wilayas» lors de la crise de l’été 1962», dira notre invitée.
Les accords d’Évian, des négociations menées « au forceps »
«C’est dans ce contexte historique, précisera-t-elle, que l’Exécutif provisoire avait principalement pour mission de gérer les affaires courantes, d’organiser le référendum d’autodétermination ainsi que les élections de l’Assemblée constituante». Me Benbraham conclura son intervention en estimant qu’avec le recul, le travail de l’Exécutif provisoire fut titanesque de par les enjeux, mais aussi de par les dissensions ayant miné les deux camps. M. Mohamed Kechoud, moudjahid et ancien ministre, a abordé, quant à lui, la fête de la Victoire, proclamée au lendemain de la signature des accords d’Evian qui ont été marqués par l’obstination de la partie française. «Cette dernière a avancé trois propositions rejetées par la délégation algérienne. Ces propositions concernaient le maintien du Sahara algérien et la base navale de Mers El-Kébir (Oran) sous domination française, et la question du million de Français établis en Algérie. Mais devant les propositions françaises, la délégation algérienne avait campé sur sa position au sujet du Sahara qu’elle était déterminée à défendre coûte que coûte, avant de convenir avec la délégation française du maintien des investissements français au Sahara pendant une durée de trois ans, notamment après la découverte de pétrole», dira l’invitée du forum.
«Les négociateurs des accords d’Evian n’étaient pas des diplomates, mais des hommes aguerris qui avaient pour mission de mener jusqu’au bout les négociations et d’arracher l’indépendance de l’Algérie», a déclaré, dans sa conférence M. Kechoud. Témoin direct de cette page de notre histoire, le conférencier n’a omis aucun détail. Mais, avant, a-t-il expliqué, il faut d’abord parler de contacts, ensuite de pourparlers, avant d’arriver aux négociations, couronnées par le cessez-le-feu et l’organisation du référendum ayant consacré l’indépendance. Très pointilleux, avec un sens de précision très aigu, l’invité du forum dira que «ces pourparlers iront doucement, car la France n’a pas montré une réelle volonté à ce sujet».
Le 19 Mars 1962 a signé la fin d’une guerre de Libération gagnée à la force des armes
En fin de compte, les autorités françaises se sont résignées à demander officiellement d’entamer des négociations en vue de parvenir à l’indépendance de l’Algérie. Après que le FLN ait posé des conditions strictes et non négociables, comme le respect de l’unité du peuple algérien et l’intégrité du territoire national. En février 1962, les vraies négociations sont entamées, et où tous les points soumis par le GPRA ont été acceptés par le gouvernement français, après qu’elles eurent buté sur le dossier du Sahara. Cette étape dans l’histoire de l’Algérie est considérée comme «décisive» pour avoir consacré «l’objectif majeur qu’est l’indépendance du pays tant attendue par des générations d’Algériennes et d’Algériens qui ont consenti, avec courage et abnégation, des sacrifices incommensurables» pour arracher leur liberté, a déclaré l’invité du forum d’El Moudjahid. Pour rappel, consacré fête nationale de la Victoire en Algérie, le 19 Mars 1962 a signé la fin d’une guerre de Libération gagnée à la force des armes et de la détermination des millions d’Algériens, qui ont souffert, pendant plus d’un siècle, des affres de l’ordre colonial avec un lourd tribut fait de martyrs innombrables, de milliers de veuves et d’orphelins, de centaines de milliers de prisonniers, de détenus et d’invalides, ainsi que de destruction de milliers de villages et de hameaux.
L’annonce officielle du cessez-le-feu, conclu le 18 mars à Evian, a été ainsi accueillie avec une immense et incommensurable joie par les moudjahidine des maquis de l’Armée de libération nationale (ALN) et par l’ensemble du peuple algérien, qui venait de retrouver sa liberté et sa souveraineté. Dans l’euphorie de l’indépendance, le pays a été appelé à s’engager dans un nouveau et long processus historique, celui du combat pour la construction du pays, qui puisera l’intégralité de son essence dans l’esprit qui a marqué le processus de recouvrement de la souveraineté nationale pour affranchir le pays de l’occupation étrangère.
Farida Larbi
Auteur: elmoudjahid
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