La cérémonie au cours de laquelle le Président Bouteflika a notifié officiellement, au président du Conseil constitutionnel, en présence du président du Conseil de la nation, sa décision de mettre fin à son mandat en qualité de Président de la République, a quelque chose de pathétique d’autant plus qu’elle a été immédiatement suivie par un déferlement, en plein centre de la capitale, de centaines de citoyens venus fêter collectivement l’événement. Certains n’ont pas hésité à qualifier ce moment de seconde indépendance du pays ! Evidemment les mots sont forts parce que le moment historique est dense et ne peut échapper à l’émotion qui lui donne tout son sens. Parions que la fête sera plus grandiose encore ce septième vendredi parce que cela représente une évolution majeure dans le processus d’un mouvement citoyen qui revendique le droit du peuple à récupérer pleinement sa souveraineté confisquée ! Qu’est-ce qui nous est arrivé pour que des millions de citoyennes et de citoyens, en famille, femmes et enfants, en majorité des jeunes, sortent dans la rue, l’emblème national sur les épaules, battent le pavé de manière pacifique, ne demandant rien que de récupérer un bien commun, chèrement acquis, la liberté et la dignité ! Une image grandiose que toute la planète a célébrée ! Certains et ils n’ont certainement pas torts d’avoir qualifié ce mouvement inédit de «révolution du sourire». Pourtant, le parcours et la stature du Président Bouteflika sont loin d’être banals et tout ce qu’il a fait pour sa patrie, depuis la guerre de Libération à nos jours, n’est pas négligeable. L’homme bien sûr, comme tous les hommes et davantage encore lorsqu’il dirige un Etat, ne peut faire l’unanimité mais aucun homme sensé ne peut dire que son bilan a été catastrophique. Surtout lorsqu’on sait le difficile contexte dans lequel il a accédé à la magistrature suprême, un pays terrassé par la tragédie nationale et isolé sur la scène mondiale. Pour le Président Bouteflika, aujourd’hui âgé et malade, ce n’est pas son travail à la tête de l’Etat qui est remis en cause mais bien l’aveuglement du pouvoir et cette irrésistible euphorie de vouloir s’éterniser et mourir sur le trône ! Personne n’est naïf pour croire qu’il était à ce point inconscient et que toute la responsabilité incombe à son entourage immédiat, pour des raisons évidentes de gros intérêts car, selon de nombreux témoins de bonne fois, la lucidité ne lui a pas manqué malgré le double poids de l’âge et de la maladie. Aussi, s’il y a bien une leçon à tirer de ce qui se passe chez nous, aujourd’hui, en ce moment, une leçon que tous les futurs Présidents de la République ou tout simplement les responsables politiques doivent avoir à l’esprit, c’est que chacun ne doit jamais oublier qu’il est mandaté par le peuple et qu’il faut toujours savoir se retirer à temps. Car comme on dit, si tout le monde est nécessaire, nul n’est indispensable !  Pardon pour la leçon car la morale et l’éthique, inséparables de la politique en démocratie, sont plutôt des qualités encore rares chez nous et c’est pourquoi, au moment où nous entamons la transition, une période sensible où les tensions sont à l’apogée et qu’il faudrait piloter main dans la main, dans la sérénité, ce rappel à l’intelligent nous paraît utile.
CHERIF JALIL

Auteur: elmoudjahid
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