L’OMC réduit de moitié ses prévisions pour 2019
L’Asie et l’Amérique du Nord les plus touchées
En cause, les conflits commerciaux et géopolitiques
Le ralentissement de la croissance économique combiné aux tensions commerciales ont lourdement impacté les échanges. D’où la réduction de moitié des prévisions de l’OMC pour l’année 2019 (Ph. AFP)
Les perspectives s’assombrissent pour le commerce mondial. L’Organisation mondiale du commerce (OMC) vient d’abaisser ses prévisions de croissance du commerce mondial de marchandises à 1,2% en 2019, contre 2,6% attendus jusqu’ici. Pour l’année 2020, l’OMC reste optimiste, ses prévisions n’étant que légèrement revues en baisse, à 2,7%, contre 3% auparavant.
C’est en Amérique du Nord et en Asie, deux régions touchées par la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, que la chute est la plus spectaculaire. Le rythme de croissance du commerce extérieur pourrait tomber en Amérique du Nord de 4,3% en 2018 à 1,5% cette année et de 3,8% à 1,8% en Asie.
Le commerce des services, plus difficile à mesurer, a commencé à stagner. Selon Sébastien Jean, directeur du Centre d’études prospectives et d’informations internationales, le commerce mondial prend la direction d’une croissance nulle.
L’OMC invoque le ralentissement de la croissance mondiale et les tensions commerciales pour justifier ces nouvelles prévisions. En 2019, les Etats-Unis ont continué d’augmenter leurs droits de douane sur une partie des importations chinoises, principalement des biens intermédiaires et menacent de les étendre à l’ensemble des produits importés d’ici la fin de l’année.
Ces tensions sapent la confiance des entreprises, qui préfèrent reporter leurs investissements. L’OMC mesure la montée des incertitudes de deux manières. D’abord en utilisant l’indice Global Economic Policy Uncertainty, qui calcule la fréquence des mots-clés relatifs à l’incertitude dans les rapports et études publiés dans le monde entier. Celui-ci a triplé en un an.
Pour Roberto Azevêdo, directeur général de l’Organisation, «les perspectives du commerce sont décourageantes mais pas inattendues». Au-delà de leurs effets directs, les conflits commerciaux renforcent l’incertitude, ce qui amène certaines entreprises à reporter des investissements nécessaires à la productivité mais aussi à la création d’emplois.
«La résolution des désaccords commerciaux permettrait aux membres de l’OMC d’éviter ces coûts», ajoute-t-il. Si la montée des tensions commerciales explique en grande partie cette révision à la baisse, l’OMC met également en avant «des facteurs cycliques et structurels propres à chaque pays, y compris l’évolution de l’orientation de la politique monétaire dans les pays développés et l’incertitude liée au Brexit dans l’Union européenne. Les risques macroéconomiques sont clairement des risques baissiers».
En clair, la situation pourrait encore se dégrader. «D’autres mesures tarifaires et de rétorsion pourraient aggraver la situation. Des politiques monétaires et budgétaires changeantes pourraient déstabiliser des marchés financiers volatils.
Un ralentissement plus marqué de l’économie mondiale pourrait causer une contraction du commerce encore plus importante. Enfin, un Brexit chaotique pourrait avoir un impact régional notable, principalement limité à l’Europe, avancent les analystes de l’OMC.
Mesures pour endiguer la baisse
L’OMC salue les mesures prises par certains pays pour limiter la casse. «L’assouplissement monétaire dans les pays développés n’a pas eu d’impact majeur à ce jour mais il devrait se faire sentir vers la fin de l’année 2019 et en 2020», prédit l’Organisation. Toutefois, la balance des risques penche toujours vers une détérioration, puisque les différends commerciaux, la volatilité financière et les tensions géopolitiques persistent. L’OMC rappelle qu’au premier semestre 2019, le commerce mondial des marchandises a enregistré une hausse de 0,6% sur un an. Cela marque un ralentissement notable par rapport aux dernières années. Les exportations des économies développées enregistrent une hausse d’à peine 0,2% depuis janvier de cette année, contre 1,3% pour les économies en développement. S’agissant des importations, les économies développées ont enregistré une croissance de 1,1% en glissement annuel, tandis que les pays en développement ont accusé un déclin de 0,4%.
Preuve que la zone euro est particulièrement affectée, l’OCDE observe au 2e trimestre un recul de ses exportations et de ses importations de 3,2% et de 3,6% par rapport à la même période de 2018.
A. G.
Auteur: hlafriqi
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.
