A l’occasion du lancement de sa Business Unit « Afrique », Mazars a organisé, mardi 26 février à Casablanca, une conférence table-ronde sous le thème « Les Enjeux de l’Afrique en 2019 ». Présent dans 27 pays africains, Mazars accompagne, depuis près de 15 ans, plusieurs entreprises dans leur développement sur le continent.
« Nous sommes un cabinet très engagé sur le continent, ce continent qui devient un enjeu géopolitique et économique puisque toutes les puissances s’y intéressent et toutes les communautés d’affaires qu’elles soient du monde occidental ou des pays émergents ce sont focalisé, sur lui. Pour accompagner les entreprises africaines dans cette dynamique, nous avons décidé de structurer notre démarche de la manière la plus pragmatique possible, d’où la création Sd’un « business unit » spécifique », a souligné Abdou Diop, Managing Partner, Mazars Audit & Conseil.
Cette rencontre a réuni d’éminents experts qui ont discuté avec les entrepreneurs marocains des enjeux politiques, sociaux et économiques du continent en 2019.
Présent à cet événement, le nouveau patron des patrons, Salahessine Mezouar, a déclaré que « l’Afrique doit s’assumer et comprendre que son avenir dépend de ses enfants et de leur capacité à agir pour transformer leur réalité… Il est vrai que le continent est en retard par rapport à d’autre pays mais la dynamique est là ».
Malgré des facteurs à risques, l’Afrique reste l’un des continents qui représente un potentiel de croissance avéré et attire les investissements directs étrangers.
Ces dernières années, beaucoup de pays ont profité de la dynamique enclenchée par les pouvoirs publics qui ont opéré des réformes économique et politique qui ont encouragé l’investissement. Cependant, l’Afrique doit encore faire face à des menaces et des défis qui peuvent fragiliser certaines zones et ralentir leur croissance.
Sous la modération de la journaliste, consultante et analyste en affaires internationales Estelle Youssou, la table s’est ouverte sur les élections législatives et présidentielles que connaitront plusieurs pays africains cette année.
Pour Francis Kpatinde, journaliste et enseignant à Science Po Paris, la plupart des crises actuelles découlent non pas du djihadisme mais d’élection mal organisées. Selon lui, sur les 8 élections présidentielles prochaines, 3 sont très importantes et devraient être suivis de prêt : au Nigéria, en Afrique du Sud et en Algérie.
De son côté, le professeur Allioune Sall, Directeur exécutif de l’Institut des Futurs Africains, s’est déclaré navré de la situation en Afrique du Sud, où les difficultés politiques ont pour conséquence une croissance « pathétique » comparée à ses atouts. « C’est un des pays les plus développés du continent qui a des capitaux, des infrastructures et aucune excuse pour ne pas être performant. Aujourd’hui, il est paralysé par ses questions politiques et l’absence du leadership de l’Afrique du Sud pose problème pour le continent », a-t-il précisé.
Répondant à une question sur la situation des voisins du Maroc, Abdelmalek Alaoui, Président de la Tribune Afrique et du Huffpost, a déclaré qu’il fallait être respectueux par rapport à ce qui se passe en Algérie. Selon lui, il faut que les Algériens règlent eux-mêmes leurs problèmes. « Lorsqu’on parle d’évolution démocratique en Afrique il faut être très prudent. Cette quête du sens qui est mondiale, si elle arrive dans nos pays d’une manière trop rapide, risque de voir des « aventuriers » qui arrivent au pouvoir. Et c’est très dangereux parce que l’Afrique a encore besoin d’un mix de compétences et de régimes semi-autoritaires pour pourvoir guider son développement, même si c’est « politiquement incorrect »», a-t-il précisé.
Pour M. Alaoui, il ne faut pas importer des discours orientaux mais plutôt redevenir panafricain et reprendre son destin en main.
Cette table ronde a également traité de sujets économiques comme la mise en œuvre de la Zone de Libre-échange Continentale Africaine (ZLECA), la relance de l’investissement privé, l’uniformisation des économies, la nécessité d’investir en recherche et innovation, le développement économique, etc.
Malgré ses bonnes performances dans plusieurs pays, la croissance africaine ne suffit pas aujourd’hui à soutenir le poids démographique et c’est le principal problème du continent aujourd’hui.
Selon Kako Nubukpo, économiste et ancien ministre de la prospective et de l’évaluation des politiques publiques du Togo, un des plus grands problèmes de l’Afrique est qu’elle reste tributaire des marchés mondiaux 60 ans après les indépendances, avec une croissance volatile. Une triste réalité confirmée également par Lilia Hachem Nass, directrice du bureau de la commission économique pour l’Afrique, qui a soulevé la nécessité de chercher un autre modèle de développement qui s’adapte aux capacités et à la situation des pays africains et qui ne soit pas calquée sur les pays développés.
De son côté, M. Diop s’est montré plus optimiste pour cette année 2019 qui a commencé par une hausse des cours des matières premières. Une année qui verra également la ratification de la ZLECA qui, selon lui, va transformer la donne pour les pays africains.
A. Loudni
Auteur: SB
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