Dans ses orientations et directives traitant de la relance économique, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a insisté sur le principe d’obligation de résultat devant se concrétiser à court terme, soit avant la fin de l’année en cours.

Dans son allocution d’ouverture des travaux de la Conférence nationale sur le Plan de relance sur une économie nouvelle, le chef de l’Etat a réitéré sa détermination de réduire de 20% le poids des hydrocarbures dans l’économie. Il a aussi préconisé qu’à cette même échéance, la valeur des exportations hors hydrocarbures soit de l’ordre de 5 milliards de dollars au lieu de 2 actuellement.
A elles seules, ces deux options attestent d’une nouvelle réorientation de l’économie qui, dans sa quasi-totalité, n’aura plus à s’appuyer, à l’ère de l’Algérie nouvelle, sur la rente pétrolière. «Cela est fatal pour l’intelligence et l’esprit d’initiative», a soutenu en effet le président de la République mettant en relief le principal objectif de cette conférence portant «sur la définition des voies et moyens de la relance économique suivant une stratégie de coordination des efforts entre les institutions de l’Etat et ses partenaires socio-économiques». Il a ainsi plaidé pour un nouveau modèle économique dont pourront bénéficier l’ensemble des Algériens sous la conduite de l’Etat en tant que garant du principe de la parité des chances pour tous les opérateurs désirant servir honnêtement le pays.
Il fera part, en ce sens, de l’importance que revêt cette conférence nationale tenue en présence du Premier ministre et de membres du gouvernement, de responsables de différents organismes de l’Etat et des organes de consultations, de représentants des organisations patronales et syndicales en sus de nombreux experts et personnalités.
«La tenue de cette conférence intervient dans une conjoncture particulière marquée par une double crise de l’épidémie du Covid-19 et de la chute des prix du pétrole», souligne le président de la République. En évoquant la crise sanitaire qui a impacté l’économie, l’Algérie, dit-il, «est sur le point de dépasser». Le chef de l’Etat ne manquera pas de rendre un hommage appuyé au personnel de la santé, aux corps de sécurité et à la protection civile pour leurs efforts consentis dans la lutte contre la propagation du coronavirus.

Consolider la souveraineté  nationale

L’économie nationale est, selon le président de la République, «sous-développé» au vu, explique-t-il, «de son caractère désarticulé, de son orientation extravertie vers l’importation privilégiée des années durant en plus d’un manque d’échanges sectoriels».
Ce cumul de dysfonctionnements, énuméré par M. Tebboune ainsi que d’autres, comme le défaut de la numérisation dont il a recommandé la mise en place dans l’urgence «pour savoir qui possède quoi» est le résultat d’une économie rentière ayant permis, explique t-il, à certains de s’enrichir au détriment des recettes du Trésor public et du tissu de production national.
D’où l’impératif d’opérer des changements radicaux pour sortir de l’emprise des hydrocarbures et des fluctuations des prix de pétrole. «L’on est toujours à la merci de nos recettes des hydrocarbures. Or, l’on peut se prendre en charge encore plus souverainement et plus indépendamment de l’instabilité des prix du pétrole au vu du potentiel de ressources diversifiées dont dispose le pays», a soutenu le président de la République.
Il réitère à cet effet le rejet catégorique de toute éventualité d’endettement extérieur mettant ainsi l’accent sur le fait que la souveraineté de décision économique est l’un des axes cardinaux de la nouvelle Algérie.
«Le gouvernement dispose d’une vision pour valoriser nos ressources et créer la plus-value», indique M. Tebboune qui se félicite des actions réussies des entreprises algériennes qui ont conquis les marchés internationaux, citant dans ce cadre une société de production de pneumatiques qui exporte aux Etats-Unis et une autre spécialisée dans les produits cosmétiques très prisés sur le marché africain.

Les nouvelles mesures pour encourager les exportations

Pour consacrer l’objectif de 5 milliards d’exportation hors hydrocarbures prévu pour l’année prochaine, le président de la République, tout en qualifiant cet objectif de réalisable, a annoncé en ce sens une batterie de mesures incitatives citant, entre autres la création de couloirs verts dédiés à certains produits, la cession d’une bonne partie des recettes en devises au profit des exportateurs et l’amélioration des relations avec le ministère des Finances et l’administration fiscale.
Il y a aussi la nécessité d’une forte contribution de la diplomatie algérienne pour favoriser l’accès des produits nationaux aux marchés extérieurs. «Les exportateurs ont besoin d’être encouragés et non combattus», affirme le président de la République faisant allusion aux contraintes auxquelles les concernés étaient confrontés par le passé.
Il précise que l’Etat aura à «encourager les exportateurs producteurs de valeur ajoutée et non les pseudo-exportateurs automobiles qui ne font, en réalité, que dans le gonflage de pneumatiques».
Le chef de l’Etat a qualifié ce qui s’est passé ces dernières années dans le secteur automobile de «manipulation de l’économie nationale qui a failli faire basculer la pays dans le précipice».

1.900 milliards de DA consacrés à l’investissement d’ici à la fin de l’année

Le président de la République a révélé par ailleurs qu’un montant de 1.900 milliards de DA a été alloué à l’investissement. «À compter de ce jour jusqu’à la fin de l’année, nous avons alloué 1.900 milliards de dinars à tous ceux qui souhaitent investir», a-t-il déclaré.
Ajoutant que toutes «les portes sont ouvertes aux investisseurs» et que «toutes les banques sont à leur disposition». Les entreprises nationales qui contribuent à la création de l’emploi auront moult avantages, notamment fiscaux, qui vont jusqu’à l’exonération d’impôts, a dit le président.
«Aujourd’hui, nous devons aller vers une économie nationale créatrice de richesses et d’emploi», a-t-il ajouté. Il explique qu’en matière d’investissement, l’effort de l’Etat sera focalisé sur la création de la micro-entreprise productive et les start-up innovantes à travers notamment la consolidation de la relation entre l’université et l’économie. Dans le même cadre, il a aussi plaidé à éviter les investissements lourds qui sont coûteux car très capitalistique.
Mettant l’accent sur l’impératif de relever le défi de la transformation industrielle de la matière première locale et notamment les produits agricoles, il fera savoir que «tout porteur de projets dans ce domaine peut bénéficier jusqu’à 85% du financement de la part des banques publiques».
Le président de la République a aussi mis en relief l’objectif d’intégration dans tous projets d’investissements.
Une partie des financements pourrait être assurée par l’Etat via le recours aux réserves de change de l’ordre de 57 milliards de dollars actuellement.
«80% de l’économie nationale relève du secteur privé», indique par ailleurs le président de la République qui rappelle que 85% des besoins financiers des entités privées se fait sur la base de l’argent public.
Il recommande de ce fait à ce que la plus-value financière dégagée par ces entreprises soit réinvestie dans le développement du pays. Il a longuement insisté sur la numérisation, notamment dans les domaines des impôts qui ne doivent plus constituer «une sanction mais plutôt une mesure incitative pour mieux stimuler la productivité et la création de postes d’emploi».
Le chef de l’Etat indique par ailleurs que les recettes des hydrocarbures attendues pour cette année est de 24 milliards de dollars se félicitant par ailleurs de l’exploit réalisé dans le domaine de l’agriculture dont la production a atteint une valeur de 25 milliards de dollars.

L’État ne tiendra plus compte des dénonciations anonymes

Le président Tebboune a annoncé qu’il adressera une directive à la justice pour ne plus tenir compte des lettres de dénonciation anonymes, appelant les personnes détenant des informations sur des infractions à la loi à avoir le «courage de les dénoncer publiquement». «La seule destination de ces lettres anonymes sera le broyeur», a affirmé le chef de l’Etat, ajoutant que les personnes détenant des informations sur des infractions économiques peuvent s’adresser à la presse, relevant qu’il existe 180 quotidiens nationaux, tout en soulignant que la justice a les moyens d’enquêter sur ces infractions. M. Tebboune a insisté sur la dépénalisation de l’acte de gestion afin de libérer les gestionnaires et encourager la performance et l’initiative. Des amendements en ce sens sont en effet attendus dans le prochain Code du commerce.
La conférence nationale sur le plan de relance pour une économie nouvelle est organisée par ailleurs autour de onze ateliers, à savoir le développement agricole ; le développement industriel ; le développement minier ; le développement des ressources énergétiques ; le financement du développement ; comment faciliter l’investissement ; les micro-entreprises et start-up ; le développement des secteurs de soutien ; la maîtrise du commerce extérieur ; l’industrie pharmaceutique et la filière BTPH.
Sept organisations patronales participant à la conférence ont élaboré un document commun regroupant des propositions présentées à la rencontre pour enrichir le nouveau plan de relance.
Karim Aoudia

Auteur: elmoudjahid
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