La salle des conférences de la Caisse Nationale des Assurances Sociales des Travailleurs Salariés (CNAS) à Ben Aknoun (Alger), a abrité hier, une manifestation scientifique stimulante pour les passionnés de la science et des technologies.
La «qaâda scientifique» de cette soirée ramadhanesque, qui a été animée par le Pr Abdelhafidh Aourag, directeur de la recherche scientifique au ministère de l’Enseignement supérieur et ancien recteur de l’université de Sidi Bel Abbès, a porté sur un thème intéressant : «Le démon de Maxwell et la vie».
C’est en référence à une expérience de pensée proposée par James Maxwell en 1867, sur les principes de la thermodynamique. Préférant faire dans la vulgarisation scientifique que de verser dans le langage technique inaccessible, cet ancien professeur de l’université d’Arlington, au Texas, a prononcé pour le moins un discours plutôt philosophique, partant du constat que « l’ordre que nous voyons à l’échelle macroscopique cache un désordre à l’échelle microscopique», a-t-il dit en guise d’introduction, appelant l’attention de son auditoire à ce tableau du peintre Édouard Manet.
En faisant son cours sur les notions de base de la physique, le conférencier n’a cessé de poser des questions qui a priori ne nécessitent pas beaucoup de réflexion, mais qui, au final, stimulent l’esprit et poussent à activer sa matière grise comme de savoir «quelle est l’origine de l’espace et du temps ?», ou encore «la vie dans notre monde est un équilibre fragile entre l’ordre que nous observons au niveau macroscopique et le désordre caché au niveau microscopique».
«Entre l’infiniment petit et l’infiniment immense, notre existence est partagée, au fait, entre deux mondes», avance le chercheur qui compte plus de 280 publications et articles scientifiques.
Ce n’est pas le délire d’un scientifique impulsif, mais une question fondamentale, que notre chercheur a voulu poser pour parler d’un «univers fermé», et «des autres univers qui existent en parallèle», et que, même avec le développement technologique et les avancées scientifiques terribles, «on n’arrive pas à décrire tout, car il y a toujours quelque chose qui échappe à l’être humain, et qui reste toujours en manque, pour trouver d’autres lois qui puissent décrire cet univers », a-t-il estimé.
«Décrire» plutôt qu’«expliquer », le professeur pèse bien les mots car, pour lui, les scientifiques ne font que décrire des phénomènes ; ils ne décortiquent et n’expliquent pas leurs «relations complexes», c’est ce qui l’amène ensuite à poser une autre question: «qu’est-ce qui change dans notre univers existentiel, et qu’est-ce qui ne change pas?» M. Aourag s’est attelé ensuite à identifier les choses qui ne changent pas, telles que «le temps et l’espace» qui sont guidés par «des lois de conservation», ce qui fait que tous les projets d’avenir, toutes les prospections, tout ce que l’Homme pense faire de son univers dans l’avenir doit se baser sur ces lois de la conservation», a-t-il expliqué.
Il parle également, d’«outils» pour décrire ce monde, ces outils sont appelés des «lois» sur lesquelles repose notre vie, et où s’articule «l’équilibre» entre «la vie et la physique», ou si l’on veut, entre le zéro et l’infini du romancier Arthur Koestler, ou «l’être et le néant» du philosophe Jean-Paul Sartre, si l’on tente les parallèles.
En parfait académicien, M. Aourag a posé, dans un esprit de scepticisme scientifique, la question de savoir si «la science est capable de déterminer ce qui manque pour la compréhension de notre monde», en dépit du cumul scientifique de plusieurs siècles. «Une théorie unifiée » pour comprendre l’univers est-elle possible ? Voilà une question philosophique qui ne peut que nous rappeler ce que Thomas Kuhn avait déjà écrit dans son immense Structure des révolutions scientifiques : «Les scientifiques peuvent conclure qu’aucune solution ne se présentera dans l’état actuel de leur domaine de recherche, le problème est étiqueté et mis de côté pour une génération future disposant d’outils plus développés», ou encore «la science normale est loin d’être un processus cumulatif réalisable à partir de variantes ou d’extensions d’anciens paradigmes ou d’anciennes théories,  c’est plutôt une reconstruction qui change les généralisations théoriques».
Le chercheur n’a pas manqué d’expliquer qu’à partir des lois, découlent des théories qui s’appliquent bien au monde microscopique qu’au monde macroscopique, et c’est ce qui explique la structure des révolutions scientifiques depuis des lustres, et les efforts des hommes de la science à décrire, à comprendre, et à réfléchir sur le monde, ses composantes et son évolution.
Ponctuées de débats pertinents, la conférence a été accueillie avec un réel intérêt par les présents, pour la majorité des étudiants et autres chercheurs, à l’image de Noureddine Yassa, directeur du Centre de développement des énergies renouvelables. Cette manifestation scientifique sous l’intitulé «Qaâda Science» est organisée dans le but de favoriser la diffusion de la culture scientifique et de participer à une meilleure compréhension des enjeux de la science au sein de la société.
    Tahar Kaidi
 

Auteur: elmoudjahid
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