Le Policy Center for New South (PCNS) a présenté, dernièrement à Rabat, son ouvrage de référence sur l’économie marocaine ‘‘The Oxford Handbook of the Moroccan Economy’’. Rédigé par plus de 50 chercheurs et experts marocains et étrangers, ce nouveau manuel apporte un éclairage essentiel sur le développement économique du Maroc durant les 25 dernières années, ainsi que les options politiques envisageables pour l’avenir.
Ce nouveau manuel sur l’économie marocaine, réalisé sous l’égide du PCNS et publié par Oxford University Press, nous rappelle le rapport du cinquantenaire de 2006 : «50 ans de développement humain au Maroc et perspectives 2025 », piloté sous la direction de feu Meziane Belfqih. Dans son discours introductif, Karim El Aynaoui, Economiste et Président exécutif du PCNS qui a dirigé les travaux à côté du Professeur Arkebe Oqubay, a précisé que ce manuel sur l’économie marocaine est le fruit d’une analyse rigoureuse et documentée d’un quart de siècle de transformation économique. Il met en lumière les réussites du Maroc en matière de diversification productive, d’industrialisation et de stabilité macroéconomique. Il met également à l’index les contraintes persistantes en matière de productivité, d’inclusion et de transformation structurelle.
Sans omettre aussi de retracer les conditions de la prochaine phase de transformation structurelle, axée sur le capital humain, l’innovation et la modernisation industrielle. Il a indiqué aussi, qu’au-delà des agrégats macroéconomiques, l’ouvrage propose une analyse approfondie des moteurs de la transformation structurelle, notamment la dynamique de la productivité, la diversification productive, la qualité de l’emploi, les capacités technologiques et le rôle du cadre institutionnel.
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Dans son intervention, Arkebe Oqubay, Professeur titulaire de la chaire internationale de la British Academy à l’Université SOAS de Londres, a expliqué qu’au cours des 25 dernières années, le Maroc a connu une stabilité relative et son économie a affiché une croissance régulière, avec une moyenne de 3,5%. Ce taux reflète une trajectoire de croissance relativement stable, typique des économies à revenu intermédiaire. Il a noté également, que les atouts majeurs de l’économie marocaine résident dans la performance solide du secteur manufacturier, le développement de son écosystème industriel, un environnement favorable aux investissements productifs et l’expansion de ses infrastructures économiques.
Par conséquent, depuis le début des années 2000, le Maroc est devenu l’un des pays les plus prometteurs d’Afrique grâce à sa transformation économique, notamment la diversification, la croissance des exportations et une industrialisation soutenue. Il est devenu le premier pôle de production automobile d’Afrique, et ses exportations de produits manufacturés sont en forte hausse. Le pays est également l’un des principaux exportateurs mondiaux de phosphates. Ainsi, « Le parcours de développement du Maroc offre de précieux enseignements aux économies africaines et aux autres économies en développement. Son expérience illustre comment un pays peut tirer parti de son patrimoine historique, mettre en œuvre des politiques adaptatives et investir dans des capacités stratégiques pour parvenir à un progrès économique et social durable ».

L’ex-ministre des Finances Fathallah Oualalou, qui a rédigé le chapitre consacré au volet historique, retrace l’histoire économique du Maroc et son évolution à travers cinq grandes périodes. Au XIXe siècle, marginalisé par la révolution industrielle, le Maroc fut contraint de s’intégrer à l’économie mondiale sous la pression des puissances européennes. Par la suite, le protectorat imposa un modèle colonial asymétrique, renforçant le dualisme entre secteurs moderne et traditionnel. Après l’indépendance, l’État marocain affirma sa souveraineté économique et lança, dans les années 1970, des politiques d’investissement ambitieuses, soutenues par les revenus du phosphate, mais fragilisées par des chocs externes. Dans les années 1980, le Maroc adopta des programmes d’ajustement structurel (PAS) sous l’égide des institutions de Bretton Woods.
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Depuis le début du XXIe siècle, les réformes structurelles ont renforcé la résilience du Maroc face aux chocs tels que les récessions économiques et les sécheresses successives. Des secteurs dynamiques comme l’agriculture, l’automobile et les phosphates sont aujourd’hui les moteurs de l’économie. Et si ailleurs, l’intervention étatique excessive a parfois étouffé l’initiative privée et faussé les marchés, l’expérience marocaine montre, à travers des données comparatives internationales, que l’Etat a bien conçu et joué un rôle essentiel dans la transformation économique, notamment dans les contextes de développement tardif et d’asymétries mondiales. Ce rôle de l’État permet au secteur privé de jouer un rôle prépondérant et de créer une capacité industrielle nationale dynamique.
Si le manuel assure que l’histoire du Maroc est celle d’une modernisation intentionnelle, portée par une vision de développement inclusif et durable, il met également en exergue les faiblesses de l’économie marocaine. Ainsi, cette transformation demeure inachevée car la croissance de la productivité est restée limitée et ses retombées ne se sont pas encore suffisamment diffusées dans l’ensemble de l’économie. Le chômage des jeunes et la persistance d’un faible taux d’activité féminine constituent toujours des défis structurels importants pour le pays. Le manuel a mis aussi l’accent sur la nécessité de s’attaquer à des problèmes clés tels que le piège du revenu intermédiaire et de promouvoir la transformation économique, offrant ainsi de précieux enseignements aux pays à revenu faible et intermédiaire d’Afrique et d’ailleurs.
En définitive, le Handbook of the Moroccan Economy offre des données empiriques et des analyses précieuses pour les décideurs politiques et les chercheurs marocains. Il constitue un outil pédagogique et de référence essentiel dans les universités marocaines, ainsi qu’une ressource académique pour les personnes et les organisations intéressées par l’étude de l’économie marocaine.
Organisation du manuel
Le manuel est structuré en cinq grandes parties :
Partie I : Présente le contexte et l’historique du Maroc, notamment son histoire économique et son économie politique.
Partie II : Consacrée à la macroéconomie marocaine, avec des chapitres traitant de la politique monétaire, de la politique budgétaire, du secteur extérieur, du secteur financier et bancaire, et de l’accès des entreprises au financement.
Partie III : Explore le développement économique du Maroc, abordant des thèmes intersectoriels et examinant sa diplomatie économique, les tendances démographiques, le développement du secteur privé, le commerce international, la croissance économique régionale, la politique urbaine, la croissance et la transformation structurelle, ainsi que le changement climatique et la transition écologique.
Partie IV : Consacrée au développement social et examine l’éducation, le marché du travail, la pauvreté, le secteur informel, la santé, les dynamiques de genre et les migrations.
Partie V : Traite de l’industrialisation et des services, avec des chapitres analysant divers secteurs, dont l’industrie manufacturière marocaine, la politique industrielle, la production de phosphates et d’engrais, le textile et l’habillement, l’artisanat, l’automobile et l’aéronautique, la transformation agricole, les services portuaires et la logistique, le tourisme et les TIC.
Auteur: A. Maïssour
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