Tebboune préside une séance de travail au siège du MDN

M. Tebboune réussira-t-il à convaincre les Algériens que l’armée est réellement cantonnée «dans les casernes» et qu’elle «n’interfère pas» dans la politique ? Pourra-t-il battre en brèche l’idée selon laquelle le Président n’est qu’une façade civile et que le pouvoir réel est entre les mains des militaires ?
Abdelmadjid Tebboune a présidé une réunion de travail au siège du ministère de la Défense nationale. Au de-là de l’aspect protocolaire de la chose, le président de la République étant Chef suprême des forces armées, ministre de la Défense nationale, les images de l’événement, qui ont été largement diffusées par les médias télévisuels, tendent, selon toute vraisemblance, à convaincre les Algériens que c’est le chef de l’Etat «civil» qui est aux commandes et que l’institution militaire s’occupera seulement de ses «missions constitutionnelles».
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, Chef suprême des forces armées, ministre de la Défense nationale, pour reprendre le vocable officiel, a présidé, avant-hier, une réunion de travail dans son bureau du ministère de la Défense nationale (MDN), comme il a effectué une visite sur les lieux, durant laquelle des exposés lui ont été présentés par deux officiers supérieurs de l’ANP.
Les images diffusées par la télévision nationale et l’agence officielle, APS ont été largement partagées sur les réseaux sociaux. Bien évidemment, comme en politique, rien n’est le fait du hasard, les plus hautes autorités du pays ont vraisemblablement voulu faire passer un message, et pas des moindres.
Et celui-ci est sans conteste lié à la place et au rôle de l’armée dans la gestion des affaires du pays. Ayant d’ores et déjà fait l’impasse sur le poste de vice-ministre de la Défense nationale dans l’Exécutif qu’il a nommé le 2 janvier dernier, un poste qui a existé dans les gouvernements successifs depuis 2013, M. Tebboune, à travers son déplacement au siège du ministère de la Défense, veut certainement montrer qu’il est concrètement le «Chef suprême des forces armées».
Du moins, c’est l’objectif recherché via cette opération de communication. D’ailleurs, sur place, le chef de l’Etat a prononcé un discours retransmis en direct à tous les commandements des Régions militaires, comme rapporté aussi par l’agence officielle, un aperçu sur ce son «programme» concernant l’armée. Il a, par exemple, évoqué «l’impératif de développer les capacités de l’ANP, la poursuite de la mise en œuvre des programmes de développements», comme il a «assuré qu’il s’attellera au renforcement des contingents de préservation et de sécurisation des frontières nationales et qu’il accordera une importance majeure à la promotion des industries militaires».
De son côté, et comme pour dire qu’effectivement l’armée se contentera de ses missions constitutionnelles, le général-major, Saïd Chenegriha, chef d’état-major de l’ANP par intérim, a parlé d’une «armée républicaine, entièrement disposée à s’acquitter, à tout moment, de ses missions constitutionnelles, consistant à veiller à la sauvegarde de l’indépendance nationale et la défense de la souveraineté nationale, de l’unité du pays et de son intégrité territoriale, comme stipulé dans l’article 28 de la Constitution, accomplissant ainsi seulement son devoir sacré et ses missions nobles». Il faut dire que la place de l’armée dans la politique a, de tous temps, été au centre du débat relatif à la politique nationale.
Le slogan «Etat civil non militaire» revient, d’ailleurs, sans cesse dans le hirak depuis plusieurs mois. Beaucoup d’Algériens estiment que c’est réellement l’armée qui gère les affaires du pays. Ce qui a été ressenti plus fortement encore depuis la démission du désormais ex-président, Abdelaziz Bouteflika, avec la mise en avant de l’institution militaire, via son ex-chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah, décédé le 23 décembre.
C’est ce dernier, rappelons-le, à titre d’exemple, qui avait «suggéré» la date de la convocation du corps électoral pour l’élection présidentielle du 12 décembre. L’omniprésence du chef d’état-major au devant de la scène, alors qu’il y avait un chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, a été perçue comme une «intrusion» de l’armée dans la politique.
En «supprimant» le poste de vice-ministre de la Défense nationale, et en présidant une réunion au sein du MDN, le président de la République veut certainement balayer ces «accusations» ou «appréhensions», c’est selon, et rétablir de ce fait l’ordre des choses. M. Tebboune réussira-t-il à convaincre les Algériens que l’armée est réellement cantonnée «dans les casernes» et qu’elle «n’interfère pas» dans la politique ? Pourra-t-il battre en brèche l’idée selon laquelle le Président n’est qu’une façade civile et que le pouvoir réel est entre les mains des militaires ?
Difficile mission au vu de l’évolution de la scène politique nationale depuis l’indépendance à ce jour. Les Algériens vont certainement scruter la moindre décision ou déclaration allant dans ce sens, à commencer par le contenu du rapport concernant l’amendement constitutionnel censé, entre autres, consacrer la séparation des pouvoirs. A partir de là, toutes les lectures seront possibles.
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Auteur: Anis Khecheba
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