Coopération Sud-Sud : le numérique comme levier d’intégration arabo-africaine

À l’heure où le GITEX AFRICA Morocco 2026 met l’intelligence artificielle au cœur des priorités du continent, la coopération Sud-Sud s’impose comme un axe stratégique majeur. Porté par le Digital for Sustainable Development Hub en partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement, le Maroc entend jouer un rôle moteur dans l’émergence d’un écosystème numérique arabo-africain intégré, fondé sur la souveraineté technologique et le co-développement.

La coopération internationale connaît une mutation profonde. Loin des schémas traditionnels Nord-Sud, elle évolue vers des logiques horizontales où les pays du Sud mutualisent leurs expertises et co-construisent leurs solutions. Dans ce nouvel équilibre, le numérique s’impose comme un accélérateur sans précédent.

Le Maroc s’inscrit dans cette dynamique en faisant du digital un levier de convergence économique avec ses partenaires africains et arabes. L’enjeu n’est plus seulement d’adopter des technologies importées, mais de développer des solutions adaptées aux réalités locales, capables de répondre aux défis de développement du continent.

Le D4SD, pilier d’un écosystème régional

Au cœur de cette stratégie, le Digital for Sustainable Development Hub s’affirme comme une plateforme structurante. Développé en partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement, ce hub vise à fédérer les acteurs publics et privés autour de projets numériques à fort impact.

L’intelligence artificielle y occupe une place centrale. Agriculture de précision, santé digitale, éducation ou gestion des ressources naturelles : autant de domaines où les technologies peuvent accélérer le développement. Le D4SD ambitionne ainsi de transformer l’innovation en solutions concrètes, en facilitant le passage à l’échelle des projets.

Cette vision a récemment été portée sur la scène internationale par Amal El Fallah Seghrouchni, lors d’une intervention à l’Université de Princeton, à l’occasion des «Africa Impact Lectures». La ministre y a présenté la stratégie du Maroc visant à faire du digital et de l’intelligence artificielle un levier de souveraineté, de compétitivité économique et d’inclusion territoriale, en ligne avec la vision de Mohammed VI pour le développement de l’Afrique.

Elle a notamment souligné que l’IA constitue un outil stratégique pour relever les défis du continent, tout en alertant sur les risques liés à la concentration mondiale des ressources technologiques. Sans stratégie adaptée, a-t-elle averti, l’Afrique pourrait rester un simple réservoir de données, sans véritable capacité de création de valeur.

«AI Made in Morocco» : un modèle exportable

Pour répondre à ces enjeux, le Maroc mise sur le programme «AI Made in Morocco», conçu comme un levier pour structurer une filière nationale de l’intelligence artificielle. Cette initiative s’inscrit dans une approche globale visant à bâtir un écosystème complet, articulé autour des infrastructures, des talents, de l’innovation et d’une gouvernance adaptée.

Parallèlement, plusieurs projets structurants sont en cours, dont le développement du hub digital avec le Programme des Nations unies pour le développement et la mise en place d’un forum dédié à l’IA en Afrique avec l’UNESCO. L’objectif est clair : créer un modèle reproductible et exportable à l’échelle du continent.

Au-delà de la coopération, la question de la souveraineté numérique s’impose comme un enjeu central. Dans un contexte dominé par les grandes puissances technologiques, les pays africains et arabes cherchent à renforcer leur autonomie.

Le modèle défendu par le Maroc repose sur une souveraineté partagée, fondée sur la co-construction de solutions locales et sur la maîtrise des infrastructures et des données. Une approche qui vise à réduire la dépendance technologique tout en favorisant l’innovation endogène.

Le Maroc en chef de file régional

En structurant ces initiatives, le Maroc confirme son ambition de devenir un hub numérique régional. Le Royaume capitalise sur ses atouts – infrastructures, capital humain, stabilité – pour fédérer les énergies et attirer les partenariats. Le GITEX AFRICA Morocco constitue à cet égard une vitrine stratégique, permettant de concrétiser des alliances et de positionner le pays comme un acteur clé de la transformation digitale du continent.

Malgré ces avancées, plusieurs défis demeurent. L’harmonisation des cadres réglementaires, le financement des projets, la formation des talents et l’accès aux infrastructures restent des conditions essentielles à la réussite de cette coopération.

L’inclusion numérique constitue également un enjeu majeur : garantir que les bénéfices du digital profitent à l’ensemble des populations, notamment les plus vulnérables.

À mesure que l’Afrique accélère sa transition numérique, la coopération Sud-Sud apparaît comme un levier incontournable. En structurant un écosystème fondé sur l’innovation, la souveraineté et le partage des connaissances, le Digital for Sustainable Development Hub et le Programme des Nations unies pour le développement ouvrent la voie à un nouveau modèle de développement.

Dans cette recomposition de la géographie numérique mondiale, le Maroc entend bien s’imposer comme l’un des architectes de cette transformation.

Auteur: Adama Sylla
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