La lauréate du Prix Harambee 2026, Euphrasie Kouassi Yao, a consacré la dotation financière de cette distinction à des initiatives en faveur des femmes et des jeunes de la région du Gbêkê. La cérémonie de réinvestissement, organisée le 10 octobre 2026 à Bouaké, a notamment permis de financer 12 femmes et jeunes filles, de certifier 115 personnes en intelligence artificielle et de distribuer 350 ouvrages.
La distinction reçue à Madrid prend une dimension concrète sur le terrain. Le 3 mars 2026, Euphrasie Kouassi Yao a remporté le Prix Harambee pour l’égalité de la femme africaine. Plutôt que de conserver la dotation financière de 10 000 euros, soit 6 559 570 francs CFA, la ministre, conseillère spéciale du Premier ministre ivoirien chargée du Genre, a choisi de la réinvestir dans des actions au profit des femmes et des jeunes.
L’Université ICK de Bouaké a accueilli, le samedi 10 octobre 2026, la cérémonie consacrée à cette initiative. Plus de 320 personnes y ont pris part, aux côtés des autorités municipales et régionales, de représentants de la jeunesse et du Forum des confessions religieuses et coutumières.
« Harambee veut dire : tous ensemble », a rappelé Euphrasie Kouassi Yao devant les participants, soulignant ainsi l’esprit de solidarité qui a guidé son choix.
Douze femmes et jeunes filles soutenues dans leurs activités
Au cœur de cette initiative figure l’autonomisation économique des femmes. Douze femmes et jeunes filles de la région du Gbêkê ont chacune bénéficié d’un financement de 300 000 francs CFA pour développer leurs activités génératrices de revenus.
Les bénéficiaires exercent dans différents domaines, notamment la transformation du manioc, l’élevage, la restauration, l’artisanat, la santé communautaire, la production de jus de fruits et le tissage. L’appui concerne également des initiatives en faveur des femmes rurales.
Au-delà du financement, la lauréate du Prix Harambee a invité les bénéficiaires à faire fructifier les ressources reçues, à respecter leurs engagements et à soutenir, à leur tour, une autre femme ou une jeune fille.
« Ces financements ne sont pas une fin en soi. Ils sont un point de départ », a-t-elle indiqué.
Cette démarche entend ainsi inscrire l’appui financier dans une dynamique de solidarité et de transmission, afin que les bénéficiaires puissent contribuer à l’autonomisation d’autres femmes.

L’intelligence artificielle au service des compétences
La cérémonie a également été marquée par une initiative de renforcement des compétences numériques. Au total, 115 femmes et hommes de la région ont reçu leurs certificats à l’issue d’une formation en intelligence artificielle.
Cette action met en avant le développement des compétences numériques comme autre volet des initiatives conduites en faveur des populations du Gbêkê.
Dans le même esprit de mobilisation collective, Euphrasie Kouassi Yao a procédé à l’installation de l’un des premiers Comités Pratiques de LA BASE, le Réseau des Bâtisseuses et des Bâtisseurs d’Amour et de Solidarité Efficace.
Né en 2020, dans le contexte de la crise sanitaire liée à la Covid-19, ce réseau est issu du Compendium des Compétences Féminines de Côte d’Ivoire. Le bureau de Bouaké, présidé par Marina Fatoh, constitue une étape dans le déploiement de ces comités en Côte d’Ivoire et à l’international.
350 ouvrages distribués pour promouvoir la lecture
L’éducation a constitué un autre temps fort de la journée. Quatre élèves ont présenté leur compréhension du roman EKY ou le secret de la réussite, agréé par le ministère ivoirien de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation et prescrit aux classes de troisième depuis la rentrée scolaire 2024-2025. Ils ont chacun reçu un kit scolaire.
Trois lauréats d’un concours de lecture ont également été distingués.
Par ailleurs, cinq établissements scolaires ont reçu chacun 50 ouvrages, soit 250 livres. Dans chaque établissement, dix livres sont destinés à la bibliothèque et quarante exemplaires sont remis à des élèves issus de familles en difficulté. Au total, 200 élèves ont ainsi reçu leur propre exemplaire.
D’autres ouvrages ont été distribués à des élèves et à des femmes entrepreneures, portant à 350 le nombre total de livres remis au cours de la cérémonie.
Une double célébration institutionnelle

Cette journée de réinvestissement s’inscrit dans la célébration de deux anniversaires : les 15 ans du Compendium des Compétences Féminines de Côte d’Ivoire (COCOFCI), créé le 4 octobre 2011, et les 20 ans de la Chaire UNESCO « Eau, Femmes et Pouvoir de Décisions » (CUEFPOD), fondée le 11 janvier 2006.
Dirigée par Euphrasie Kouassi Yao et basée au Centre ivoirien de recherches économiques et sociales (CIRES), au sein de l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, la Chaire UNESCO intervient notamment dans les domaines de l’égalité des chances, de l’accès à l’eau et de la construction de la paix.
En 2018, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a reconnu le Compendium comme le meilleur programme africain de valorisation des compétences féminines, selon le communiqué.
À travers cette initiative à Bouaké, Euphrasie Kouassi Yao a ainsi associé son prix international à des actions locales touchant à l’autonomisation économique, au développement des compétences numériques et à l’éducation. Une manière de donner une portée collective à une distinction individuelle, en misant sur les capacités des femmes et des jeunes.
T.K.
Auteur: BS. Sidwaya
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