Crise de liquidité : Socadel solicite une facilité de 200 milliards de FcfaCrise de liquidité : Socadel solicite une facilité de 200 milliards de Fcfa

La Société Camerounaise d’Electricité a engagé le 31 août 2026 une opération de survie financière en signant un mandat de structuration et de syndication avec trois banques locales.

L’architecture financière de l’opération révèle sa nature défensive. Le montage repose sur deux lignes syndiquées complémentaires. Une première ligne de 50 milliards de Fcfa sous forme de crédit renouvelable destinée à couvrir les besoins courants et à constituer une réserve de liquidité opérationnelle. Une seconde ligne de 150 milliards de Fcfa en crédit à moyen terme destinée au refinancement des dettes existantes. General Bank of Cameroon, agit en qualité d’arrangeur et chef de file, aux côtés d’Afriland First Bank et de BGFIBank Cameroun en tant que co arrangeurs. La signature ouvre la phase de structuration. Elle ne vaut pas mise à disposition immédiate des fonds, qui reste conditionnée aux autorisations de crédit et à la finalisation de la documentation. Sur le plan économique, l’opération s’apparente à une gestion de passif plutôt qu’à un financement de développement. Socadel, qui a succédé à Eneo depuis la renationalisation du 4 mai 2026 ;, hérite d’un endettement systémique estimé entre 800 et 850 milliards de Fcfa. Les 200 milliards recherchés ne couvrent donc qu’un quart du stock de dette. De surcroît, les ressources seront affectées exclusivement à la trésorerie et à la restructuration de dettes bancaires et fournisseurs, sans allocation aux infrastructures de production ou de distribution. Le modèle économique reste structurellement déficitaire. Avec des revenus mensuels autour de 30 milliards de Fcfa pour 50 milliards d’engagements, l’opérateur affiche un déficit mensuel récurrent proche de 20 milliards selon les analyses sectorielles. Conséquence directe d’un gel tarifaire en vigueur depuis 2012. Dans ce contexte, la pression des créanciers techniques devient critique. Sonatrel réclame à elle seule 273 milliards et la NHPC près de 70 milliards d’impayés.

Pour le secteur bancaire camerounais, l’opération concentre le risque. Déjà exposé à travers six établissements sous contrôle public, le système bancaire est appelé à porter un risque souverain déguisé en risque corporate. L’Etat actionnaire unique de Socadel est aussi l’Etat qui n’a pas recouvré 59 milliards de créances sur ses propres démembrements en 2024, entretenant le cercle vicieux des dettes croisées qui a déjà conduit au délestage de 304 MW par Globeleq.

En l’absence de réforme tarifaire et de plan d’investissement, cette facilité de 200 milliards apparaît comme une perfusion de liquidité. Elle permettra d’apaiser temporairement les créanciers et d’éviter la cessation de paiement, mais ne traitera pas les causes du délestage chronique qui pèse sur les ménages et sur la compétitivité du bassin industriel de Douala.

Line Charlotte BATOUM

Auteur: Diapason Media Group Diapason Media Group
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