Par la voix de sa classe politique plurielle, soit les multiples formations de diverses obédiences, la société appelle au dialogue pour parvenir à une issue à la crise actuelle.
La société — cela se confirme aussi via les médias, et notamment à travers des plateaux télé traitant de l’actualité — attend avec impatience l’ouverture du dialogue. Bref, tout le monde a compris qu’il est inutile de faire dans la fuite en avant, tant il est vrai que sans le recours à la concertation, l’impact serait, au mieux, de faire perdurer la crise actuelle, au pire, de mener vers l’impasse. Toutefois, force est de constater que jusqu’à l’heure actuelle, aucun signe manifeste dans le sens d’augurer de la possibilité d’ouvrir de sitôt le débat ne se profile encore à l’horizon.
Cette situation risque, hélas, de perdurer, à tenir compte de certaines prises de positions de quelques responsables politiques qui écoutent certes les voies appelant à une concertation inclusive sans réellement les entendre. Ils feignent d’ignorer en effet cette proposition engageant les hautes institutions de l’État et réitérée d’ailleurs maintes fois et de façon très solennelle, et disent, à qui veut les entendre, qu’eux aussi appellent au dialogue.
Ils disent aussi refuser de dialoguer avec le chef de l’État et avec le Premier ministre. C’est là une incongruité, sinon cela relève de l’aberration. Ne pas prendre langue avec le pouvoir actuel, représenté par MM. Bensalah et Bedoui, dans le cadre d’une concertation nationale engageant inévitablement l’avenir du peuple et où il est question de la fin d’un système, d’une époque de gouvernance et d’instauration d’une nouvelle République tant rêvée par des milliers, voire des millions d’Algériens, serait un grave dérapage.
Ce dont a déjà averti d’ailleurs l’ancien chef de gouvernement Ahmed Benbitour qui, de passage la semaine dernière à la radio, a plaidé pour des «négociations avec le système», c’est-à-dire avec ses représentants actuels. Il a aussi invité le mouvement citoyen à se hisser à une phase qualitative, y compris en termes de revendications, où la logique «yetnahaw gaâ» sera volontairement disqualifiée.
Par ailleurs, tenir compte de l’éloignement des positions des leaders de la classe politique et de leurs innombrables divergences, c’est surtout admettre l’échec de toute entreprise de dialogue impliquant les seuls concernés. On ne peut, autrement dit, engager un dialogue sincère et responsable en excluant les représentants du régime. S’engouffrer dans cette voie est synonyme de fuite de responsabilité face au devoir de tout un chacun de faire valoir l’intérêt suprême de la nation. C’est aussi prendre en otage cette aspiration exprimée pacifiquement par tout un peuple déterminé à instaurer une Algérie fondée sur les principes de l’État de droit et d’une justice indépendante en rupture totale avec les pratiques de la gabegie et de toute forme de falsification de la souveraineté populaire.
Ce qui ne pourrait se concrétiser que par le recours, dans les meilleurs délais, à l’ouverture du dialogue impliquant les dirigeants actuels, les partis, tous les partis politiques, représentants de la société civile et militants du mouvement citoyen luttant pacifiquement pour un changement radical. À défaut, ce serait réduire le rêve d’une nouvelle République au rang d’une utopie, et le pays aura, une fois de plus, mal négocié un autre virage vers une réelle émancipation démocratique. Pis encore, la crise actuelle risque de s’éterniser dans le temps, non sans susciter des dommages collatéraux au double plan économique et social.
Karim Aoudia
Auteur: elmoudjahid
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