Alors que les Assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et du Groupe de la Banque mondiale ont ouvert leurs travaux à Washington dans un contexte de «profondes mutations géopolitiques, technologiques et démographiques», le Maroc se distingue comme l’une des économies émergentes les plus résilientes de la région MENA. Selon les dernières projections du FMI publiées dans le World Economic Outlook d’octobre 2025, le Royaume devrait afficher une croissance de 4,4% en 2025, avant de se stabiliser à 4,2% en 2026. Des chiffres supérieurs à la moyenne régionale (3,3%) et bien au-dessus de la croissance mondiale attendue à 3,2% cette année.

D’après les pronostics du FMI, la croissance du Maroc devrait s’établir à 4,4% en 2025, avant de se modérer légèrement à 4,2% en 2026. Cette dynamique s’inscrit dans une trajectoire de reprise soutenue, supérieure à la moyenne régionale du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord
■ FMI: Le Maroc, îlot de stabilité dans un océan d’incertitudes
Dans ses nouvelles projections, le FMI confirme la solidité macroéconomique du Maroc. L’inflation y reste exceptionnellement modérée: 0,9% en 2024, 1,2% en 2025, et 1,8% en 2026, bien en deçà des niveaux observés dans d’autres pays émergents. Le déficit courant, toutefois, s’élargit à 2,3% du PIB en 2025 (contre 1,2% en 2024), en raison d’un fort appétit pour les importations liées à l’investissement public et privé.
Le taux de chômage demeure élevé: 13,3% en 2024, 13,1% en 2025, 12,7% en 2026, révélant un décalage persistant entre croissance économique et création d’emplois. Malgré ces défis structurels, le Maroc est salué pour sa gestion prudente des finances publiques. Le déficit budgétaire devrait se maintenir à 3,9% du PIB en 2025, avec une trajectoire de consolidation vers 3,4% en 2026. La dette publique, quant à elle, recule progressivement, passant de 68% du PIB en 2024 à 67,1% en 2025, avec un objectif de 65,2% en 2027 (Source: World Bank).
■ Banque mondiale: Une dynamique tirée par l’investissement, les IDE et l’agriculture…
La Banque mondiale confirme cette dynamique de croissance, estimant le PIB réel à 4,4% en 2025, porté par l’investissement public, les IDE (notamment dans l’automobile et les industries extractives) et une agriculture en reprise grâce à de meilleures conditions climatiques. Cependant, l’institution internationale met en garde contre un décalage persistant entre croissance économique et création d’emplois.
Entre le 2e trimestre 2024 et le 2e trimestre 2025, l’économie a certes créé 113.000 emplois urbains, mais en a perdu 107.000 en milieu rural, accentuant les inégalités territoriales et de genre. Le taux de participation au marché du travail féminin a ainsi chuté de 20,1% à 18,9% sur la même période. Face à ce constat, le gouvernement marocain a lancé une feuille de route pour l’emploi, incluant des incitations à l’investissement privé, la modernisation des politiques actives du marché du travail et des mesures de préservation des emplois ruraux.

Selon le rapport de la Banque mondiale d’octobre 2025, la croissance économique du Maroc devrait s’accélérer à 4,4% en 2025, portée par les investissements publics, la hausse des IDE et la reprise agricole. Cette dynamique devrait se stabiliser autour de 4% à moyen terme, soutenue notamment par les préparatifs de la Coupe d’Afrique des nations 2025 et de la Coupe du monde 2030
■ Bank Al-Maghrib: Prudence monétaire malgré un environnement favorable
De son côté, Bank Al-Maghrib, dans son communiqué du Conseil du 23 septembre 2025, a choisi de maintenir son taux directeur à 2,25%, estimant que les incertitudes demeurent élevées, tant au niveau international (tensions géopolitiques, politique commerciale américaine) qu’interne (stress hydrique, conditions agricoles).
BAM note toutefois une inflation modérée (1,1% sur les huit premiers mois de 2025) et une croissance économique accélérée à 4,6% en 2025, légèrement plus optimiste que les projections du FMI et de la Banque mondiale. Cette divergence s’explique en partie par des hypothèses différentes sur la production céréalière (41,3 millions de quintaux en 2025 selon BAM). Bank Al-Maghrib souligne également la solidité des comptes extérieurs, avec un déficit courant contenu à 2,3% du PIB et des réserves de change couvrant 5 mois et demi d’importations.
Le crédit bancaire au secteur non financier devrait, quant à lui, s’accélérer à 5,9% en 2025, contre 2,7% en moyenne les deux années précédentes, reflétant une transmission progressive de l’assouplissement monétaire entamé en juin 2024.
Un «momentum structurel»
Toutes les institutions convergent sur un point: le Maroc bénéficie d’un «momentum structurel» grâce à une combinaison de facteurs.
La préparation de la Coupe d’Afrique des nations 2025 et de la Coupe du monde 2030, combinée à une stratégie d’investissement ambitieuse dans les infrastructures, les énergies renouvelables et les industries stratégiques (hydrogène vert, automobile, phosphates), soutient la croissance à moyen terme.
Les exportations devraient progresser de 6,2% en 2025, portées par les phosphates et leurs dérivés, tandis que les recettes touristiques augmenteraient de 11,3% et les transferts des MRE resteraient stables. Les IDE atteindraient 3,3% du PIB en 2025, témoignant de la confiance des investisseurs internationaux.
Entre opportunités et vulnérabilités
Alors que le FMI alerte sur un «paysage économique mondial fragmenté» marqué par la montée du protectionnisme, les tensions géopolitiques et les risques liés à l’IA, le Maroc apparaît comme une économie bien armée pour naviguer dans cette «nouvelle norme» d’incertitude. Sa stabilité macroéconomique, ses réserves de change confortables et ses grands chantiers structurants lui offrent une marge de manœuvre. Toutefois, la faible création d’emplois, les inégalités territoriales et la dépendance climatique rappellent l’urgence des réformes structurelles. Comme le résume Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI: «L’économie mondiale se comporte mieux que ce que nous craignions, mais moins bien que ce qu’il nous faudrait…» Le Maroc, lui, semble mieux armé que la moyenne pour transformer la croissance en progrès social inclusif.
Fatim-Zahra TOHRY
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Auteur: Fatim-Zahra TOHRY
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