Quand la violence est décrite comme si elle émanait d’un film de série B, ce qui n’était déjà pas très rassurant devient une réalité détestable. Parler de torture ou de peine de mort et de ceux qui réclament son rétablissement ou son application remonte à la surface lorsque des citoyens sont pris pour cible sur laquelle on testera des méthodes de contrôle plus efficientes.
La culture occidentale encourage à briser les tabous qui permettent aux bourreaux de commettre le pire sans que personne ose en parler. Malgré le nombre impressionnant d’associations qui militent pour que soient confondus et traînés en justice les tortionnaires en tous genres, il reste difficile pour une victime de prendre la parole, de tout dire ou de décrire ce qu’elle a subi. Si dans les sociétés occidentales, le combat dans ce sens demeure permanent et pas toujours aussi fructueux qu’on le voudrait, que dire d’un pays comme le nôtre qui croule sous les interdits et le poids du silence ? Du coup, lorsqu’un jeune étudiant, jeté en prison pour avoir pris part à un mouvement populaire, qui aspire à vivre autrement, dans un monde, notamment, épris de justice, raconte l’horreur par laquelle il est passé avant de retrouver la liberté, on se surprend à espérer qu’un changement est en train de se produire quelque part. On comprend que des verrous sont en train de sauter là où il était quasi impossible d’imaginer qu’un jour quelqu’un prendrait la parole pour dénoncer publiquement le viol dont il a été victime et en désignerait ouvertement les auteurs ! L’agression brutale censée l’intimider a renforcé ses convictions et attisé sa colère de façon inattendue. Le jeune homme meurtri campe sur ses positions et renforce ses précédentes indignations d’une nouvelle raison de se révolter. Parce qu’il est déconnecté de la rue, le système, rompu aux pratiques de verrouillage, sommerait-il une profession, formatée à maintenir l’ordre, d’en faire toujours plus ? Les Algériens ont longtemps été sensibles à l’uniforme qu’ils associaient à l’hymne national. Le Hirak a révélé que l’hymne gardait son caractère sacré. La question va-t-elle se poser pour l’uniforme ?
M. B.
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