Marrakech – Un aréopage d’enseignants-chercheurs, de juristes et d’acteurs associatifs se sont réunis, vendredi à Marrakech, afin d’engager la réflexion autour des obstacles se dressant devant une meilleure application de la Moudawana notamment en matière de rupture des liens conjugaux, et de tenter de comprendre les causes inhérentes au phénomène du divorce notamment, durant la crise sanitaire actuelle.
Les participants à cette rencontre, de deux jours, initiée par le Laboratoire des Etudes Juridiques Civiles et Foncières (LEJCF) de la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales (FSJES) relevant de l’Université Cadi Ayyad (UCA) de Marrakech, ont, en outre, débattu des acquis de la Moudawana et ses éventuelles lacunes, tout en essayant d’expliquer la persistance de problématiques diverses notamment, dans le volet relatif au divorce, 17 ans après l’entrée en vigueur de la Moudawana, considéré comme l’un des codes de statut personnel les plus avancés dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA).
Intervenant à la cérémonie d’ouverture de cette rencontre, le doyen de la FSJES de Marrakech, M. Abdelkrim Outaleb, a estimé que cette augmentation des cas de divorce est à attribuer au recul du rôle des institutions traditionnelles de médiation, telles que la famille et la tribu qui s’acquittaient, par le passé, d’un grand rôle en matière de réconciliation familiale.
Dans une allocution lue en son nom, M. Outaleb a estimé que 17 ans après la mise en vigueur de la nouvelle Moudawana, plusieurs problématiques sont apparues au fur et à mesure de l’application de ce Code du statut personnel, relevant que cette réalité soulève plusieurs questions en l’occurence, la nécéssité d’une nouvelle révision urgente de la Moudawana notamment dans son volet relatif au divorce.
Se référant aux statistiques du ministère de la Justice, cet enseignant-chercheur a indiqué que « les cas de divorce ne cessent d’exploser passant de près de 15.000 cas en 2013 à près de 20.000 cas en 2019, alors que la pandémie et l’état d’urgence ont contribué de leur part, à accroitre davantage le nombre de cas de divorce ».
« En dépit des grands efforts consentis par tous les intervenants du système judiciaire, la Moudawana n’a pas encore atteint les objectifs escomptés », a souligné, pour sa part, le vice-premier président de la Cour d’appel de Marrakech, M. Ahmed Jaddoui, relevant que le ministère de tutelle accorde une grande importance à la question des relations familiales, traduite par la mise en place d’une justice spécialisée chargée de traiter ce genre de dossiers, dotée de grandes compétences au niveau des magistrats et greffiers.
Dans son intervention, le responsable judiciaire a mis l’accent sur les répercussions négatives du divorce, qui est source de plusieurs problèmes et maux sociaux, indiquant que les enfants sont les premières victimes des cas de divorce.
Dans ce contexte, il a estimé que la révision de la Moudawana en 2004 avait pour objectif d’améliorer les droits de la femme, la protection des droits des enfants ainsi que la dignité de l’homme, tout en contribuant à renforcer les liens unissant les membres de la famille.
La femme est un pilier de la relation conjugale et de la famille, d’où la nécessité de promouvoir ses droits pour le bien-être et le développement de la société, a-t-il insisté.
Ce colloque de deux jours s’inscrit dans le cadre du programme Ibn Khaldoun relatif à l’appui à la recherche scientifique dans le domaine des sciences humaines et sociales sur « le projet de recherche sur le phénomène du divorce entre contraintes du réel et pratique judiciaire : Marrakech-Safi comme modèle », qui a reçu l’accord du Centre National pour la Recherche Scientifique et Technique (CNRST) de Rabat, au titre des années 2020-2021.
Cette rencontre scientifique a pour objectif d’aborder les problèmes inhérents à ce phénomène, notamment l’évolution du divorce dans la région Marrakech-Safi, la corrélation entre le divorce et le choix du partenaire, et la nature des problèmes causés par la fin de la relation conjugale.
Elle se penchera également sur la relation des variables sociales, culturelles et économiques dans la région avec le divorce, la nature des problèmes et des conséquences de ce phénomène sur les partenaires, leurs enfants, leurs familles et leur communauté, ainsi que sur le rôle de la société et des institutions officielles afin de circonscrire le phénomène du divorce.
Les travaux de ce colloque seront couronnés par des conclusions, des recommandations et des propositions qui contribueraient à atténuer les effets désastreux du divorce sur les enfants, la famille et la société en général.
Cette rencontre est organisée en partenariat avec la Faculté polydisciplinaire de Safi, la Cour d’appel de Marrakech, le Master des études juridiques civiles à la Faculté de droit de Marrakech, l’Observatoire international d’études et de recherches juridiques et sociales, le Centre international de sensibilisation et d’études juridiques et l’Association Ennakhil à Marrakech.
Auteur: Meriem IGASS
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