Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a adressé vendredi un message de condoléances à la famille de l’ancien Premier ministre marocain, Abderrahmane El-Youssoufi, décédé à l’âge de 96 ans, dans lequel il affirmé que le défunt était un «homme d’État chevronné» et un «militant maghrébin exemplaire». Voici le texte intégral du message (traduction APS) :
«Au nom d’Allah Clément et miséricordieux : «Il est, parmi les croyants, des hommes qui ont été sincères dans leur engagement envers Allah. Certains d’entre eux ont atteint leur fin, et d’autres attendent encore, et ils n’ont varié aucunement (dans leur engagement)» J’ai appris avec une profonde tristesse et une grande affliction le décès tragique du grand militant maghrébin, Abderrahmane El-Youssoufi, que Dieu ait son âme, après une longue vie politique qu’il a consacrée à défendre la classe ouvrière, les valeurs de la liberté et de la Justice, portant ses convictions partout où il se rendait, jusqu’à ce qu’il rende l’âme et soit rappelé, aujourd’hui, auprès de Dieu. Les Algériens se rappellent encore que le leader maghrébin, feu Abderrahmane El-Youssoufi était parmi les premiers à avoir soutenu la guerre de Libération bénie, dès son déclenchement, et coopéré avec ses dirigeants, vu qu’il était en contact permanent avec eux pour libérer la région de l’occupation étrangère abominable. Il a d’ailleurs écrit cela dans ses mémoires, citant à titre particulier les martyrs Larbi Ben-M’hidi et Mohamed Boudiaf, que Dieu ait leurs âmes. Durant son parcours militant, le regretté Abderrahmane El-Youssoufi, que Dieu ait son âme, a séjourné, à différentes reprises, en Algérie, des séjours qui ont permis à tous ceux qui ne le connaissaient pas de découvrir en lui les qualités d’un homme d’Etat chevronné et d’un militant maghrébin exemplaire qui œuvre avec dévouement à jeter les passerelles de fraternité et de coopération entre les peuples maghrébins et aspire par la force du croyant sincère à réaliser le rêve des générations successives de bâtir l’édifice de l’Union du Maghreb arabe uni qui sert l’intérêt de ses peuples dans la solidarité, la fraternité et la paix, loin de toutes influences étrangères qui s’opposent à leurs ambitions légitimes. Pour honorer son âme, l’actuelle génération des jeunes du Grand Maghreb arabe se doit de poursuivre ses efforts inlassables pour réaliser ce rêve pour lequel a milité le défunt Abderrahmane El-Youssoufi aux côtés d’une élite d’Hommes du Maghreb arabe. Puisse Dieu Tout-Puissant accorder au défunt Sa Sainte Miséricorde et l’accueillir en Son Vaste Paradis. Je vous présente, en mon nom personnel et au nom du peuple algérien mes sincères condoléances et l’expression de ma compassion. «Tout ce qui est sur la Terre est périssable, seule perdurera la Face de ton Seigneur, auréolée de majesté et de gloire.»
———————————-
Une étoile du Grand Maghreb s’éteint
L’ancien Premier ministre marocain, Abderrahmane El Youssoufi, bien connu pour sa vigueur à défendre le Grand Maghreb est décédé vendredi à Casablanca des suites d’une maladie, ont rapporté des médias marocains.
Natif de Tanger le 8 mars 1924, feu Abderrahmane El Youssoufi était l’un des artisans de la Conférence de Tanger (Maroc) ayant jeté les bases du projet du Grand Maghreb et ayant réuni, en 1958, les partis maghrébins nationalistes de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie à laquelle avait pris part une personnalité phare du Front de libération nationale (FLN), le moudjahid Abdelhamid Mehri. L’homme qui a passé la plus grande partie de sa vie dans l’opposition, avait rejoint le parti de l’Istiqlal, alors lycéen. Dirigeant de l’aile gauche du parti, il sera parmi les fondateurs en 1959 de l’Union nationale des forces populaires (UNFP), qui va devenir en 1975 l’Union socialiste des forces populaires (USFP), et rédacteur en chef de son organe Attahrir entre 1959 et 1965.
Compagnon de route de Mehdi Ben Barka (l’un des principaux opposants socialistes au roi Hassan II), il accepte après un long exil à Cannes (France), de mener un gouvernement en 1998 sous feu le roi Hassan II. Son gouvernement «d’alternance» constitué pour moitié (22 sur 41) par des ministres de la «Koutla», regroupement de partis de l’opposition. Il restera en poste jusqu’aux législatives de septembre 2002. En 2003, il démissionne de son poste de Premier Secrétaire de l’USFP et quitte la scène politique.
Ses démêlés avec la justice marocaine
En 1959, il est arrêté pour offense au roi avant d’être relâché quelques jours plus tard. Ses années d’opposition seront marqués par plusieurs procès.
En 1963, il est condamné par contumace à 2 ans de prison.
En 1965, après l’assassinat de Mehdi Ben Barka, il vient en France où il vivra en exil durant 15 ans. Nouvelle condamnation lors du grand procès de Marrakech où le procureur requiert la peine de mort. Gracié en 1980, il rentre au Maroc. En 1992, après la mort d’Abderrahim Bouabid, il devient premier secrétaire de l’USFP. Condamné à deux ans de prison par contumace en 1963, il quitte le Maroc en 1965 à la suite de la disparition de Ben Barka à Paris. Il restera en exil en France durant une quinzaine d’années. Entre temps, il sera condamné à la peine capitale en 1975. Début des années 90, Abderrahmane Youssoufi rentre presque définitivement au Maroc. Il prend la direction de l’USFP en 1992 suite au décès de son Premier secrétaire de l’époque, Abderrahim Bouabid. La présentation en mars 2018 à Rabat de ses mémoires aura été sa dernière sortie médiatique. Dans son ouvrage intitulé Récits du passé, il atteste l’implication des services secrets marocains, français et israéliens dans l’affaire liée à l’assassinat, en France, de l’opposant marocain, Mehdi Benbarka. L’ancien Premier ministre a décidé, au crépuscule de sa vie (94 ans), de dire sa version des événements vécus par le Maroc le long de la deuxième moitié du siècle passé. Dans son ouvrage : ‘Alhadith fi ma jara (Récits du passé, en français), l’auteur a regretté que son pays «n’ait pas pu amorcer un virage démocratique pour plusieurs raisons». Parmi ces causes, l’«incapacité» de l’élite politique marocaine elle-même à opérer cette transformation. A cela s’ajoutent une «mauvaise gouvernance» et «une administration archaïque». Ont été évoquées notamment, outre son enfance, les dessous de son retrait de la vie politique en 2003, des épisodes du mouvement national marocain, des premières heures de l’aube de l’indépendance, ses liens avec feu Mehdi Benbarka, son opposition au régime, sa prise de commandes de l’USFP et à sa pratique politique au sein du gouvernement de l’Alternance marocain. Divisés en trois parties, les mémoires, rédigés par son compagnon de route Mbark Boudarqa, est une compilation en trois tomes d’éléments biographiques, d’entretiens et de discours de l’ancien opposant et chef du gouvernement.
Auteur: elmoudjahid
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.