Après la décision surprenante de Derichebourg Maroc de se retirer du marché, c’est à Axial Facilities que revient la responsabilité de gérer les nombreux marchés acquis ces dernières années par l’opérateur français. À sa tête, Youssef Ahizoune qui devra entretenir et continuer la bonne impression qu’a laissé jusqu’alors Derichebourg.

Annoncé en
septembre dernier, le départ de l’opérateur français de collecte de déchets
ménagers a surpris plus d’un, tant l’entreprise a fait le forcing pour se
positionner sur plusieurs marchés dans le pays. Notamment à Casablanca où il a
dû remplacer au pied levé un précédent prestataire qui avait maille à partir
avec les autorités de la ville. Donc, débarrasser le plancher alors même que
les affaires semblent rouler donnait peu à comprendre des motivations derrière
ce retrait. Officiellement, le retrait du groupe français est motivé par «la poursuite de sa stratégie de croissance
sur le marché européen»; un recentrage sur l’Europe dont on a encore du mal à
voir l’antinomie avec le développement de ses activités au Maroc.

À moins que les raisons soient ailleurs ! Signe des temps ou tendances prospectives peu reluisantes à moyen ou long terme, le groupe français annonçait début décembre dernier, une chute de son chiffre d’affaires dans la branche “Services à l’Environnement“ durant l’exercice 2018-2019. Le chiffre d’affaires du groupe s’est établi à 2,7 milliards d’euros, en baisse de 7,4% par rapport à 2017-2018. La branche“Services à l’Environnement“ est celle qui a accusé le coup, dû au« contexte géopolitique »avec un recul de 12,7%. À l’inverse, la branche “Multiservices“ a connu une hausse de son chiffre d’affaires de 6,9%. Les mots du PDG du groupe, Daniel Derichebourg, se sont voulus plutôt rassurants. «Nous avons réussi au cours de cette année à concrétiser la perspective de croissance de nos activités de recyclage en Europe. Par ailleurs, année après année, nos activités de services, progressent tant en chiffres qu’en positionnement auprès de nos clients», a-t-il affirmé lors du conseil d’administration.

Cessions, acquisitions, recentrage

En effet, l’activité
“Multiservices“ est passée de 802,5 millions d’euros à 857,6 millions d’euros
durant l’exercice, alors même que les “Services à l’Environnement“
décéléraient, passant de 2,116 milliards d’euros à 1,847 milliards d’euros sur
l’année. Et la cession des activités marocaines n’a pas été la seule durant cet
exercice. Le PDG du groupe avait fait part de l’importance de la rotation du
portefeuille d’activités du groupe durant l’exercice. En dehors du retrait du
Maroc, Derichebourg a également procédé à la cession de ses activités de
collecte et traitement de déchets en Italie, la cession de l’activité
“Ingénierie nucléaire“.

En parallèle, le
groupe avait signé un contrat en vue de l’acquisition du groupe Lyrsa, leader espagnol du recyclage
de déchets métalliques. L’achat effectif et définitif devait recevoir la
validation de l’opération par les autorités de la concurrence.D’autres
opérations d’acquisition ont été conduites dans le domaine du “Multiservices“
par le groupe.

Des opérations que l’on voudrait présenter comme justifiant le recentrage des activités non seulement sur l’Europe, mais aussi sur la branche “Multiservices“. Il s’agit de «recentrer la croissance de ses activités (activités du groupe) sur des métiers et/ou géographies offrant des synergies avec ceux déjà existants», expliquait le grand patron.Le départ du Maroc devrait donc être compris comme étant celui du retrait d’un marché n’offrant pas ces possibilités de synergies, malgré les bons résultats acquis durant le temps de cette présence.

Toutefois, il intervient
après des efforts conséquents pour rafler des marchés, y compris durant l’année
2019. La décision aurait-elle été prise en fin de parcours d’exercice ? Ou
a-t-elle été mûrement réfléchie auparavant ? Car, elle semble bien
précipitée même si le communiqué du groupe veut bien faire croire à une
décision “normale“. Ou encore, l’entreprise française considérait-elle avoir fini
de mettre à son associé le pied à l’étrier, lequel a repris la totalité des 51%
de parts qu’elle détenait?

Car pour exceller dans ce métier, certes juteux mais bien contraignant, rien de mieux que de démarrer avec un groupe international dont la réputation n’est plus à faire. En s’alliant à un tel acteur, Youssef Ahizoune se sera assuré de travailler avec un acteur présent dans plusieurs pays et disposant de pratiques de gestion ayant fait leur preuve. Et en devenant seul maître à bord, celui-ci reprend une activité et des actifs déjà établis, une machine bien rodée sur laquelle il doit veiller pour maintenir son rythme. D’ailleurs, et même après l’annonce de son départ, Derichebourg n’a pas manqué de remporter un autre marché en décembre dernier.

Changement
de nom

Et dans le milieu, l’on
continue de se référer à cet acteur par le nom Derichebourg malgré l’annonce de
la cession de ses activités au Maroc. Avec Averda, l’autre délégataire sur la
ville de Casablanca, Derichebourg a déployé de nouveaux matériels en début de
cette année. Il s’agit pour l’essentiel de nouveaux engins. Le coût global du
nouveau matériel est de l’ordre de 820 millions de dirhams selon les chiffres
avancés par L’Economiste. Et Derichebourg aurait donc introduit 190 véhicules
représentant la totalité de ce qu’il était prévu qu’elle mette sur le marché. Son
confrère Averda, pour sa part, n’aura reçu à ce moment que la moitié du parc de
véhicules. Mais Derichebourg Maroc est prévue pour changer de nom.

D’ailleurs, selon Les Inspirations Eco, la nouvelle dénomination serait déjà actée. L’entreprise sera désormais dénommée «Axial Facilities» en suivant une décision prise par l’Assemblée Générale Extraordinaire de Derichebourg Maroc datant du 27 novembre 2019. Les formalités juridiques attenantes à ces changements seraient déjà finalisées. Verra-t-on prochainement un rebranding des véhicules et des uniformes de travail des salariés de l’ex-Derichebourg Maroc ? Ou Axial Facilities va-t-elle continuer à utiliser les matériels tels quels ? Mais surtout, une fois seul à bord, Youssef Ahizoune devra tenir la barre afin de relever sinon de maintenir un niveau satisfaisant de services, notamment dans la “mégapole“ que constitue Casablanca. Autant dire que cette année 2020 est l’année où les preuves devront se faire.

Soumayya Douieb

Faits d’arme de Derichebourg Maroc

Le groupe Derichebourg s’est implanté au Maroc en 2014 avec un premier contrat de nettoiement du Morocco Mall. En quatre années à peine, Derichebourg avait réussi à faire du Maroc le fer de lance de sa présence à l’international, notamment hors d’Europe.À son arrivée au Maroc, l’opérateur français avait pour objectif de couvrir 10 villes marocaines dans les services pour collectivités. Cet objectif a été dépassé et l’opérateur a conclu plus d’une vingtaine de contrats dont des concessions dans des villes telles que Rabat, Kénitra, Ifrane, Marrakech, Casablanca, Mazagan, Essaouira et plus récemment Imintanout. Pour rappel, Derichebourg au Maroc était co-détenue par la maison-mère française et Youssef Ahizoune. L’entreprise a enregistré un chiffre d’affaires consolidé de 350 millions de dirhams en 2017 et emplois quelque 5000 personnes.À l’international, Derichebourg est présente entre autres en Allemagne, Belgique, Royaume-Uni, Espagne, Etats-Unis, Mexique, Canada et a généré un chiffre d’affaires de 2,9 milliards d’euros en 2018 contre 2,7 milliards d’euros en 2019.

À son retrait du marché succède un capital entièrement détenu désormais par Youssef Ahizoune, déjà détenteur à 49 % des activités. Il reprend les rênes de la holding. En janvier 2019, la holding déclarait un chiffre d’affaires de plus de 350 millions de dirhams.

La piste espagnole

Avec l’achat du
groupe espagnol Lyrsa, Derichebourg fait un autre grand pas dans le sens des
activités de recyclage. Le leader espagnol du secteur est un actif intéressant.
« Le périmètre d’activité du
groupe Lyrsa concerné par ce projet d’acquisition a réalisé en 2018 un chiffre
d’affaires de 427 millions d’euros », explique Derichebourg
Environnement, tel que l’a rapporté la presse.Lyrsa traite chaque année près
d’un million de tonnes de déchets métalliques, dont environ 160.000 tonnes de
métaux non-ferreux. Le groupe emploie environ 600 salariés, répartis sur 18
sites en Espagne et 1 au Portugal. Lyrsa «exploite
notamment trois broyeurs (…), un centre de tri de métaux induits issus du
broyage, une affinerie d’aluminium et une affinerie de plomb», précise
Derichebourg Environnement dans la presse.Cette acquisition est-elle juste une
opération de croissance externe ? À en croire la presse française,
l’Espagne a la cote car cette acquisition s’est faite à un moment où les broyeurs
français sont «confrontés à une réduction des capacités d’enfouissement dans le
sud de la France et peinent à trouver des exutoires pour leurs déchets non
valorisables». Ce qui a eu pour conséquence de mettre deux sites de broyage de
véhicules hors d’usage appartenant à Derichebourg Environnement temporairement
à l’arrêt en fin 2018. L’exportation de certains véhicules hors d’usage vers
les sites espagnols est donc «une piste explorée par les professionnels».

Le groupe Derichebourg
opère dans 12 pays et compte quelque 36.800 collaborateurs.

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Auteur: M’hammed rahal
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