«Quand la légende dépasse la réalité, alors on imprime la légende.»
In L’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford
C’est certainement ce contexte très spécial qui s’y prête : le terme de héros surgit presque quotidiennement. On le rencontre un peu partout sur différents supports; une récurrence discursive qui alimente les mornes soirées du confinement.
La figure du héros est en effet très sollicitée et on aime
en partager des symboles: ici c’est une agente d’autorité (une femme Caïd),
là c’est un médecin ou encore un policier…Les héros du jour, sans définition
d’un portrait- type sont généralement l’émanation de plus en plus d’une construction médiatique
via les réseaux sociaux notamment. Il aurait été ainsi plus pertinent de parler
de «nouvelles stars».
En effet, l’une des fonctions majeures des médias, qui se
multiplient aujourd’hui (le cinéma hier et la télévision aujourd’hui perdent du
terrain à ce niveau devant Youtube et Whatsapp), est bien de créer, ex nihilo,
des stars, de construire des idoles, de fabriquer des célébrités. Tant pis si
elles sont éphémères…
Mais on pourrait s’interroger sur le recours au niveau du
discours au terme de héros et sur son efficacité symbolique et politique. Dans
notre culture contemporaine, le cinéma
fut pendant longtemps un formidable révélateur de la vision du héros et de ses
différentes variantes exprimant l’imaginaire d’une société donnée (je renvoie à
ce propos au livre, référence en la matière, Les stars d’Edgar Morin).
Le cinéma américain peut passer pour un modèle dans la
construction du héros conquérant. Non seulement, il exprime une conception du
temps et de l’espace que l’Amérique se donne en cohérence avec son histoire
faite autour du mythe de la frontière mais il permet également à l’Américain
spectateur de cinéma d’entrer dans un
processus d’identification. Les travaux de la sociologie de la réception
(Jauss notamment) mettent en avant la
dimension positive du phénomène d’identification comme horizon de toute
expérience esthétique. Ce que notre cinéma n’a pas réussi à trouver.
Il n’en reste pas moins que le besoin de héros comme le
désir de fiction sont des paradigmes universels. Depuis la nuit des temps, les
groupes humains ont créé des héros pour y projeter leurs idéaux et valeurs ; et surtout pour
donner sens à leur existence. Les héros permettent de faire résonner nos
angoisses et nos espoirs dans des récits fondateurs. Le psychologue Jung affirme
que « le héros appartient aux images archétypes présentes dans notre
inconscient ».
Toutes les sociétés ont connu et ont produit des héros. Il
s’agit de comprendre une disposition sociale, commune semble-t-il à toutes les
sociétés et quelle que soit l’époque considérée, qui pousse les hommes à
reconnaître au héros des qualités supérieures, et à distinguer en lui un
horizon moral qui les porte à l’action.
Cela répond à un besoin où se croisent la psychologie, la
sociologie et l’anthropologie. Les racines du mot grec «herôs» signifient «
demi-dieu », Hercule par exemple. En latin, on revoie à la baisse la définition
et héros signifie « homme ou femme de grande valeur ». La référence en la
matière étant Ulysse. Mais on reste dans la légende. On peut élargir la
conception en disant que le héros est celui qui va quelque part, là où les
autres ont peur d’aller…Dans le contexte
actuel, celui de la crise sanitaire, le héros est convoqué pour représenter et
légitimer un modèle d’organisation sociale, celui imposé par la pandémie.
Le héros est, en somme, un révélateur des sociétés qui lui
confèrent son statut d’exception ; il est le miroir de la communauté qui
l’a vu naître.
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Auteur: M’hammed rahal
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