Des politologues et des experts économiques et financiers considèrent que le premier discours du Président Abdelmadjid Tebboune, juste après avoir décroché la majorité des suffrages, «est rassurant» et constitue une feuille de route, non seulement pour une sortie de crise, mais aussi pour assurer la prospérité et le développement du pays.
Kamel Rezig, enseignant à l’université de Blida et économiste, a indiqué que le nouveau président a tenté, lors de sa première sortie, de rassurer, notamment les investisseurs, à travers un message dans lequel il promet le soutien de l’État aux investisseurs nationalistes et intègres dans le futur processus de développement de l’économie nationale. Dans son programme électoral, Abdelmadjid Tebboune s’est également engagé à améliorer le climat des affaires, pour booster les investissements nationaux et étrangers.
«Le défi majeur aujourd’hui est la préservation des postes d’emploi, d’autant que des rapports ont avancé un chiffre alarmant de perte de près d’un million de postes dans le secteur industriel, d’ici 2020, si la crise perdure», soutient l’universitaire. «M. Tebboune a tenu à affirmer que les portes sont ouvertes aux investisseurs honnêtes et qu’ils ne sont pas tous des corrompus», a-t-il noté.
Autre message fort, selon notre interlocuteur, celui destiné aux jeunes et aux catégories vulnérables. Le vainqueur de la présidentielle a tenu à les rassurer, en annonçant des mesures pour l’amélioration du cadre de vie du citoyen et de son pouvoir d’achat d’ici le premier semestre de l’année prochaine. «Le fait notable dans ce discours est que le nouveau président n’a pas parlé d’augmentation de salaires, mais de l’amélioration du cadre de vie, car l’amélioration du pouvoir d’achat ne passe pas obligatoirement par la révision des salaires à la hausse», a précisé l’économiste.
La balle est dans le camp des «Hirakistes»
Le Pr Rezig a également relevé que la première sortie du Président «était très réussie», notamment à travers son engagement pour le dialogue avec les acteurs du Hirak. «Ce mouvement populaire ne fait plus peur. Avec un président légitime élu, nous avons résolu la problématique de la légitimité. C’est là un point fort. Le discours était celui d’un président élu qui n’est pas venu pour régler des comptes. Je pense que ce discours a changé les visions et les convictions de plusieurs citoyens, lui donnant l’image d’un père de famille qui tente de réunir ses enfants, en appelant au dialogue sans exclusion. C’est ce discours d’espoir qui nous manquait en tant qu’algériens», a-t-il soutenu.
«L’annonce d’une réforme profonde de la Constitution, qui constituera les fondements de la nouvelle République, est l’un des autres points forts du discours», relève-t-il. «Mais le plus important, estime l’enseignant universitaire, c’est cet appel à la contribution des experts et universitaires dans l’élaboration de la première mouture de la Loi fondamentale et sa présentation à un référendum populaire. C’est donc une manière d’éviter les erreurs commises lors de l’élaboration de l’actuelle constitution très fragilisée», a-t-il souligné. Autre point positif, selon l’économiste, celui de l’engagement de l’État pour le financement de la campagne électorale. «Cela va barrer la route au financement occulte», estime le Pr Rezig, qui conclut : «C’est un discours qui révèle que le nouveau Président a une vision stratégique.»
Un message rassurant
De son côté, Slimane Aârdj, enseignant universitaire en sciences politiques et politologue, a mis en avant les garanties mises en œuvre pour assurer le bon déroulement de l’élection présidentielle «dans un contexte exceptionnel». Il a assuré que le Président élu «est l’expression de la volonté populaire et du changement largement et fortement revendiqué par les Algériens». Pour lui, les messages contenus dans le premier discours «sont forts et rassurants», dans l’optique de la préservation de la stabilité du pays. «Le Président élu n’a pas manqué de rassurer les Algériens de son engagement à poursuivre la lutte contre la corruption et la récupération des fonds détournés, sachant que ce sont-là des préoccupations majeures des citoyens, mais aussi des engagements pris lors de la campagne électorale», dit-il. Un autre point notable, l’appel au dialogue avec les acteurs du Hirak. «Je pense qu’aujourd’hui, la balle est dans le camp du mouvement populaire. C’est à lui de répondre à cette invitation qui constitue un pas courageux pour le rétablissement de la confiance entre les citoyens et les institutions, et la valorisation du rôle de la jeunesse. Outre le développement de l’économie, le défi est la mobilisation populaire pour la nouvelle Algérie, à travers une responsabilité collective», a-t-il estimé.
Des réactions étrangères qui démontrent un plan de déstabilisation du pays
Pour sa part, Zouhir Bouaâmama, docteur en relations internationales et sciences politiques à l’université d’Alger et politologue, s’est réjoui du déroulement des élections, organisées dans un contexte particulier. «La présidentielle n’avait pas pour seul enjeu l’élection d’un président de la République, mais aussi de préserver la sécurité du pays. Les élections sont un grand pas dans le cadre d’un long processus», dit-il. Le politologue a relevé que «les élections se sont déroulées dans la transparence. Pour preuve, les Algériens ignoraient l’identité du futur président». Il a tenu à signaler que la réaction «froide» de certaines parties étrangères et le traitement médiatique démontrent «des intérêts qui passent par le maintien de la crise et la déstabilisation de l’Algérie, dans l’optique d’une mainmise sur le pays», a-t-il insisté.
Le retour à la légitimité constitutionnelle permettra, selon lui, à l’Algérie de se remettre de nouveau sur les rails, a-t-il souligné. «Le nouveau président a réussi sa première sortie. Il a prononcé un discours d’apaisement envers ceux qui n’ont pas voté pour lui.
La mission n’est pas facile. Le nouveau président fait face à plusieurs défis, et je pense qu’il a déjà sa stratégie. Son engagement à poursuivre la lutte contre la corruption est un bon signe pour un changement réel. Il doit faire appel aux compétences nationales. Nous devrons aujourd’hui aller du pouvoir d’homme vers un pouvoir d’institutions et vers un saut démocratique réel», a-t-il souligné.
À l’occasion, il a salué les efforts du Haut Commandement de l’ANP, dans l’accompagnement de ce processus de sortie de crise et de préservation de la paix et de la stabilité.
Neila Benrahal
Auteur: elmoudjahid
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