Par sa masse et ses slogans, le hirak a mis en cause la légitimité des institutions qui ont assuré la cohésion de la société jusque-là. Ces dernières, durant plus de 50 ans, ont été acceptées, malgré leurs imperfections et les soubresauts récurrents de la révolte, car elles nous avaient rendu possible le progrès social, à nous citoyens de « deuxième classe». L’Algérie indépendante a permis une multiplication par quatre de sa population et le niveau de vie des gens est sans commune mesure comparé à ce qu’il était avant 1962. L’inconvénient est que ces avancées sociales étaient, dans une très large mesure, adossées à la redistribution de la rente des hydrocarbures. L’amenuisement de cette dernière à partir de 2014 fait gripper la machine à fabriquer le progrès social et révèle la fragilité du mode d’organisation social existant, les injustices qu’il engendre deviennent insupportables. L’indignation généralisée devant les pratiques de prédation qui ont culminé sous le régime des Bouteflika met en cause la légitimité des médiations les plus importantes, leur pertinence à empêcher l’éclatement de la cohésion de la société ; ces médiations constituent les démembrements de l’Etat. Les deux grands points de vue qui s’affrontent actuellement représentent le parti de l’ordre et celui du mouvement ; ils sont tous deux à la fois unilatéraux et incomplets. Le premier défend à juste raison le besoin d’ordre dont dépend la continuité de la société, mais il considère qu’un assainissement suffira pour rétablir la normalité pervertie par les pratiques maffieuses du régime Bouteflika. Il ne voit pas que le désajustement entre les aspirations des gens et les possibilités de l’Etat a atteint une irréversibilité telle que le changement des médiations sociales les plus importantes devient impératif. Le second représente le besoin de changement et appelle à juste titre à l’arrachage de toutes les représentations du système honni ‘’yetnahaw gaâ’’.
Auteur: Ismain
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