Le mouvement populaire entame sans coup férir,  son septième mois, en portant  toujours, sans s’essouffler, ses revendications légitimes. Les foules de manifestants ont investi les rues dans un Hirak pacifique et réussi à imposer leur volonté, en commençant par faire  tomber l’option d’un cinquième mandat, jusqu’à mettre hors d’état de nuire, ce qui a été qualifié de «Issaba», tout en étant à l’origine du déclenchement de la plus grande opération anti-corruption, jamais vue dans le pays. Après 28 vendredis de manifestations populaires grandioses, la rue commence à prendre conscience de la nécessité de trouver «une solution rapide pour mettre fin à la crise politique due au blocage, et pour sortir de l’impasse et le vide porteurs de gros risques sur la stabilité du pays et de ses institutions».

 C’est déjà la rentrée sociale, soit  «le retour à la normale» après plus de deux mois de vacances. Au fil des marches, malgré quelques irréductibles,  les Algériens commencent à prendre conscience quant à la nécessité du dialogue «comme unique voie pour une sortie de la crise politique». Les événements se sont accélérés ces derniers mois, depuis l’annulation de l’élection présidentielle et l’installation du panel de dialogue. 

 Mise en place le 25 juillet dernier, l’Instance pour le dialogue et la médiation, dont la coordination des travaux a été confiée à M. Karim Younès, ancien président de l’Assemblée populaire nationale (APN), a pour principale mission de contribuer à «réunir les conditions nécessaires à l’organisation du prochain scrutin présidentiel dans «une transparence totale et une régularité sans faille». L’instance s’est donné pour objectif d’amorcer un processus du dialogue  qui doit porter sur tous les aspects liés à l’organisation du scrutin présidentiel, ses étapes préparatoires, les conditions qui lui sont nécessaires, le déroulement du calendrier électoral et la date de l’élection présidentielle. A travers ses rencontres de concertation l’instance a réaffirmé un principe sacré, qu’elle prône, et qui est que «le dialogue doit être inclusif et doit regrouper l’ensemble des représentants de la classe politique, les acteurs les plus représentatifs de la société civile, des personnalités nationales ainsi que des délégués du mouvement populaire, s’ils le souhaitent». Aussi, mercredi dernier,  à l’occasion d’une rencontre bilan, l’Instance pour le dialogue et la médiation, a annoncé que le projet portant sur la haute instance indépendante d’organisation des élections et du projet portant révision de la loi portant code électoral, seront les deux chantiers de la prochaine étape. 

Le constitutionnaliste et membre du panel, Bouzid Lazhari, a expliqué lors de cette rencontre,  que «la haute instance qui se verra attribuer pas moins de 18 prérogatives dont notamment la constitution du fichier électoral, de la carte électorale, la surveillance du scrutin, et ce, jusqu’à la proclamation des résultats, «ne sera attachée à aucune formation politique, ou n’importe quelle autre partie».

M. Lazhari assure que l’administration n’aura absolument aucun rôle à jouer : «la loi portera un régime électoral à la hauteur des aspirations des Algériens pour assurer davantage de transparence au scrutin». Tout en admettant l’importance du dialogue, plusieurs analystes posent la question de savoir est-ce que le panel de Karim Younès pourra convaincre la classe politique de l’opposition, notamment, de la justesse de sa démarche.

L’Instance de médiation et de dialogue a eu à organiser une multitude de rencontres avec des figures de la Révolution, et avec près de 300 organisations de la société civile et des débats auxquels ont pris part près de 3.000 personnes. Et au moins treize partis de différentes tendances politiques

Les membres du panel insistent souvent lors des rencontres sur «le rétablissement de la confiance perdue entre le peuple et le pouvoir» via des «mesures d’apaisement».  A  cet effet, il serait utile de rappeler que M. Karim Younès avait affirmé lors de l’installation du panel que  l’Etat était disposé à répondre favorablement à ces doléances, «du moins à une partie d’entre elles, dans l’immédiat».

Tahar Kaïdi


Représentants des élites nationales 

Faire sortir le pays de la crise politique 

Des élites nationales ont exprimé, samedi dernier à Alger, par la voix de leurs représentants dont des enseignants universitaires et des avocats, leur appui à un dialogue «inclusif et sérieux» et leur soutien aux démarches de l’Instance nationale de dialogue et de médiation (INDM) chargée de cette mission qui consiste à faire sortir le pays de la crise politique qu’il traverse. Au terme de leur rencontre avec l’INDM, les membres représentant les élites nationales, venus de 35 wilayas, ont affirmé que le «dialogue national franc et sérieux, est la seule voie à même de régler la crise actuelle», appelant à la «nécessité de préserver l’Etat algérien et l’unité de son peuple». Tout en mettant en avant «l’impératif de passer à un Etat de droit qui garantisse les droits individuels et collectifs des citoyens et leur assure une vie digne», les élites qui prennent part au dialogue, se sont félicitées des «positions remarquables de l’Armée nationale populaire (ANP), de son soutien au Hirak, ainsi que de sa garantie absolue de l’intégrité des citoyens et de leurs biens». Les élites ont prôné, d’autre part, «l’introduction de profonds amendements à la loi portant régime électoral, à même de permettre une représentation réelle de la volonté du peuple», outre «la création d’une autorité indépendante de supervision chargée de l’organisation d’élections régulières et transparentes, et ce après avoir réuni les garanties nécessaires qui lui permettent de concrétiser l’indépendance totale dans l’exercice de ses missions, tout en lui assurant l’appui logistique». Les élites ont exigé, par ailleurs, «la démission de l’actuel gouvernement», appelant à «la préservation des mesures d’apaisement et à la récupération des fonds perdus du fait de l’évasion fiscale». Les différents intervenants ont indiqué que leur «absence de la scène politique ne découlait pas d’un choix mais faisait suite à la marginalisation et aux pressions exercées sur cette frange parmi les élites nationales», fustigeant dans le même contexte, les voix qui appellent à l’étape de transition, étant donné que cette démarche pourrait «faire entrer le pays dans des méandres aux conséquences fâcheuses». 


Coordination nationale de la société civile 

Une entente nationale populaire

Le président de la Coordination nationale de la société civile (CNSC), Abdelhafid Bessalah, a mis l’accent hier à Skikda sur la nécessité de tenir l’élection présidentielle dans «les plus proches délais». Au cours d’une rencontre de concertation avec les représentants de la coordination des wilayas de Skikda, Annaba, Souk Ahras, Constantine, Batna, El Tarf et Oum El Bouaghi, M. Bessalah a souligné l’importance de trouver une solution qui permette la tenue de l’élection présidentielle dans «les plus proches délais» car le pays, a-t-il soutenu, «a grand besoin d’un président de la République». Cette rencontre, a souligné Abdelhafid Bessalah, est la 7e depuis le début du Hirak populaire dans le cadre d’une démarche d’ouverture de débat pour parvenir à «trouver des solutions et des mécanismes réels de sortie de la crise politique que traverse le pays». Le président de la CNSC a invité, à l’occasion, les acteurs de la société à adhérer à cette concertation et au dialogue pour arriver à «une entente nationale populaire sur l’ensemble des questions posées par le peuple». La concertation, a estimé Bessalah, «est la voie à même de garantir la transition démocratique et la réunion des conditions constitutionnelles et légales pour une élection présidentielle propre et transparente». 

Cette rencontre s’est déroulée en présence du président d’honneur de la CNSC, Saïd Bouhedja, et de représentants de la société civile et associations actives dans la wilaya de Skikda.

Auteur: elmoudjahid
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