Diplomatie digitale : Un pas en avant !

Cette situation de crise peut se révéler salutaire pour l’instauration et l’intégration des vidéoconférences comme pratique entrant dans les processus de négociation et les différents agendas des grandes causes internationales.

Par Itimad ZAHIDI
Ex-députée, ingénieure en informatique et doctorante en droit international public

Depuis une dizaine d’années, un certain nombre de controverses tend à venir bousculer l’univers feutré et les pratiques traditionnellement bien ancrées des diplomates.

En effet, les opinions publiques deviennent de plus en plus sensibles aux contradictions flagrantes entre les objectifs affichés et les pratiques en usage dans le monde diplomatique.

Cette opinion internationale s’est fait entendre récemment à l’occasion de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques à Copenhague.
Les experts politiques ont judicieusement relevé l’ironie de l’évènement diplomatique rassemblant des milliers de représentants de pays et d’organisations internationales parcourant des milliers de kilomètres à bord d’avions dont l’impact écologique en émissions de gaz à effet de serre est très élevé alors même qu’ils sont censés discuter d’accords prévoyant des mesures à même de réduire ces mêmes émissions de gaz.

Des critiques similaires ont été formulées à un moment où le nombre de conférences multilatérales ne cesse de se multiplier.
Ces critiques, à juste titre, avançaient l’idée que les Etats se devaient au regard des progrès technologiques de communication d’instaurer de nouvelles pratiques permettant aux diplomates de se concerter ou de négocier à distance.
Il était évidemment attendu qu’un changement dans les usages diplomatiques ne pouvait se faire de manière prononcée et rapide.
Toutefois, l’avènement de la crise pandémique du virus Covid-19 est venu accélérer le processus.
En effet, la crise sanitaire mondiale a imposé aux pays un confinement des populations dans 120 pays et l’isolement de leur majorité par la fermeture de leurs frontières terrestres, maritimes et aériennes.

Face à la paralysie quasi complète des transports, l’obligation de confinement et de distanciation pour des raisons objectives, les responsables et diplomates des Etats ont adopté la visioconférence comme moyen de communication entre eux afin de coordonner leurs actions.
C’est ainsi que l’opinion publique a pu suivre les vidéoconférences entre chefs d’Etat et de gouvernement européens, américains et autres…
Il est communément admis que de chaque crise naît une certaine capacité d’adaptation et un recours à l’innovation.
Alors même que nos sociétés désormais ultra connectées intégraient de manière progressive la technologie du digital, la crise sanitaire aujourd’hui tend à l’imposer et à en faire le moyen le plus efficace pour le travail diplomatique confronté aux contraintes de confinement.
En effet, des réunions de haut niveau se déroulent en toute sécurité, afin de partager l’information, l’expérience mais aussi pour négocier.
Cette situation de crise peut se révéler salutaire pour l’instauration et l’intégration des vidéoconférences comme pratique entrant dans les processus de négociation et les différents agendas des grandes causes internationales.

Il serait également opportun de saisir cette occasion pour en codifier l’usage et déterminer sa place dans le processus de base de la négociation dans lequel la présence en face-à-face continue de dominer les rencontres diplomatiques aux niveaux bilatéral et multilatéral.
La Communauté internationale est appelée à innover dans ce domaine. Aujourd’hui l’espace virtuel permet de faire coopérer plus d’acteurs au-delà du cercle diplomatique traditionnel.
Les Etats pourraient à terme créer des représentations diplomatiques ou consulaires dans tous les pays, sans forcément avoir des implantations physiques. Ce qui peut se révéler une source non négligeable d’économie des ressources.

Le rapport du groupe de haut niveau de l’ONU, sorti en juin 2019, sur l’ère de l’interdépendance numérique, a appelé dans ses recommandations à un «engagement mondial pour la coopération numérique» pour l’année 2020 : une coopération qui implique non seulement les gouvernements, mais aussi un éventail beaucoup plus diversifié d’autres parties prenantes telles que la société civile, les universitaires, les technologues et le secteur privé.
Il faut mentionner qu’il n’y a pas eu unanimité d’opinion parmi les membres du groupe en ce qui concerne chacune des recommandations, le groupe approuve néanmoins le rapport dans son entièreté dans l’esprit de promotion de la coopération numérique.
En effet les trois architectures proposées visent à déclencher des consultations ciblées, agiles et ouvertes afin d’élaborer rapidement des mécanismes de gouvernance numérique modernes.
La crise pandémique peut en être le déclencheur en vue de l’adoption d’une diplomatie digitale codifiée, efficace et admise dans le travail des Etats.
Le développement de cette technologie de communication n’est pas sans danger.
Elle porte en elle le risque d’une autre forme, à savoir les virus informatiques. Toutefois, l’on peut se consoler en préférant ce type de risque informatique à celui d’une pandémie virulente à même d’attenter à la vie humaine.

Auteur: ALM
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