Le 21 décembre 2019 à Abidjan, Côte d’Ivoire, le président français, Emmanuel Macron et son homologue ivoirien, Alassane Dramane Ouattara ont annoncé la « disparition » du Franc de la Communauté financière africaine (FCFA), né en 1945 sous la première appellation de Franc des colonies françaises d’Afrique. « C’est en entendant votre jeunesse que j’ai voulu engager cette réforme. Le Franc CFA cristallise de nombreuses critiques et de nombreux débats sur la France en Afrique. J’ai entendu les critiques, je vois votre jeunesse qui nous reproche de continuer une relation qu’elle juge postcoloniale. Donc rompons les amarres », a déclaré Emmanuel Macron. Alassane Ouattara s’est contenté d’expliquer que cette décision « historique » a été « prise en toute souveraineté. Elle prend en compte notre volonté de construire notre futur de manière responsable ».
Le franc CFA est donc mort, près de 60 ans après les indépendances des anciennes colonies françaises sur le continent africain. Dès 2020, il sera remplacé par l’Eco. Le changement ne concerne pour l’instant que les huit pays de l’Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest (Uemoa) que sont Bénin, Burkina faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo. L’Afrique centrale n’est pour l’instant pas comprise dans le processus. Ce qui est présenté comme un changement historique est suivi par d’autres transformations : fin de l’obligation pour les Etats africains concernés de verser 50% de leur réserves de change au Trésor français ; fin de la présence française au conseil d’administration de la Banque centrale à Dakar. Sauf qu’il est maintenu la garantie de la France et l’arrimage de la nouvelle monnaie à l’euro. « En bref, La France cesse d’être co-gestionnaire mais demeure garant financier », analyse le journal Le Monde dans un éditorial du 26 décembre.
Selon ce média français, avec l’avènement de l’Eco, l’on vogue entre révolution et arnaque. Pour les partisans de l’Eco, l’union monétaire garantie par la France assure la stabilité, y compris durant de graves crises. Selon ses détracteurs, le système maintient la parité avec une monnaie trop forte (l’euro), empêche toute dévaluation compétitive, décourage la production locale, entrave l’industrialisation et enferme les pays dans une économie de rente de matières premières. « L’arrangement avec Paris peut être vu comme un cadeau aux élites francophones africaines, dont le pouvoir d’achat est gonflé. A cet égard, la vraie-fausse disparition du franc CFA annoncée par M. Macron ne changera rien », alerte le journal.
Tout compte fait, le maintien du lien monétaire avec la France est à la fois une assurance de stabilité et un aveu de faiblesse pour les dirigeants africains. Ces derniers doivent cependant saisir l’occasion de cette « rupture partielle » comme un appel à une véritable émancipation économique et monétaire des Etats africains francophones. Si Emmanuel Macron – dont l’attitude montre qu’il est content d’avoir gardé les rênes – et la France veulent rester crédibles, en déclarant vouloir tourner le dos à la page coloniale, ils doivent tout faire pour aider les Etats africains à prendre en main leur propre monnaie, et leurs économies.
Le débat, bien entendu, est relancé de plus belle au sein de la communauté africaine francophone. Certains y voient un « avancée réelle ». A l’instar de l’économiste Felwine Sarr, de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao), qui estime que la réforme du franc CFA est une « étape symboliquement intéressante ». « Que les représentants français quittent les organismes de décision et que le compte d’opération revienne en Afrique nous permettront d’avoir des ressources en liquidités à investir dans la zone et de se défaire en partie de la tutelle de Paris. Nous ne sommes pas des jeunes enfants qui ont besoin de garanties », souligne-t-il.
Moubarack Lo, économiste en chef du Premier ministre sénégalais, voit dans cette réforme « une transition en douceur, qui facilitera la fusion avec les autres pays de la Cédéao ». Il assure que « rien n’empêche d’améliorer quelques éléments dès 2020 : l’ancrage sur un panier de devises, la préparation de l’impression des billets et pièces sur le continent ».
A contrario, l’économiste Demba Moussa Dembelé est de ceux qui estiment qu’il s’agit d’une « réforme cosmétique ». Selon lui, ladite réforme élimine les symboles qui fâchent sans toucher au fond du problème : « ce que demandent les peuples africains, c’est la fin du franc CFA et non sa réforme ». Une position qui trouve écho chez Cheikh Tidiane Dieye. L’économiste sénégalais dénonce « une arnaque politique (…) une décision opportuniste, un vol. Ce sera une réforme du CFA et en aucun cas un avantage pour la création de l’Eco, puisque ce dernier n’a jamais envisagé son existence par rapport à la France ».
Même s’ils ne sont pas encore concernés par la réforme, l’avènement de l’Eco a causé diverses réactions dans les pays de Cémac. Malgré les nombreuses divergences politiques, les Camerounais, par exemple, convergent presqu’entièrement sur la nécessité d’en finir avec « la monnaie coloniale ». La seule préoccupation étant de savoir dans quelles conditions le faire.
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Auteur: Francky
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