• Le président de la République a promu 10 circonscriptions du pays au rang de wilayas. Cette décision est-elle conforme aux orientations du SNAT, le Schéma national d’aménagement du territoire ?

Avant d’apporter quelques éléments de réponse à votre question, permettez-moi de vous dire qu’en Algérie, tous les découpages territoriaux contenus dans les différentes réformes s’inscrivent dans un contexte particulier ; en ce sens, ils viennent pour répondre à une exigence stratégique d’intérêt national tenant compte des conditions politiques prévalant.

Pour vous dire, nous sommes loin d’une logique de définition d’entités territoriales économiquement viables, socialement homogènes pouvant sécréter un développement humainement durable. C’est pourquoi, les orientations contenues dans le SNAT à l’horizon 2030 sont en parfaite inadéquation aux réalités socioéconomiques du développement des territoires, quand bien même ils sont hétérogènes.

Le couronnement de 10 circonscriptions administratives, tel que vous venez de les qualifier, au rang de wilayas, est une réforme partielle du maillage territorial du pays, qui dans son fondement, ne prend en compte que l’aspect purement bureaucratique et celui de l’occupation de l’espace. En définitive, nous risquons, encore une fois, de compromettre le développement en raison de l’inopérationalité de ces entités censées accompagner les populations en quête d’un mieux-être.

En outre, le SNAT qui, dans sa philosophie retient un découpage du territoire en régions-programme sous la dénomination des espaces de programmation territoriale (EPT) qui sont de l’ordre de 9 en négligeant la dimension territoriale pour privilégier le critère géographique.

  • Quel est l’objectif attendu à travers ce (mini) découpage territorial ? A-t-il été élaboré selon des critères bien définis qui garantiront le développement de ces nouvelles wilayas ?

Vous savez, tout découpage territorial doit s’appuyer sur des critères objectifs (économique, sociologique, géographique, culturel…) pour définir une taille optimale d’une entité de développement. A mon avis, en Algérie, nous avons, encore une fois, fait du tâtonnement pour une question hautement stratégique, celle d’un découpage qui se devrait d’être global et en cohérence avec les attentes et spécificités des territoires.

Il est clair que ce «redéploiement d’une portion du territoire national» pourrait, à court terme, avoir un impact relativement positif dans le sens de maîtrise de certaines problématiques auxquelles font face les territoires du Sud en particulier, mais à moyen et long termes, il faut absolument rendre ces wilayas nouvelles viables économiquement et surtout attractives.

Nous risquons, à coup sûr, de nous retrouver face à des communes qui seront dépendantes des subventions de l’Etat en raison de l’inexistence de ressources propres qui peuvent leur permettre le financement des services publics et la réalisation des infrastructures de base, quand on sait que plus de 90% des communes algériennes enregistrent toujours des déficits chroniques.

  • Comment expliquez-vous les déséquilibres entre les territoires, que ce soit en matière de démographie ou d’infrastructures et d’activités économiques ?

Justement, nous venons de le dire précédemment, les orientations du SNAT et les réalités des territoires ont généré des déséquilibres et des inégalités de développement entre les régions. Ceci est dû au fait que les pouvoirs publics n’ont pas développé les mécanismes de correction des inégalités à même de contribuer à encourager le développement local. Les politiques publiques doivent se territorialiser dans le cadre du SNAT.

C’est dans cette optique, qu’il faut aller vers plus de mobilisation des ressources territoriales que recèlent les territoires et ce, en encourageant le développement de l’entrepreneuriat innovant pour dynamiser les territoires. La fragilité de ces derniers ne pourrait être réduite par le seul fait des mécanismes de péréquation financière pour réduire les inégalités. Le développement territorial doit être une réalité et non un vœu et cela passe inévitablement par la réforme ou même la refonte des finances locales en conférant à l’échelon communal toute sa considération.

A juste titre, les communes relevant de ces 10 wilayas nouvelles doivent connaître un niveau de développement du territoire équitable en tenant compte de leurs spécificités. Pour ce faire, la question de l’audit et des diagnostics des territoires est plus qu’une nécessité pour aller vers l’identification des atouts et faiblesses des territoires. La finalité étant la définition des politiques territoriales dans le cadre d’une véritable décentralisation à conférer à l’échelon local.

  • Que faut-il revoir pour garantir un développement équitable et harmonieux à travers tout le territoire national ?

Pour asseoir un développement harmonieux et équitable à travers tout le territoire national, il est recommandé, à mon humble avis, dans un premier temps, de faire un audit et un diagnostic de la gestion des territoires. Pour cela, l’exploitation des travaux de recherche scientifique réalisés dans ce domaine peut apporter beaucoup de réponses à ces questions.

Ensuite, tout découpage qui se dessinerait à l’horizon doit être inscrit dans le cadre du développement des territoires. Le scénario plausible est celui d’envisager un maillage territorial qui tiendrait compte des spécificités des territoires avec l’identification des complémentarités pour créer et recréer les conditions d’un développement national sécrété par la compétitivité des territoires.

Pour en finir, aller vers un nouveau découpage territorial pourrait induire des coûts importants et s’avérerait lourd dans sa mise en œuvre, si nous ne réglons pas les incohérences justement du SNAT. La déclinaison des orientations de ce schéma se heurte aux réalités des territoires. Il faut, par conséquent, un maillage territorial conférant à l’échelon communal et supra-communal plus de prérogatives dans le cadre de la décentralisation de la décision. Ceci devrait s’accompagner par un transfert de compé.

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Auteur: Anis Khecheba
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