Le Dr Redouane Bouhidel, enseignant à la faculté des Sciences politiques et des relations internationales, de l’université d’Alger 3, estime que c’est à travers le référendum sur l’amendement constitutionnel que le peuple algérien retrouvera son pouvoir d’exercer ses droits constitutionnels.

La nouvelle Constitution qui sera soumise au référendum le 1er novembre prochain, contient-elle des nouveautés susceptibles d’opérer le changement auquel aspire le peuple ?
Dr Bouhidel : Cette nouvelle Constitution est le fruit d’un long combat incarné par le Hirak. Elle émane de la volonté des autorités actuelles et constitue une réponse aux revendications des manifestants lors du Hirak. C’est aussi la réelle mise en application des articles 7 et 8 de la Constitution.
C’est avec ce référendum que le peuple algérien retrouvera son pouvoir d’exercer ses droits constitutionnels. Aujourd’hui, son destin est entre ses mains.
Par ailleurs, le choix de recourir au référendum comme modalité constitutionnelle, et ne pas se contenter d’une simple validation du Parlement, est une preuve irréfutable de la bonne foi du président de la République. C’est, également, une façon de rétablir la confiance « perdue » avec le peuple.
Comme promis par le Président, la nouvelle Constitution prévoit une séparation des trois pouvoirs, tout en restant dans le cadre des règles générales de la notion et en concrétisant le régime semi-présidentiel. La nouvelle Constitution n’est pas une simple application théorique de ce que les livres nous ont enseigné sur les régimes politiques. Bien au contraire, elle prévoit des prérogatives égales entre les trois pouvoirs, un respect de la relation entre-eux. Elle donne certes le droit au président de nommer les hauts cadres de l’État et de la possibilité d’une dissolution du Parlement.
En revanche, les représentants du peuple ont le droit de surveiller l’exercice du gouvernement. Elle prévoit aussi de donner une indépendance réelle au pouvoir judiciaire, notamment par la création de la Cour constitutionnelle, avec un rôle plus large que ce qui a été attribué au Conseil constitutionnel.
La nouvelle Constitution s’intéresse davantage aux jeunes et à la société civile (pratiquement absents en 2016). Elle prévoit plus de libertés pour la presse et à l’activité politique et associative.
Je crois que le plus important est d’arriver à établir un État de droit à travers cette nouvelle Constitution.

La révision de la Constitution constitue l’un des principaux engagements politiques du Président Tebboune. Selon vous le contenu
 de ce projet répond-il aux attentes du peuple ?

Primo, il faut juste rappeler que la volonté d’une révision constitutionnelle a été l’un des projets promis par M. Tebboune lors de sa campagne électorale.
Pour être plus clair, il est difficile en politique de satisfaire tout le monde, ou plutôt de satisfaire les 25 millions d’électeurs algériens. Le but reste toujours une satisfaction majoritaire, par la réalisation d’un consensus entre toutes les composantes de la scène politique, et surtout trouver les mécanismes pour persuader les Algériens qu’on doit passer à un changement politique radical, afin de rompre avec les agissements de l’ancien système. Plus que jamais, nous avons besoin d’un discours politique différent de celui de l’ancien système. Un discours sage et clair, mais aussi honnête, et cela va forcément créer la confiance entre le pouvoir politique et les gouvernés afin d’arriver, dès que possible, à édifier une Algérie nouvelle tant souhaitée par notre peuple.

Est-ce que cette nouvelle Constitution a toutes les chances de durer dans le temps ?
A vrai dire, il n’existe pas une Constitution pérenne dans le monde. Tout peut être modifiable à la lumière des contextes et des différentes circonstances. Donc, nous ne pouvons jamais prévoir ça. Toutefois, nous devons œuvrer pour que cette nouvelle Constitution soit durable dans le temps. A condition qu’elle soit suivie d’un grand chantier pour réviser plusieurs textes juridiques, les lois organiques (des élections, des partis politiques, de l’information, etc.), ainsi que la loi sur la lutte contre la corruption, le code pénal, etc.
En réalité, nous avons besoin d’un changement de fond.
Je tiens aussi à rappeler qu’une Constitution durable doit se renforcer par les autres lois, et le respect de tous les textes juridiques.

À votre avis comment faire adhérer la population à cet important projet ?
Je pense qu’il faudrait pratiquer un vrai marketing politique. Il ne suffit pas uniquement d’évoquer les changements apportés dans ce projet.
Il serait primordial d’impliquer tous les acteurs : partis politiques, société civile, académiciens, personnalités nationales pour faciliter au simple citoyen la lecture des textes juridiques qui composent la nouvelle Constitution. Il faudrait expliquer aux Algériens que chaque article les concerne, car il cadre la vie politique, économique, sociale du pays. Ces articles définissent aussi les relations entre les différentes institutions de l’État. En somme, il faut que l’Algérien soit conscient que cette nouvelle Constitution définit bien les contours de son avenir.
K. H.

Auteur: elmoudjahid
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