

Les frais de souveraineté ont une origine idéologique qui s’appuie sur la nature de l’organisation comme lieu de conflits et d’intérêts contradictoires dont le processus de convergence nécessite des actions aux incidences financières. Cet avantage encore appelé en management le budget discrétionnaire (au sens positif du terme) est utilisé selon la convenance du dirigeant mais pour obtenir l’adhésion des membres de l’organisation aux objectifs de l’entreprise en usant de toutes les activités de négociations formelles et informelles. Donc, si la gestion y relative n’est pas directive au sens d’indiquer exactement les rubriques à couvrir c’est que ces rubriques sont diverses et difficilement programmables car pour la plupart contingentes. Ces fonds sont alors gérés de façon discrétionnaire.
Deux approches s’opposent quant à la pertinence du budget discrétionnaire (frais de souveraineté). La première rejette l’opportunité de ces frais, conséquence des erreurs d’estimation et révélateurs d’inefficience et d’inefficacité de l’action du dirigeant. Pour eux, le budget discrétionnaire et notamment sa valeur est un indicateur d’une mauvaise planification mais également un argument pour justifier des dérives managériales. Il s’agit d’un comportement qui dissimule à peine la malhonnêteté du gestionnaire qui va militer pour l’augmenter afin de satisfaire ses besoins personnels. Les militants de cette approche plaident pour que le budget discrétionnaire disparaisse et, au besoin, qu’il soit intégré dans le budget formel pour éviter des pertes d’opportunité et une augmentation des coûts. Il s’agit pour eux d’une allocation non rationnelle dont l’impact sur la performance n’est pas avéré.
A l’opposé, la deuxième approche est soutenue par des auteurs qui considèrent le budget discrétionnaire comme une source d’efficience. Ces frais s’expliquent donc au plan managérial par la nécessité pour le dirigeant d’engager des négociations avec l’ensemble des parties prenantes (aux objectifs contradictoires) et de convenir d’un minimum de consensus nécessaire pour l’atteinte des résultats. Ce consensus permet d’éviter le « relâchement organisationnel » qui occasionne des pertes d’efficience plus ou moins importantes. Ainsi, le maintien de la cohésion des groupes exige que les dirigeants constituent un « trésor de guerre » (pécuniaire ou non pécuniaire) encore appelé « budget discrétionnaire » et dans le cas qui nous intéresse « frais de souveraineté » qui leur permet de mener des négociations internes et de faire accepter (moyennant des dédommagements et récompenses) les objectifs de l’organisation. C’est donc un précieux outil permettant aux dirigeants d’envisager diverses activités pour obtenir l’engagement et l’adhésion de tous aux objectifs de l’organisation. Par ailleurs, il permet de faire face aux imprévus et aux variations inattendues de l’activité. C’est donc le résultat sur le terrain qui garantira l’efficacité des frais de souveraineté.
(*) Extrait de « lumière sur les frais de souveraineté des ministres camerounais »
(**) Enseignante-Chercheure, Experte en Gouvernance Publique
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Auteur: Nasser Ngoume
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