Rentable, en pleine expansion et désormais courtisée par des investisseurs, la startup marocaine CloudFret prépare une nouvelle phase de croissance avec une prochaine sortie sur le marché des capitaux. Son fondateur et CEO, Driss Jabar, revient sur les ambitions technologiques de l’entreprise, ses projets européens et sa volonté de transformer en profondeur la logistique entre l’Afrique et l’Europe.
1. La nouvelle phase que vous préparez marque-t-elle un tournant pour CloudFret?
Cette levée de fonds marque surtout un changement de dimension pour CloudFret. Nous ne sommes plus dans une phase où nous devons prouver que le modèle fonctionne. Cette étape est derrière nous. CloudFret est aujourd’hui une startup rentable, avec une traction commerciale solide, une technologie déjà déployée sur le terrain et une ambition claire : devenir l’infrastructure digitale de référence du fret entre l’Afrique et l’Europe. Nous avons reçu des lettres d’intérêt d’investisseurs qui souhaitent nous accompagner dans cette nouvelle phase. Leur intérêt confirme une conviction forte : la logistique africaine entre dans un moment de transformation majeur, et CloudFret fait partie des acteurs capables de porter cette transformation à grande échelle.
L’objectif de cette opération est donc d’accélérer sur trois axes : renforcer notre technologie, notamment autour de l’intelligence artificielle ; développer nos solutions SaaS pour les acteurs du transport ; et accélérer notre expansion en Europe avec le lancement progressif d’opérations intra-européennes.
Notre ambition est simple : faire passer CloudFret d’un leader régional à une plateforme technologique capable de jouer dans la cour des grands acteurs internationaux du fret.
2. Qu’est-ce qui différencie CloudFret des autres plateformes logistiques?
La grande différence de CloudFret, c’est que nous ne sommes pas partis d’un PowerPoint. Nous sommes partis du terrain.
Nous avons construit notre technologie dans l’un des corridors les plus complexes au monde : le corridor Afrique-Europe. C’est un environnement où il faut gérer la fragmentation des transporteurs, les retours à vide, les contraintes douanières, les délais portuaires, les documents, les aléas opérationnels et la pression permanente sur les coûts. Cette complexité est devenue notre avantage compétitif.
Là où beaucoup d’acteurs internationaux arrivent avec des modèles standardisés, CloudFret a développé une technologie conçue pour les réalités du marché : matching intelligent, optimisation des camions disponibles, ERP transport, automatisation documentaire, traçabilité, données opérationnelles et indicateurs ESG. Notre ambition n’est pas seulement de digitaliser le fret. Notre ambition est de créer la couche d’intelligence du transport.
À terme, nous voulons faire de CloudFret une sorte de “Bloomberg du fret” : une plateforme capable de donner aux chargeurs, aux transporteurs et aux industriels de la visibilité, de la donnée et de l’intelligence décisionnelle dans un secteur qui fonctionne encore trop souvent à l’aveugle.
Le futur du fret ne sera pas seulement celui qui transporte le plus. Ce sera celui qui possède la meilleure donnée, la meilleure technologie et la meilleure capacité d’anticipation. C’est précisément là que CloudFret veut se positionner.
3. Comment les fonds seront-ils utilisés?
La technologie sera au cœur de l’utilisation des fonds.
CloudFret n’est plus simplement une marketplace de fret. Nous construisons une véritable infrastructure technologique pour le transport routier : une plateforme capable de connecter les flux, les camions, les documents, les données et les décisions opérationnelles. Une part importante des financements sera consacrée à l’intelligence artificielle, notamment pour améliorer la détection des capacités disponibles, réduire les kilomètres à vide, optimiser les itinéraires, automatiser certaines tâches d’exploitation et renforcer notre capacité de prédiction sur les flux.
Nous développons également nos solutions SaaS, notamment notre ERP transport, qui permet aux transporteurs, commissionnaires et acteurs logistiques de piloter leurs opérations de bout en bout : exploitation, flotte, facturation, documents, paiements, suivi GPS, performance financière et indicateurs environnementaux.
Notre conviction est forte : demain, un transporteur ne gagnera pas uniquement parce qu’il possède des camions. Il gagnera parce qu’il saura mieux les utiliser, mieux les connecter et mieux exploiter ses données.
CloudFret veut donner cette puissance technologique aux acteurs du transport africain et euro-africain.
4. Quels sont aujourd’hui les principaux défis de la logistique africaine?
Le premier obstacle est la fragmentation. Une grande partie du transport routier repose encore sur de petits transporteurs, souvent très performants sur le terrain, mais peu équipés technologiquement.
Le deuxième obstacle est le manque de visibilité. Dans beaucoup de cas, les chargeurs ne savent pas précisément où se trouvent les capacités disponibles, les transporteurs roulent encore avec des retours à vide, et les décisions sont prises sans données fiables en temps réel.
Le troisième défi est la confiance. Dans le fret, la confiance est centrale : respect des délais, qualité du service, traçabilité documentaire, sécurité des marchandises, fiabilité des paiements. Sans technologie, cette confiance reste difficile à industrialiser.
Enfin, il y a un enjeu de compétitivité. Les coûts logistiques en Afrique restent élevés, et cela pèse directement sur les industriels, les exportateurs et la compétitivité des économies africaines. Mais c’est justement ce qui rend le moment historique.
La logistique africaine ne doit pas simplement rattraper son retard. Elle peut sauter une génération technologique. Elle peut passer directement à des plateformes intelligentes, connectées, pilotées par la donnée et capables de réduire les inefficiences à grande échelle.
C’est cette transformation que CloudFret veut porter.
5. Quelle est la stratégie de développement de CloudFret à moyen terme?
Notre ambition à moyen terme est de faire de CloudFret une plateforme de référence sur le corridor Europe-Afrique, puis d’accélérer progressivement sur le marché européen.
Nous souhaitons notamment lancer nos opérations intra-européennes, avec l’ouverture de bureaux de représentation en Espagne, en France et en Pologne. Ces implantations nous permettront d’être plus proches des chargeurs européens, de renforcer notre réseau de transporteurs et de connecter davantage de flux entre l’Europe, le Maroc et l’Afrique.
L’Europe représente une étape stratégique majeure pour CloudFret. C’est un marché très structuré, mais encore confronté à des enjeux importants : manque de capacité, pression sur les coûts, besoin de traçabilité, réduction des émissions carbone et optimisation des retours à vide.
En parallèle, nous allons continuer à diversifier notre modèle autour de trois piliers : la transaction de fret, les solutions SaaS pour les transporteurs et commissionnaires, et les services à valeur ajoutée comme le carburant, l’assurance, le financement et d’autres services dédiés à notre communauté.
Notre vision est claire : CloudFret ne veut pas seulement être une plateforme qui met en relation des camions et des marchandises. Nous voulons devenir le système d’exploitation du transport routier entre l’Europe et l’Afrique.
Nous voulons prouver qu’une startup marocaine peut bâtir une technologie logistique rentable, scalable, exportable et capable de rivaliser avec les meilleures plateformes internationales.
Le fret africain a longtemps été perçu comme un marché difficile à digitaliser. Nous pensons exactement l’inverse : c’est l’un des plus grands terrains d’innovation logistique des dix prochaines années. Et CloudFret veut être au cœur de cette révolution.
Auteur: Ismail Saraoui
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