Les mots utilisés hier par le chef d’état-major sont d’une grande gravité. C’est aussi clair que l’eau de roche, Ahmed Gaïd Salah a usé d’un discours qui ferme la porte à toute évolution de la situation politique dans le pays.

Il ne fait moins que de jeter l’opprobre sur les revendications portées par les Algériens dans les plus lointaines et reculées contrées d’Algérie, à savoir l’éloignement des figures emblématiques du système mis en place par Abdelaziz Bouteflika, de la gestion de la période de transition.

Il accuse «certaines parties étrangères, partant de leurs antécédents historiques avec notre pays», donc la France, qui poussent «certains individus au-devant de la scène actuelle en les imposant comme représentants du peuple en vue de conduire la phase de transition afin de mettre à exécution leurs desseins visant à déstabiliser le pays et semer la discorde entre les enfants du peuple à travers des slogans irréalisables».

Partant d’un tel argument, n’ayant aucune prise avec la réalité que les Algériens pourraient bien choisir des représentants manipulés par la France, poussant la rue à souscrire à des revendications impossibles et visant «à mener le pays vers un vide constitutionnel et détruire les institutions de l’Etat», le chef de l’armée ferme définitivement la porte à la démission du chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, du Premier ministre, Noureddine Bedoui, et du président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaïz, réclamée avec insistance par les Algériens qui sont encore sortis hier massivement pour dire leur rejet de la feuille de route qui est mise en œuvre contre leur gré.

Le chef d’état-major aurait pu développer d’autres arguments pour défendre son propre agenda, car comment peut-on penser que les millions d’Algériens, qui revendiquent légitimement le changement d’un système qui a semé la gabegie et la désolation dans le pays, peuvent être aussi incrédules pour tolérer des représentants qui font le jeu d’une puissance étrangère ?

Mais tenons-nous en uniquement au chapitre des «slogans irréalisables» qu’évoque le vice-ministre de la Défense.

Pense-t-il qu’une élection présidentielle est réalisable dans trois mois par un chef d’Etat rejeté massivement par les Algériens ? Le risque n’est-il pas plutôt dans l’entêtement à imposer une feuille de route qui ne fait pas consensus que dans la recherche d’une solution approuvée par les Algériens, et tous les acteurs de la vie politique ? Il est, sans l’ombre d’un doute, difficile d’imaginer une élection présidentielle tenue dans les normes voulues par les Algériens dans un contexte aussi tendu, voire insurrectionnel.

Le rejet dont font l’objet tous les symboles du régime mis en place par l’ex-président Abdelaziz Bouteflika rend en effet impossible et irréalisable tout consensus. ce n’est pas un caprice passager, mais une lame de fond d’une société qui aspire au progrès, à la démocratie et à la liberté.

Les Algériens ne veulent rien d’autre que de se donner les moyens et les instruments d’une gouvernance saine pour remettre l’Algérie sur les rails du développement. Ils le revendiquent avec leurs tripes. La feuille de route enclenchée avec l’intronisation de Abdelkader Bensalah depuis avant-hier ne peut avoir un autre sort que celui de conduire le pays dans l’impasse.

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Auteur: Hicham Chouadria
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