En détention depuis le 15 avril dernier suite à une plainte déposée à son encontre par une ancienne compagne politique, l’ancien Premier ministre, Alain-Claude Bilie-By-Nze, est depuis quelques jours, privé de visite. Une situation vivement dénoncée devant la presse, le 22 avril dernier, par son parti qui voit d’autant plus dans cette tenue au secret de son président, « une violation grave des droits de la défense », qu’aux dires de son Secrétaire général, « à ce jour, ni sa famille, ni ses conseils n’ont pu le rencontrer ». De là à voir dans les déboires judiciaires de son leader, une cabale politique, il y a un pas que le principal parti d’opposition, Ensemble pour le Gabon (EPG), a d’autant plus allègrement franchi que le dernier Premier ministre d’Ali Bongo est connu pour être un opposant déclaré au régime du président Brice Clotaire Oligui Nguema.
De ces déboires judiciaires de cet ancien haut dignitaire, il y a des enseignements à tirer
Toujours est-il qu’entre le motif de la plainte, l’ancienneté du dossier et le traitement subi par l’ancien locataire de la Primature, c’est une affaire qui ne manque pas d’interroger. L’ancien homme fort du régime déchu d’Ali Bongo est-il en train d’être rattrapé par certaines dérives que s’autorisent souvent bien des dirigeants africains, du temps de leur toute puissance ? Ou bien, pour autant qu’il ait quelque chose à se reprocher, veut-on salir son nom ou, mieux, jeter le discrédit sur lui en allant exhumer une affaire vieille de 18 ans, pour un montant qui ne grandit pas sa personne ? Autant de questions qui amènent aussi à se demander si derrière cette affaire, il n’y a pas une volonté cachée du pouvoir, d’amener l’opposant farouche qu’il est devenu, à se tenir quelque peu à carreau. Quoi qu’il en soit, et le moins que l’on puisse dire, c’est que de ces déboires judiciaires de cet ancien haut dignitaire qui se retrouve aujourd’hui dans de beaux draps, il y a des enseignements à tirer. Car, au-delà des cinq millions de F CFA réclamés par la plaignante, cette affaire est symptomatique du type de gouvernance qui a pignon sur rue au sommet de toutes ces républiques bananières où certains prestataires ont toutes les peines du monde à entrer en possession de leur dû quand ils ne doivent pas passer par des chemins tortueux pour avoir des marchés publics. Et en tant que décideur à l’époque, Alain-Claude Bilie-By-Nze aurait pu donner des instructions pour régler ces frais qui entraient dans le cadre de l’organisation d’un événement culturel dont il était le président du comité d’organisation. En manquant de le faire, il prête d’autant plus le flanc qu’il est bien connu l’adage selon lequel « nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes ». Mais, au-delà de l’opportunité que ce procès offre à la plaignante de rentrer dans ses fonds, tout porte à croire que c’est parce que l’ancien Premier ministre qui fut aussi porte-parole de la Présidence de la République, n’est plus aux affaires que ces tuiles lui tombent sur la tête aujourd’hui.
En attendant d’en savoir davantage sur les développements de cette affaire, la balle est dans le camp de la Justice
Une situation qui interpelle vivement les dirigeants, à quelque niveau de responsabilité qu’ils se trouvent, à travailler à ne pas laisser de casseroles derrière eux, en ayant comme boussole la rigueur, l’intégrité et la vertu dans la gestion quotidienne du bien public. Pour en revenir à l’interpellation et aux conditions de détention de l’ancien Premier ministre que dénonce son parti, on se demande si cette affaire n’est pas finalement du pain-bénit pour le pouvoir. Et ce, à l’effet de tenir en laisse un adversaire politique gênant, qui refuse encore de se rallier là où bien des cadres de l’ancien parti au pouvoir, n’ont pas hésité à franchir le pas. La question est d’autant plus fondée qu’au-delà du caractère arbitraire de son interpellation que dénoncent ses partisans, le challenger malheureux du président Brice Clotaire Oligui Nguema à la dernière présidentielle, s’affiche aujourd’hui comme un opposant intraitable et virulent à l’égard du pouvoir de Libreville dont il ne cesse de dénoncer ce qu’il qualifie de « dérives autoritaires ». De là à voir derrière cette plainte une instrumentalisation de la Justice à des fins politiques, il y a un pas que les responsables de son parti, n’ont pas hésité à franchir. En tout état de cause, en attendant d’en savoir davantage sur les développements ainsi que les tenants et les aboutissants de cette affaire, la balle est dans le camp de la Justice. Il lui appartient de trancher, de façon équitable, dans un dossier sensible qui engage aussi sa crédibilité. Se montrera-t-elle à la hauteur ? On attend de voir.
« Le Pays »
Auteur: Editions LEPAYS
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