L’université algérienne s’implique pleinement dans le débat politique actuel et œuvre à apporter sa contribution dans la dynamique de changement.
Hier encore, et comme chaque mardi depuis voilà maintenant plusieurs semaines, des milliers d’étudiants  ont organisé à Alger, dès les premières heures de la matinée, un nouveau rassemblement pour demander le changement politique. Ces grappes humaines de jeunes  — qui se sont regroupés à la place Maurice-Audin, près de la Faculté centrale, mais aussi à quelques encablures de l’hôtel Albert 1er   et de la rue Didouche-Mourad —  ont scandé des slogans appelant au changement politique. «Silmiya-Silmiya (pacifique-pacifique)» «La li Temdid» (non au prolongement) criaient à gorge déployée les nombreux manifestants. Il y avait aussi, en cette matinée du mardi, des pancartes soulignant l’importance de la non-ingérence. Il faut dire que cette manifestation des étudiants, qui a fortement perturbé la circulation  automobile à Alger-Centre, notamment autour de la Fac centrale, s’est  poursuivie dans le calme, en présence d’un dispositif des forces de l’ordre. Il est à rappeler, dans ce contexte, que même lors des semaines écoulées, des marches d’étudiants avaient été organisées à travers différentes régions du territoire national, avec les mêmes slogans.
À travers ce caractère pacifique des manifestations, la jeunesse algérienne a fait preuve d’une mobilisation époustouflante et d’une maturité exemplaire au sujet des questions qui  intéressent la nation. Les universitaires qui sont d’ailleurs une partie intégrante de l’élite nationale ont porté – haut fort  – les aspirations politiques du peuple pour un lendemain prospère et un avenir meilleur. Même s’ils sont actuellement en vacances scolaires, ils veulent, via ces sit-in et marches, faire entendre leur voix, la voix du peuple. 
Nombreux sont ceux qui s’expriment sur la situation politique au niveau des différents médias, notamment des plateaux de télé, mais aussi au niveau des rencontres débats initiées dans les universités. C’est le cas par exemple pour l’ancien doyen de la faculté de droit d’Alger, M. Madjid Bencheikh, qui vient donner son point de vue sur la question, lors du cycle de débats organisés par l’université Mouloud-Mammeri UMMTO de Tizi Ouzou. M. Bencheikh a préconisé la tenue d’un «large débat» devant prendre en charge «cette dynamique». «La dynamique populaire en cours dans le pays appelle un large débat à même d’engager des lignes de forces et lui donner des perspectives», affirme l’universitaire. 
Lors de ce débat, M. Bencheikh a souligné que «les élites devraient s’inspirer des aspirations politiques portées par les jeunes pour la construction d’un État démocratique souverain qui devra représenter ces aspirations de manière à rendre possible leur réalisation».  Poursuivant ses propos, il observe cependant que «c’est la pratique politique qui devra remodeler la Constitution», notant que le texte fondamental de février 1989 «offrait beaucoup de libertés», mais que «son application sur le terrain n’a jamais été concrétisée». Évoquant par ailleurs le volet relatif à la diplomatie, l’orateur déclare que celle-ci doit, elle aussi, «tenir compte des aspirations exprimées par les populations dans la  défense des intérêts du pays». Elle devra, a-t-il noté, «s’appuyer sur le front interne pour garantir les intérêts du pays», recommandant de répondre à ce qui se passe dans le monde par «nos aspirations».
Le conférencier avait aussi consacré une bonne partie de son intervention au mouvement populaire qui a «montré de qualités insoupçonnées», a-t-il dit, des qualités telles que «l’humour, la convivialité et comportements citoyens» ; autant «d’instruments intéressants dans la conquête des esprits, mais aussi symptomatiques d’une conscience   d’un destin commun», a mis en exergue l’ancien doyen de la faculté de droit d’Alger.
Soraya Guemmouri

Auteur: elmoudjahid
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