Par Said Masmoudi – Le 2 août 2027, la Tunisie vivra un rendez-vous astronomique exceptionnel : une éclipse solaire totale, visible notamment dans plusieurs régions de l’intérieur du pays. À Kasserine, la totalité atteindra environ 5 minutes 28 secondes, tandis qu’elle sera également observable à Kairouan et Sfax.
Mais l’enjeu ne devrait pas se limiter à quelques minutes d’obscurité. L’éclipse peut devenir le point de départ d’une véritable stratégie tunisienne d’astrotourisme.
D’autres pays ont déjà commencé à transformer les phénomènes astronomiques en opportunités touristiques. L’Espagne a préparé un dispositif interministériel autour du cycle des éclipses 2026-2028, associant science, tourisme et territoires. L’Égypte a constitué en 2026 un comité piloté par son ministère du Tourisme pour préparer l’éclipse de 2027, avec tourisme, hôtellerie, aviation, sécurité et autres administrations.
Le Chili offre un autre exemple. Pour l’éclipse de 2019, les autorités avaient organisé une préparation nationale associant tourisme, science, secteur privé et territoires. Plus de 307 000 personnes étaient entrées dans la région de Coquimbo pendant la période de l’événement et les autorités avaient annoncé plus de 56 milliards de pesos chiliens de retombées régionales.
La Tunisie dispose pourtant d’atouts importants. La Cité des Sciences de Tunis, son réseau et notamment son implantation à Kasserine, constituent une base scientifique à valoriser. Kasserine et Kairouan pourraient devenir de véritables portes d’entrée de l’astrotourisme: observation du ciel, formation de jeunes guides, photographie astronomique, nuits scientifiques, hébergement rural, gastronomie et circuits associant patrimoine, agriculture et astronomie.
L’enjeu est aussi économique. Dans des territoires qui ont besoin de nouvelles activités et d’opportunités pour leur jeunesse, l’astrotourisme ne constituera évidemment pas une solution unique. Mais il peut créer des revenus complémentaires pour les maisons d’hôtes, agriculteurs, restaurateurs, guides, artisans et jeunes entrepreneurs.
Le CNCT pourrait contribuer, avec les données satellitaires nocturnes de la NASA et de la NOAA, à établir une cartographie tunisienne de la pollution lumineuse et à identifier les territoires présentant les meilleures conditions d’observation. La NASA souligne notamment l’utilité de ces données pour l’étude de l’éclairage nocturne et la planification de sites astronomiques.
Un calendrier pour transformer l’éclipse en destination permanente
| Année | Phénomène | Importance touristique |
| 2027 | Éclipse lunaire pénombrale – 20 fév. | ★★ |
| 2027 | Éclipse solaire totale – 2 août | ★★★★★ |
| 2027 | Perséides – août | ★★★★ |
| 2027 | Orionides – octobre | ★★★ |
| 2027 | Géminides – décembre | ★★★★ |
| 2028 | Éclipses lunaire/solaire partielles | ★★★ |
| 2028 | Éclipse lunaire totale – 31 déc. | ★★★★★ |
| 2029 | Éclipses lunaires totales – juin et décembre | ★★★★★ |
| 2030 | Éclipses solaires/lunaires partielles | ★★★ |
Les étoiles constituent une appréciation éditoriale de l’intérêt touristique, et non une classification astronomique officielle.
La proposition est simple : faire de 2027 le laboratoire grandeur nature de l’astrotourisme tunisien, puis construire un calendrier permanent de nuits astronomiques, d’éclipses, de pluies d’étoiles et de séjours «Terre-Ciel».
Il ne s’agit donc pas seulement d’accueillir les visiteurs le 2 août 2027. Il s’agit de commencer à construire une nouvelle destination touristique.
La Tunisie ne doit peut-être pas seulement apprendre à vendre son soleil. Elle peut désormais apprendre à vendre son ciel.
Said Masmoudi
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