Les récents rapports publiés par le FMI lors des assemblées annuelles d’octobre 2025 dépeignent une économie mondiale en équilibre instable. Malgré une résilience apparente face aux chocs récents, notamment les hausses tarifaires américaines, les vulnérabilités financières s’accumulent.

L’année 2025 a été marquée par une forte instabilité et une volatilité accrue, principalement attribuables à la refonte des priorités politiques aux Etats-Unis et à l’ajustement des politiques économiques du reste du monde face à ce nouveau contexte, explique le FMI. L’institution souligne notamment que les nouveaux droits de douane imposés par Washington à ses partenaires commerciaux ont fait grimper les taux tarifaires à des niveaux inédits depuis un siècle. (Ph. AFP)
Entre valorisations boursières tendues, pressions sur les marchés obligataires et montée en puissance des intermédiaires financiers non bancaires, les risques pour la stabilité financière restent «élevés», selon le rapport «Global Financial Stability Report» (GFSR-FMI) d’octobre 2025.
■ Une croissance mondiale en léger recul, mais soutenue
Le FMI maintient ses prévisions de croissance mondiale à 3,2% en 2025 et 3,1% en 2026. Soit une révision à la baisse modeste de 0,2 point de pourcentage par rapport aux projections d’octobre 2024. Cette relative stabilité masque toutefois une réalité plus fragile: la première moitié de l’année a été portée par des facteurs temporaires «front-loading» des importations, réaffectation rapide des chaînes d’approvisionnement, et report de l’impact inflationniste des tarifs. Ces dynamiques ne sont pas durables. «Dans un contexte de profondes mutations géopolitiques, technologiques et démographiques qui affectent l’économie mondiale, l’incertitude est la nouvelle norme et elle n’est pas près de disparaître», a souligné la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, lors de son traditionnel discours de lever de rideau à la veille de ces assemblées tenues en collaboration avec la Banque mondiale. L’économie mondiale, selon Georgieva, se comporte «mieux que ce que nous craignions, mais moins bien que ce qu’il nous faudrait». La croissance devrait ralentir au second semestre 2025, avec un risque accru de stagflation (combinaison d’inflation persistante et de ralentissement économique) notamment aux Etats-Unis, où les tarifs douaniers pèsent comme un «choc d’offre négatif».
■ Marchés financiers: Calme trompeur et valorisations tendues
Sous la surface des marchés financiers, tout semble paisible. Les conditions financières se sont assouplies depuis le pic de tension d’avril 2025, portées par un rebond des prix d’actifs et une dépréciation du dollar américain de près de 10% depuis le début de l’année. Pourtant, ce calme cache une «complaisance croissante». Les valorisations boursières sont «bien au-dessus des fondamentaux», selon les modèles du FMI. Le ratio cours/bénéfices avancé du S&P 500 se situe autour du 96e percentile historique, tandis que la concentration du marché atteint des niveaux record. Les «Magnificent 7»: (Alphabet, Amazon, Apple, Meta, Microsoft, Nvidia, Tesla) représentent à elles seules 33% de l’indice. Cette concentration accroît la vulnérabilité à une correction brutale, surtout si les bénéfices liés à l’intelligence artificielle ne se concrétisent pas comme anticipé.
■ Pressions sur les marchés obligataires souverains
Les marchés de la dette publique, piliers de la stabilité financière, font face à des tensions croissantes. Les déficits budgétaires s’élargissent, notamment aux États-Unis où le «One Big Beautiful Bill Act» devrait alourdir la dette fédérale de 3 à 3,5 billions de dollars sur la prochaine décennie (GFSR-IMF). Cette hausse de l’offre obligataire, combinée à la fin du quantitative easing, exerce une pression à la hausse sur les primes de terme et les rendements. Dans les marchés émergents, la situation est contrastée. Si la dépréciation du dollar a allégé les pressions extérieures, de nombreux pays affichent un coût réel du financement supérieur à leur croissance potentielle, compromettant la soutenabilité de leur dette. Les spreads des obligations en devises étrangères ont certes reculé, mais les valorisations semblent «déconnectées des fragilités sous-jacentes», prévient le FMI.
Recommandations
Face à ces vulnérabilités, le FMI formule plusieurs recommandations clés:
■ Maîtriser les déficits publics pour préserver la soutenabilité de la dette et éviter une hausse désordonnée des rendements obligataires;
■ Préserver l’indépendance des banques centrales, essentielle pour ancrer les anticipations d’inflation, notamment dans un contexte de pressions politiques croissantes;
■ Renforcer la supervision des NBFI, améliorer les outils de gestion de liquidité des fonds ouverts, et renforcer la coordination entre régulateurs;
■ Mettre en œuvre pleinement les normes de Bâle III pour garantir la résilience du secteur bancaire.
Un nouveau vecteur de risque
L’un des messages clés du rapport «Global Financial Stability Report» du FMI est l’accent mis sur les intermédiaires financiers non bancaires (NBFI): fonds d’investissement, compagnies d’assurances, fonds de crédit privé, qui détiennent désormais près de 50% des actifs financiers mondiaux. Ces acteurs, moins réglementés que les banques, sont de plus en plus interconnectés avec le système bancaire traditionnel. Aux Etats-Unis et en zone euro, de nombreuses banques ont des expositions aux NBFI supérieures à leur capital Tier 1. En cas de stress, par exemple une vague de retraits dans les fonds obligataires, ces liens pourraient amplifier les chocs. Le FMI estime qu’un scénario de stress dans le secteur des intermédiaires financiers non bancaires ferait chuter le ratio de fonds propres (CET1) de plus de 100 points de base pour 10 % des banques américaines et 30% des banques européennes.
Stablecoins et crypto-actifs: Vers une substitution monétaire?
Le FMI alerte également sur la croissance exponentielle des stablecoins, dont la capitalisation a bondi de 3 milliards à plus de 230 milliards de dollars entre 2019 et 2025. Ces actifs, souvent adossés à des bons du Trésor américain, modifient déjà la structure du marché des actifs sûrs. Mais leur adoption massive dans les économies émergentes pourrait entraîner une substitution monétaire, affaiblir la transmission de la politique monétaire et contourner les mesures de gestion des flux de capitaux. Le FMI appelle donc à une «supervision efficace» et à l’application des recommandations du Conseil de stabilité financière pour encadrer ces nouveaux risques.
Fatim-Zahra TOHRY
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Auteur: Fatim-Zahra TOHRY
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