Édito: Gérer la rareté, garantir l’essentielÉdito: Gérer la rareté, garantir l’essentiel

Comment la Tunisie peut-elle continuer à garantir durablement l’essentiel des besoins de sa population? L’été 2026 aura mis à rude épreuve les capacités de production et de distribution de l’électricité et de l’eau, exerçant un grand stress test sur l’ensemble du pays et des Tunisiens.

La crise climatique, marquée par des températures records de près de 50°, a accentué les fragilités structurelles avec une brutalité particulière. L’eau et l’énergie sont devenues deux systèmes indissociables. Leur pénurie a été éprouvante: qui n’en a pas souffert? L’appareil productif a été contraint à des arrêts successifs et la population a été plongée dans une épreuve multiforme à répétition.

Les besoins sont illimités, alors que les ressources se raréfient. La production moyenne de pétrole brut est tombée, fin juin dernier, à 25.400 barils par jour contre 27.000 un an auparavant. La puissance totale installée en énergies renouvelables atteignait 1.149 MW.

Une véritable cote d’alerte: le taux de dépendance énergétique est tombé à 34% à la fin du premier semestre 2026, contre 38% l’année d’avant. Pour répondre à ses besoins énergétiques, le pays dépend très largement des ressources provenant de l’étranger. Une dépendance encore plus forte, avec une consommation intérieure en augmentation accélérée.

La problématique de l’eau n’en est pas moins complexe. Le volume distribué, estimé à 667,9 millions de m3 (2023), est obéré par le rendement du réseau (77,7% seulement). Il doit fournir en moyenne 1,83 à 2 millions de m3 par jour, et répondre à des pointes supérieures. La distribution de l’eau dépend en large partie de la capacité de pompage électrique; avec les coupures, elle se trouve pénalisée.

De grands projets d’appui à l’énergie et à l’eau sont prévus dans le plan de développement 2026-2030. Leur financement est à mobiliser et leur mise en œuvre à accélérer.

La Tunisie n’est pas épargnée par l’économie de la rareté qui s’installe partout. Toute la question est de savoir gérer ce passage de l’opulence à la rareté, un point de bascule déterminant.

Le grand défi est d’arbitrer la bonne allocation des moyens, c’est-à-dire évaluer les disponibilités, fixer le minimum à garantir, identifier les priorités et veiller à une distribution équitable et continue.

L’enjeu est également d’anticiper à temps les prochains chocs.

Les coûts seront plus élevés. Le rare devient précieux. Les produits et services subiront de nouvelles charges et seront plus onéreux. Leur disponibilité sera irrégulière, perturbée. La frénésie d’achat suscitera des pénuries… La profusion en patira. 

Gouverner la rareté s’impose à tous, dans une nouvelle stratégie publique, mais aussi une culture partagée. Chacun aura à réviser sa propre consommation et à la rationaliser.

Un pays qui se trouve en rupture, c’est son économie qui se ralentit et sa population qui en subit les épreuves. Alors que des solutions peuvent s’offrir.

La question n’est plus seulement de gérer la rareté, mais de décider ce que la Tunisie veut absolument garantir à ses citoyens et comment elle compte en assurer durablement le financement et la disponibilité.

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