Nous n’écoutons pas les jeunes! Des parents éloignés, absents ou submergés, des enseignants lassés et une société civile ne leur prêtant pas l’attention qu’ils attendent. Rien que la tranche d’âge 15-24 ans ne compte pas moins de 1,6 million de jeunes, soit 14% de la population. Une force multidimensionnelle, l’avenir immédiat du pays.
Les jeunes remettent en question, imposent leurs choix. Ils comprennent mieux les codes sociaux qui changent rapidement et sont chevillés aux nouvelles technologies. Leurs centres d’intérêt, comme leurs cercles d’amis, sont larges et diversifiés. Accéder à leurs conversations, c’est s’ouvrir sur un monde qui ne nous est pas habituel. Leurs icônes préférées, leurs tendances artistiques, leurs styles de vie, leurs modes de consommation, ou leurs pratiques de nouveaux sports, nous édifient.
Ils sont différents, et sans doute meilleurs que nous, plus aptes à épouser le nouveau monde et y vivre. L’éveil de leur conscience, leur attachement à la nature et leur intransigeance à l’égard de l’oppression et de l’injustice s’inscrivent dans leur ADN.
Le rapport des jeunes à la famille, à la société et au pays est déterminant. Adhésion, intégration et interaction, ou sentiment d’abandon, d’injustice et de rejet. L’échec fragilise. Il peut briser une vie. Un décrochage scolaire, professionnel ou social suscite une perte de confiance qu’il sera difficile de restaurer.
La réalité socioéconomique n’est pas en eau de rose. Réussir les études, décrocher un emploi et sécuriser l’autonomisation économique restent de grands défis. Les jeunes âgés entre 15 et 24 ans, qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation, qu’on appelle les NEET, représentent 20,9% de la population (INS 2024).
Alors que les perspectives se rétrécissent et que les solutions tardent à venir, l’écoute et l’attention deviennent plus que nécessaires. Un effort d’orientation et de soutien est capable de changer la donne et leur offrir des chances d’un brillant avenir.
Écouter les jeunes, c’est écouter tous les jeunes, pas uniquement ceux qui sont en difficulté. Il ne faut pas croire que ceux qui ont pu accéder à des études supérieures ou se frayer une voie dans la vie active ne sont pas traversés par des doutes, ou à la recherche d’une confirmation dans leurs choix.
Les jeunes ont besoin de s’exprimer, de faire entendre leurs voix. Ils portent en eux ce besoin profond de se prononcer librement sur ce qui leur paraît essentiel, les concerne de près et engage le pays. Ils le revendiquent fortement, cherchant l’espace approprié.
Les réseaux sociaux deviennent alors la place publique pour l’expression des opinions. Non sans risque d’exposition à la dérision et aux attaques calomnieuses. Des forums modérés et de groupes fermés se prêtent davantage à des échanges d’idées. Mais d’autres espaces, plus attractifs que ceux institutionnels, sont à ouvrir, des débats présentiels sont à organiser et à médiatiser. Les chaînes télévisées publiques pourraient prendre l’initiative.
Les jeunes d’aujourd’hui sont d’une maturité épatante. Dans la diversité de leurs parcours, leurs aspirations nous interpellent. Sachons les écouter, leur ouvrir des espaces de liberté, prendre leurs idées au sérieux. Ils sentiront sans l’ombre d’un doute que leur parole peut porter et contribuer à changer les choses.
Taoufik Habaieb
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