L’Algérie a besoin de ses forces patriotiques vives, comme elle a besoin d’une compétition politique saine et structurante pour trouver enfin l’équilibre des institutions.

Le potentiel démocratique aspirant au changement pacifique mais radical en Algérie est intact. Il s’est exprimé samedi 12 juin par le boycott, réduisant «la fête» électorale à une kermesse de quartier, malgré la propagande stalinienne et les moyens colossaux employés par l’Etat.

Le boycott est l’arme citoyenne utilisée contre le processus électoral biaisé, entamé déjà lors des législatives de décembre 1991 imposées par Chadli Bendjedid, contre le bon sens et malgré les appels à l’annulation. Le pouvoir ne réussira jamais par la suite à tenir des élections propres et libres.

Son incapacité à réduire la défiance populaire à son égard se traduit lors de ces rendez-vous de l’échec répété. Bouteflika prolongera cet état deux décennies durant. Mais son éviction par le hirak populaire n’a manifestement pas servi à éradiquer la maladie du pouvoir, qui croit que le peuple n’est pas assez mûr pour décider par lui-même.

Une maladie dont ce pouvoir ne guérira probablement jamais.

D’où la nécessité vitale et incontournable d’organiser ce potentiel et de le transformer en une ou plusieurs forces politiques structurées et liguées pour les besoins d’un agenda patriotique salutaire.

Au compromis historique esquissé par les forces du changement grâce au hirak, il y a le besoin de superposer des structures capables de rassembler ce potentiel et de le mobiliser dans une dynamique permanente pour le changement démocratique. Toute démarche dans ce sens devra aussi faire preuve d’une intelligence pratique pour traduire les capacités théoriques dont dispose l’opposition classique.

Les cas de Podemos en Espagne et Syriza en Grèce sont des modèles en la matière. Tant par leur réussite à renverser les pouvoirs défaillants, par les urnes, que par leur échec à s’installer durablement face à l’ogre capitaliste mondial, commanditaire de toutes les contre-révolutions.

L’Algérie a besoin de ses forces patriotiques vives, comme elle a besoin d’une compétition politique saine et structurante pour trouver enfin l’équilibre des institutions. L’enjeu ne saurait supporter des ajournements face aux périls qui nous menacent, notamment ces braises du séparatisme sur lesquelles soufflent des pyromanes professionnels et amateurs, profitant des amertumes engendrées suite à la résorption violente des marches du vendredi.

Comme en amour, les déceptions politiques forment des terreaux propices aux idées noires. Au contraire, les dynamiques sont le ferment de l’espoir, et quand le cœur de celles-ci bat au sein de cadres politiques dont les moyens et les objectifs sont définis et soutenus collectivement, on est toujours à l’abri des errements.

Le boycott est un signal politique fort, l’expression populaire du désaveu envers le pouvoir en place. Mais il ne peut produire le changement. Un sursaut soummamien s’impose pour donner un second souffle à la révolution populaire pacifique et la doter de moyens politiques d’organisation.

Post Views: 646


Advertisements




Auteur: Anis Khecheba
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.