Élevage: entre tensions de marché et impératif de souverainetéÉlevage: entre tensions de marché et impératif de souveraineté

Fragilisé par plusieurs années de sécheresse et de hausse des coûts, le secteur de l’élevage amorce une reprise progressive. Entre soutien public massif, amélioration des conditions climatiques et tensions persistantes sur les prix, la reconstitution du cheptel s’impose comme un enjeu central de souveraineté alimentaire.

Après six années marquées par un stress hydrique sévère, l’élevage marocain sort difficilement d’une crise profonde. La flambée des prix des aliments de bétail et des intrants a lourdement pesé sur les charges des éleveurs, entraînant une contraction de l’offre et une hausse significative des prix des viandes rouges.

Aujourd’hui encore, les tarifs restent élevés, oscillant entre 100 et 140 dirhams le kilogramme, bien au-dessus des niveaux historiques. Cette tension reflète le temps nécessaire à la reconstitution du cheptel, mais aussi les déséquilibres persistants dans la chaîne de valeur.

Un soutien public massif pour relancer la filière

Face à cette situation, les pouvoirs publics ont déployé un dispositif d’envergure. Doté de 12,8 milliards de dirhams, le programme de soutien à l’élevage vise un double objectif : soulager les éleveurs à court terme et reconstituer durablement le cheptel.

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Il repose notamment sur des subventions à l’alimentation animale et des primes à la reproduction, ciblant en priorité les femelles reproductrices. Plus de 1,15 million d’éleveurs ont déjà bénéficié de la première tranche, avec plus de 5,5 milliards de dirhams mobilisés.

La bancarisation des aides et la traçabilité du cheptel visent à améliorer l’efficacité du dispositif et à limiter les dysfonctionnements observés par le passé.

Malgré ces efforts, les prix des viandes rouges poursuivent leur progression. Ces dernières semaines, une hausse d’environ 10 dirhams par kilogramme a été observée, illustrant la pression sur le marché.

Cette situation s’explique en partie par la dépendance aux importations, notamment en provenance du Brésil et de l’Uruguay. Les fluctuations des cours internationaux se répercutent directement sur les prix locaux, dans un contexte où la production nationale reste insuffisante pour couvrir la demande.

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La coexistence de viandes importées et locales accentue par ailleurs les écarts de prix, tandis que la multiplication des intermédiaires continue de renchérir le coût final pour le consommateur.

Reconstitution du cheptel : un processus de long terme

Au cœur des enjeux actuels, la reconstitution du cheptel demeure un chantier structurant. Les mesures engagées visent à préserver le capital reproductif et à améliorer les conditions d’élevage.

Les récentes précipitations jouent un rôle déterminant dans cette dynamique. La régénération des parcours naturels et l’amélioration des ressources fourragères contribuent à alléger les charges des éleveurs et à favoriser le renouvellement du cheptel.

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Toutefois, les effets de ces mesures ne seront perceptibles qu’à moyen terme. Le cycle biologique de reproduction impose des délais incompressibles, retardant l’impact sur l’offre et, par conséquent, sur les prix.

Entre espoirs de stabilisation et défis structurels

Si les perspectives s’améliorent grâce à une conjoncture climatique plus favorable, le secteur reste confronté à des défis structurels majeurs. La dépendance aux intrants importés, l’organisation des circuits de commercialisation et la volatilité des marchés internationaux continuent de fragiliser la filière.

Dans ce contexte, la souveraineté alimentaire passe par une consolidation durable du secteur de l’élevage. La réussite du programme de relance dépendra de la capacité à transformer les soutiens conjoncturels en gains structurels, condition essentielle pour stabiliser les prix et sécuriser l’approvisionnement du marché national.

Auteur: Adama Sylla
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