«Une nation fatiguée de longs débats consent volontiers qu’on la dupe, pourvu qu’on la repose, et l’histoire nous apprend qu’il suffit alors pour la contenter de ramasser dans tout le pays un certain nombre d’hommes obscurs ou dépendants, et de leur faire jouer devant elle le rôle d’une assemblée politique, moyennant salaire.»
Alexis de Tocqueville, L’Ancien Régime et la Révolution
Alerte aux démocrates à l’heure des coalitions
La transition en Tunisie, j’ai cessé de trouver les mots et les idées ou l’inspiration pour en parler et j’ai suspendu tout jugement qui permette de m’exprimer depuis 2016 mon dernier papier était intitulé : Transitions démocratiques et économiques en Tunisie: Les opportunités ratées était paru en juillet 2016 chez un confère le Huffington post Maghreb(1)
Je n’avais plus rien à dire car les règles du jeu avaient été changées et les cartes brouillées depuis 2011, sans que les nouvelles règles soient claires et surtout stabilisées et reconnues par tous.
Les seules règles qui aient prévalu étaient une compréhension tronquée de la démocratie à savoir:
- Organiser des élections libres et transparentes et arriver à une alternance pacifique du pouvoir.
- Avoir voté pour une constitution en janvier 2014 et faire du mieux pour la respecter. Celle-ci a révélé plus tard des failles reconnues par tous les acteurs politiques. En effet les acteurs majeurs de l’ARP n’ont pas pu ou voulu trouver un consensus pour élire une cour constitutionnelle et semble incapables de trouver la majorité voulue par la constitution pour cette fin.
Les valeurs de la démocratie n’étaient pas encore intégrées et ne le sont toujours pas et nécessitent encore un long chemin. Parmi ces valeurs, la valeur de la liberté et je parle ici de valeur de la liberté et entre autre un respect des libertés individuelles dans les textes et dans la pratique. La liberté est une valeur fondamentale de la démocratie mais certains acteurs politiques semblent n’avoir retenu de la démocratie que l’idée de gagner les élections. Aussi la liberté serait-elle encore un socle important à protéger par plus de lois et plus de sensibilisation et de positions claires des acteurs politiques principaux.
Après les législatives tenues le 6 Octobre 2019, les tractations sur les possibles coalitions post-électorales s’avère être un exercice qui nécessite beaucoup de doigté c’est certainement un art. Plus de solidarité entre les démocrates sera nécessaire pour le salut du pays. Faites les négociations maintenant puisque vous n’avez pas réussi à les faire avant les élections et vous n’avez pas pu organiser des primaires pour décider quel candidat choisir pour les présentielles ce qui a donné le résultat que nous connaissons.
Il est clair que la nouvelle ARP avec sa composition effritée et fragmentaire va nous ramener aux débats de 2011. Débats longs et interminables n’ayant pas été suffisamment exposés avec une pédagogie claire aux tunisiens. A l’abcès de l’approche simpliste s’ajoute le nouvel abcès du populisme. En effet, l’abcès des questions identitaires n’a pas été crevé à cause d’un consensus mou qui voulait juste administrer des calmants cachant le vrai mal. Par paresse intellectuelle et par paresse politique sans doute nous allons nous retrouver devant des groupes de parlementaires qui bloqueront le débat sur les libertés individuelles et embrasseront le processus de composition de la cour constitutionnelle. Ce revirement à droite servira certainement la tendance des islamo-conservateurs.
Bref, les priorités sont nombreuses et les bons leaders sont ceux qui savent déceler quelle est la priorité du moment et savent en outre classer ces priorités. Il est temps après bientôt 9 ans de commencer par bien réorganiser nos priorités.
Mon appel aux élus du camp démocrate est de s’asseoir au plus vite maintenant que chacun connaitra d’ici demain son vrai poids électoral.Il s’agira de bien négocier une position dans les 6 mois à venir traçant une feuille de route post-électorale pour lecamp politique progressiste. Le choix de l’opposition semble être le plus judicieux politiquement. En cas d’échec de l’Assemblée à trouver une majorité ils pourront faire si les élections législatives sont refaites des listes communes. Les passions et les conflits seraient alors à calmer.
Faites vos jeux, faites vos négociations et soyez dans l’abnégation et derrière un objectif souvent peu rappelé celui de l’Intérêt Général.
Les présidentielles du dimanche prochain
Dans la lancée de cette semaine chargée de rendez-vous avec les urnes, les tunisiens sont confrontés devant le fait de devoir élire un président dimanche prochain.
La question aux candidats est :que proposez-vous sur la question délicate des nominations en vue.
Nous avons un candidat en prison dans une situation inédite pour la démocratie émergente et un candidat muet.
M. Saied un candidat conservateur est loin d’être le plus rassurant. Il refuse de faire campagne et refuse ainsi d’affronter les questions jusqu’ici non posées.
Aux deux candidats je pose la question car les Tunisiens ont le droit de savoir pour mieux fixer leur choix ce dimanche :
Qui va être votre Ministre de la Défense ? Qui va être votre Ministre des Affaires Etrangères.
De plus, la Tunisie siégera pour la 4ème fois au Conseil de Sécurité de l’ONU en tant que membre non-permanent. La Tunisie a été élue, le vendredi 7 juin, membre non-permanent du Conseil de sécurité de l’ONU avec 191 voix sur 193 pays votants, et y siégera à partir du 1er janvier 2020 pour deux années (2020-2021). Qui va être le représentant de la Tunisie au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Qui va être votre candidat pour le poste du Mufti.
Dr. Emna Jeblaoui
Professeure Universitaire
Directrice Exécutive de l’association IDH
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