Quel terme choisir pour exprimer la sortie du confinement qui, normalement, ne devrait plus tarder? Nous le savons: le terme « déconfinement » n’existe pas dans les dictionnaires. Il s’est toutefois rapidement imposé par l’usage. Aurions-nous pu construire d’autres mots pour désigner la fin prochaine des jours confinés? Quelques pistes entre sérieux et fantaisie…

 

Reclus et confinés, nous le sommes maintenant depuis plusieurs semaines. Un rappel du sens des mots ne serait pas de trop à la veille du « déconfinement » que tout un chacun attend avec impatience. Alors à nos dictionnaires et à nos hypothèses pour être dans l’air (confiné) du temps présent.

 

Un mot latin entre « confines » et « limes »

D’abord le verbe! En langue française, « confiner veut d’abord dire « être voisin de ». En effet, on peut ainsi dire de la Tunisie qu’elle confine à la Libye ou à l’Algérie. Très vite, ce voisinage induit par le terme a pris un sens qui au figuré, désigne un état donné. On dit ainsi que certains actes confinent à la folie ou à la violence. Le verbe confiner possède une deuxième acception selon laquelle confiner revient à « enfermer dans des limites étroites ». On peut décliner ce sens en disant qu’un tel est confiné dans une prison ou que les insulaires sont confinés dans leurs îles, surtout lorsque ces dernières sont exigues et lointaines.

Ne le perdons pas de vue: « se confiner » a aussi un sens qui lui est propre. En effet, ce verbe signifie « s’isoler, se retirer ». Un tel peut ainsi se confiner dans sa chambre ou bien se confiner à une occupation précise c’est à dire se limiter à cette occupation.

 

Des « confins » au « confinement »

Ceci dit, deux noms et un adjectif doivent maintenant retenir notre attention. Commençons par l’adjectif « confiné ». Il qualifie en premier lieu un air qui ne serait pas pur, un air altéré par l’enfermement et en définitive, un air non renouvelé. Prenons ensuite le nom « confinement ». Il désigne l’action de confiner et par extension, il désigne la situation d’une espèce animale resserrée en grand nombre dans un espace étroit. Enfin « confins » s’écrit toujours au pluriel et nous renvoie au sens premier du verbe. C’est là que se trouve la racine latine « confines » qui signifie les limites d’un pays. Les Latins parlent aussi de « limes » d’où provient le mot « limite » pour évoquer les extrémités d’un pays ou d’un territoire. Ainsi, si l’Algérie confine à La Tunisie, la Libye se trouve aux confins de la Tunisie.

 

Des mots justes et d’autres confinés hors des dictionnaires

Venons-en maintenant à « déconfinement ». L’usage de ces derniers jours a imposé ce terme qui est préféré à l’expression « sortie du confinement » qui est  plus correcte. Ce mot nouveau est construit à l’instar d’autres termes similaires. Citons l’exemple de « déconcordance », « déconsécration » qui sonnent juste et faux à la fois et ne sont reconnus ni par l’usage ni par tous les dictionnaires.  Mentionnons aussi « déconsignation » ou « déconcentration » qui eux sont tout à fait corrects. A l’instar de « déconfinement », on pourrait créer des mots comme « déconfirmation » ou « déconfusion ». Le premier pour annuler une confirmation donnée et l’autre pour signifier la fin d’un état de confusion. Par contre, « déconditionnement », « décongélation, déconsidération » au sens de discrédit, déconnexion ou « décontamination » sont tout à fait acceptés. Comme on peut le constater, c’est l’usage qui fait les mots et pas seulement la sémantique. Même si les constructions sont similaires et mécaniques, des mots entreront dans le dictionnaire et d’autres pas. Ces derniers resteront à la limite floue – pour ne pas dire aux confins – du vocabulaire usuel et de la reconnaissance.

 

La valse des préfixes grecs et latins

Ainsi, on aurait pu préférer à « déconfiner » et « déconfinement », des termes construits avec d’autres préfixes que « dé » qui induit, il est vrai, une cessation. On peut à mon avis trouver des qualités à « exconfinement » voire « ex-confinement ». En effet, le préfixe « ex » dont la provenance est latine, porte deux sens. Il peut, placé devant un nom, exprimer le sens de « hors de » comme dans « exsudation », « expatrier » ou « exporter ». Il peut aussi signifier ce qu’une personne ou une chose a cessé d’être comme dans « ex-ministre » ou « ex-député ».

Pour poursuivre dans cette logique, il est tout aussi possible de faire appel au préfixe « post » qui signifie « après ». La sortie du confinement deviendrait alors un « postconfinement » ou un « post-confinement ».

Poussons les mots plus loin et regardons du côté des possibilités qu’offriraient les préfixes d’origine grecque. L’utilisation de « a » ou an » qui sont privatifs donnerait de savoureux « aconfinement » ou « anconfiné » construits sur les modèles des mots « anarchie », « athée » ou « analphabète ». Voyons du côté du préfixe « exo » dont le sens est « au-dehors » comme pour « exotisme » ou « exogène ». Cela donnerait un tout aussi surprenant et inusité « exoconfinement ». Ce jeu avec les mots peut aussi nous orienter vers le préfixe « méta » qui, comme dans « métamorphose » induit le sens changement, de postérieur dans le temps. Dans ce cas, on parlerait de « métaconfinement ».

 

Pourquoi se laisser confiner dans ce qui n’est qu’un usage?

Bien sûr, il ne s’agit d’ici que d’hypothèses d’école, d’un raisonnement par l’absurde. Il n’en reste pas moins que, pour forger des mots, il est nécessaire de se référer aux préfixes disponibles. La langue allemande est d’ailleurs très friande de ce type d’exercice et va plus loin que le français puisqu’elle relie des mots entre eux pour approfondir les significations. C’est la même chose pour la langue arabe qui dispose de plusieurs modes pour les verbes qui changent de sens en fonction de la structure. Dès lors, puisque cela reste dans l’ordre du possible, pourquoi ne pas préférer « exconfinement » à « déconfinement ». Rien, a priori, sinon un usage qui s’est vite répandu, ne nous l’interdit. Pourquoi en effet, se laisser confiner dans un usage alors que d’autres sont offerts à nous!

Hatem BOURIAL

Auteur: letemps1
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