L’entrevue accordée par le président de la République à une délégation de responsables de médias publics et privés a suscité un retour d’écho largement favorable auprès d’experts et d’universitaires, des milieux politiques et de la société civile. Les réponses et éclaircissements du Président Abdelmadjid Tebboune ont été des plus explicites sur l’ensemble des dossiers abordés, où il ressort une nouvelle vision plus saine, mais aussi plus maîtrisée de la gouvernance.
S’exprimant avec conviction et argumentant sans faux-fuyant les enjeux de l’heure et les défis à relever, M. Abdemadjid Tebboune dont l’expérience en tant qu’homme d’Etat remonte, faut-il le rappeler, à la fin des années 60, a surtout donné de lui l’image d’un décideur qui œuvre à l’émergence d’un consensus concernant les principales questions qui engage l’avenir immédiat du pays. Tout le monde l’aura sans doute retenu : l’ère de la pensée unilatérale dans la prise de décision est désormais révolue. C’est le cas de le dire concernant le processus de révision profonde de la ponstitution, objet de consultations avec les personnalités et compétences nationales et obéissant à la logique du Président «de briser la glace entre Algériens». Deux principaux objectifs soulignent la nécessité d’amender la loi fondamentale suivant une démarche inclusive qui sera couronnée par une nouvelle mouture consensuelle. Tels que formulés par M. Tebboune, le premier objectif est celui «d’éloigner les spectres des crises à venir», alors que le second se veut être une consécration de la revendication de la base citoyenne souhaitant «voir le pays immunisé contre certains comportements».
Une croissance de 6% dans certains secteurs à la fin de l’année
Au volet économique et nonobstant la conjoncture marquée par un amenuisement des recettes publiques, l’optimisme dont a fait part le président de la République quant à une relance rapide de la production nationale et la redynamisation de la machine économique sur des bases modernes est légitime et ne relève pas d’une simple ambition sans lendemain.
Et pour cause, son approche en la matière tranche fondamentalement avec les pratiques du passé. Elle est fondée notamment sur «les énergies créatives des jeunes diplômés des universités, le développement d’un réseau de start-up à fort potentiel de développement, de même que le recours, avec tout l’accompagnement voulu, à la promotion des investissements dans la filière de l’industrie de transformation en sus d’autres actions de réformes tout aussi prometteuses les unes que les autres. «Je le répète de manière solennelle, nous sommes prêts à donner des instructions aux banques afin d’aider toute personne qui investit dans le développement ou la transformation de la production nationale en lui accordant des crédits pouvant atteindre 90% de la valeur du projet, en sus de la priorité en ce qui concerne le foncier industriel » a affirmé le président de la République.
Dans cette nouvelle dynamique, «il n’y a pas de marge d’erreur possible» tiendra à préciser M. Tebboune tout en assurant que «les réformes économiques ne sont pas ajournées». Il ajoutera : « Si nous appliquons nos programmes dans l’immédiat, nous pouvons enregistrer un taux de croissance pouvant atteindre 6% dans certains secteurs». Suivant la démarche prônée par M. Tebboune, «la croissance qui sera enregistrée à la fin de l’année contredira les prévisions timorées des institutions internationales. Ceci grâce au recours à des mécanismes de résorption du chômage et qui sont aussi d’ un impact certain en termes de création de la croissance et de la richesse. Nos réserves de changes quant à elles, seront consolidées davantage, à la fin du semestre en cours. Promouvoir la croissance et la production locale constituent la mesure idoine pour réévaluer le dinar, affirme encore le président de la République expliquant que la monnaie locale « a été affectée par le recours au financement non conventionnel».
Les Algériens établis à l’étranger doivent éviter les dérapages portant atteinte au pays
Le projet de renouveau qu’il propose autant sur le plan politique qu’économique n‘exclut pas par ailleurs le concours de la communauté internationale dans la consécration de ses objectifs. «Je suis déterminé à œuvrer pour permettre à l’Algérie de tirer profit de ces compétences établies à l’étranger, là où elles se trouvent» a-t-il affirmé. Le président de la République appelle toutefois «les membres de notre communauté à l’étranger à ne pas se laisser entraîner dans des dérapages pouvant porter atteinte à leur pays».
Au volet social, le président de la République a agréablement surpris l’opinion par sa décision courageuse d’exonérer les salaires de moins de 30.000 DA de toutes taxes et impôts. Cette importante décision qui constitue l’un de ses 54 engagement sera introduite dans le cadre de la loi de finances 2020. Elle s’inscrit en droite ligne avec l’objectif d’amélioration du pouvoir d’achat du citoyen par une série d’autres mécanismes en direction des ménages à faibles revenus. Le président de la République se dit d’autre part, partisan d’un changement radical du système éducatif, particulièrement du cycle primaire. Il insiste à ce propos sur la nécessité de mettre l’école à l’abri des idéologies. Les fondements de l’enseignement primaire sont la citoyenneté, le respect des personnes et de leurs biens, la morale et l’appartenance civilisationnelle» a-t-il dit. «Les programmes seront également réduits selon le principe «Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine», ce qui signifie qu’il faut assurer un enseignement adapté à l’âge et graduels jusqu’à l’obtention d’un diplôme universitaire.
L’enfant doit vivre son enfance et s’amuser afin de l’amener à aimer l’école et à créer un équilibre entre les loisirs et les études. Nos enfants aujourd’hui, considèrent l’école comme un supplice. A chaque changement de programme, il y a un changement de manuels, ce qui est pénible pour les élèves. Le poids du cartable est parfois plus élevé que celui de l’élève qui porte des livres pesant parfois chacun un demi-kilo», a-t-il expliqué. Et d’ajouter : «Dès l’âge de six ans, l’élève maîtrise de plus en plus l’informatique et les réseaux sociaux. Donc, il ne faut pas le faire revenir des années en arrière. Les nouvelles idées et expériences existent dans les pays développés, qu’est-ce qui empêche de rassembler les manuels scolaires dans un CD et de doter les élèves de tablettes numériques fabriquées par l’Entreprise nationale de l’industrie électronique ? Il faut moderniser l’enseignement et former les enseignants à l’utilisation de ces outils technologiques. Aujourd’hui, même le sport est absent à l’école et les enseignants refusent de surveiller les élèves dans la cour. Nous déplorons des comportements qui n’ont rien à voir avec l’enseignement, ni la formation des générations. Il faut remédier à cette situation, car nous allons avoir quelque 10 millions d’élèves du primaire au secondaire, soit 25% de la population. Et je ne parle pas ici des frais car toute dépense pour l’acquisition du savoir demeure insignifiante, pour peu qu’il y ait des résultats. A mon avis, l’école est la base de toute société, car elle forme un bon citoyen, loin de toute idéologie, pour lui laisser le temps d’atteindre l’âge de la raison et faire librement son choix. Toutefois, la morale est universelle.
Nous avons eu recours à plusieurs expériences et nous sommes restés Algériens. Il faut en tirer les enseignements nécessaires et établir un bilan des points positifs et négatifs, sans tenir compte des aspects matériels». Selon lui, «la résolution des problèmes nécessite deux à trois mois et il faut laisser le temps au gouvernement. A la base, les élèves n’ont pas assez de cours et les enseignants sont souvent en grève».
Vers une révision globale des trois cycles d’enseignement
«La révision globale des trois cycles d’enseignement primaire, moyen et secondaire ainsi que l’enseignement supérieur est impérative, mais doit se faire , a soutenu le président de la République. «Les enseignants ne doivent pas imposer une revalorisation de salaire avec un taux précis, car une telle attitude n’est nullement celle de l’éducateur, qui doit être un modèle pour ses élèves. L’éducation est parmi les secteurs les plus difficiles à gérer sur les plans pédagogique et socioprofessionnel, notamment ce qui a trait à la situation matérielle des enseignants et à la situation des élèves dans certaines communes où ils sont obligés de parcourir 5 km à pied pour rejoindre leur école et cela dans l’Algérie de 2020, en dépit des moyens mobilisés par l’Etat, et ce à cause de l’incompétence de certains responsables», a-t-il relevé. Le transport et les cantines scolaires doivent bénéficier aux élèves défavorisés et non à ceux des quartiers résidentiels des grandes villes a-t-il ajouté. «Les cantines scolaires sont tenues de servir des repas chauds aux élèves, faute de quoi, des sanctions sévères seront prises à l’encontre des auteurs de tels comportements. Les enseignants devront d’abord penser à l’intérêt de l’enfant avant de revendiquer tout dialogue.» Il insiste pour que les cantines scolaires ne servent plus de repas froids l’hiver. «Les responsables doivent s’assumer et l’Etat est prêt à leur apporter appui et soutien. Priver les enfants est inacceptable aussi bien sur le plan religieux que moral. Il y a des gens qui possèdent des milliards, alors que des élèves ne trouvent même pas de quoi se nourrir dans les cantines. Cet état de fait est grave et j’aurais souhaité que les enseignants le dénoncent, notamment en observant des grèves» a-t-il affirmé. «Le secteur de l’Education est appelé à l’organisation d’Assises nationales pour permettre à tous les acteurs de donner leurs avis. Je m’y engage personnellement. Il faut réduire les inégalités sociales et revenir à la réalité pour remédier en urgence à cette situation, qui ne nécessite pas de grands moyens. Nous veillerons à ce qu’aucun Algérien ne vive la privation dont avait souffert la génération de la Révolution» dira M Tebboune.
La RASD ne doit pas être poignardée dans le dos
Répondant aux questions d’intérêt régional et international, le président de la République, mettra en relief le fait que, depuis son indépendance, l’Algérie a toujours agi pour l’apaisement des tensions entre les peuples et les pays. Il affirme à ce chapitre que «la République arabe sahraouie démocratique, membre fondateur de l’Union africaine, ne doit pas être poignardée dans le dos. Lorsque l’UA ne respecte pas les chartes en tant qu’organisation continentale, comment voulez-vous que les autres organisations nous respectent ?». «Aujourd’hui, poursuit-il, en tant qu’Africains nous souffrons du fait que le dossier libyen soit pris en charge par d’autres organisations, pourquoi laisser les choses empirer. Africains que nous sommes, contre la légalité internationale en ce qui concerne le Sahara occidental ? Le dossier du Sahara occidental est posé au niveau de l’UA et des Nations unies, laissons ces dernières faire leur travail.»
En tout état de cause et en dépit des pressions, la question du Sahara Occidental demeure, précise-t-il une question de décolonisation, telle est aussi la position de l’UA et de l’ONU. Le président Boumediene disait «Nous ne serons pas mis devant le fait accompli jusqu’à ce que Dieu reprenne la terre et tout ce qu’elle contient».
Karim Aoudia
Auteur: elmoudjahid
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