La célébration pour la première fois au Cameroun de la journée mondiale de l’épargne met en lumière les défis et les solutions pour une inclusion financière plus forte.

la Journée mondiale de l’épargne, célébrée le 29 octobre de chaque année, a connu une série d’activités au Cameroun. Le ministère des Finances a organisé le 31 octobre 2025 une conférence-débat à l’hôtel de ville de Yaoundé, sous la présidence du ministre délégué aux Finances, Yaouba Abdoulaye. Réunissant banquiers, assureurs, établissements de microfinance, fintechs, représentants de l’autorité monétaire et associations de consommateurs, cette rencontre placée sous le thème : « L’épargne, levier de l’inclusion financière pour un développement durable » visait à poser un diagnostic lucide sur la faible mobilisation de l’épargne nationale et à identifier les pistes de redynamisation.

« On ne peut dépenser que ce qu’on a. L’épargne est le socle du financement de l’économie », a rappelé Didier Edoa, Secrétaire général du ministère des Finances, en ouverture des travaux. Dans un contexte de croissance modérée et de besoins d’investissement élevés, la question de l’épargne nationale devient stratégique. En effet, selon les estimations du ministère des Finances, le taux d’épargne des ménages camerounais tourne autour de 16 % de leurs revenus, un niveau jugé insuffisant pour soutenir l’investissement productif. À titre de comparaison, le taux d’épargne nationale brute s’établit autour de 15,3 % du PIB, contre une moyenne d’environ 25,5 % dans la zone Cemac. Ce différentiel réduit la capacité du pays à financer son propre développement, le contraignant à recourir davantage à l’endettement extérieur.

Le Cameroun dispose aujourd’hui d’un écosystème financier diversifié : 19 banques commerciales, 3 établissements financiers, 390 institutions de microfinance, 11 compagnies d’assurance vie et la Caisse nationale de prévoyance sociale. Les fintechs et les intermédiaires de marché agréés par la Cosumaf ont apporté une nouvelle dynamique à la mobilisation de l’épargne, notamment à travers la digitalisation des services.Pourtant, la réalité demeure contrastée. Le taux de bancarisation est passé de 27,8 % en 2018 à 33,1 % en 2023, selon l’Apeccam, mais l’accès demeure limité pour les ménages ruraux et informels. Le volume des dépôts bancaires a progressé de 4 461 milliards de Fen 2018 à 7 272 milliards de Fcfa en 2022, témoignant d’un potentiel croissant.Toutefois, la hausse des taux d’intérêt aux particuliers, passés de 13,3 % à 16,6 % entre 2023, fragilise la rentabilité de l’épargne et dissuade une partie des épargnants.Ces chiffres traduisent un paradoxe : l’accès aux produits financiers s’élargit, mais la culture de l’épargne reste faible, freinée par la précarité des revenus, la méfiance envers certaines institutions et une éducation financière encore limitée.

Education financière et fiscalité incitative

Face à ce constat, les pouvoirs publics ont présenté un ensemble de mesures pour stimuler la mobilisation de l’épargne et la canaliser vers les investissements productifs.Parmi elles : Renforcer l’éducation financière, dès le jeune âge et auprès des entrepreneurs, pour ancrer la culture de l’épargne. Pour Jean Paul Midja Essogo, Président de l’association des consommateurs des services bancaires et financiers, il faut faciliter l’accès aux produits d’épargne via des solutions numériques et des produits à faible ticket d’entrée. Comme autres solutions : maintenir un cadre fiscal incitatif, notamment par l’exonération d’impôt sur les revenus d’épargne jusqu’à 50 millions de Fcfa, et la suppression de la TVA sur certains produits d’assurance-épargne. Promouvoir la finance inclusive à travers le Programme national de finance inclusive, soutenu par les partenaires techniques et financiers.Le ministre délégué Yaouba Abdoulaye a insisté sur la nécessité de « mobiliser une épargne locale forte pour financer le développement national » et de « réduire la dépendance vis-à-vis des financements extérieurs ». Il a également salué la résilience du secteur financier face aux défis économiques et sécuritaires. Les participants ont unanimement souhaité que cette Journée mondiale devienne un rendez-vous annuel pour débattre des politiques d’épargne, évaluer les progrès accomplis et proposer de nouvelles stratégies. La création d’un observatoire de l’épargne nationale, chargé de collecter les données, d’analyser les comportements d’épargne et de recommander des réformes adaptées, a aussi été évoquée.

Cette première célébration de la Journée mondiale de l’épargne aura eu le mérite d’ouvrir un débat fondamental : comment transformer l’épargne camerounaise en capital productif ?La réponse passe par une alliance entre éducation, innovation et confiance. Si les ménages croient davantage aux institutions financières et perçoivent des rendements attractifs, l’épargne aujourd’hui perçue comme une contrainte deviendra demain un véritable outil de liberté économique et de développement durable.

Léon Mgba

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Auteur: Diapason Media Group Diapason Media Group
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