Par : Samir Lotfy
Essaouira – Dans un monde fracturé et en proie aux violences de tous bords, le Maroc, et à travers lui, la cité d’Essaouira-Mogador, a eu, encore, le grand privilège d’abriter une 16è édition du Festival des Andalousies Atlantiques toute « exceptionnelle », le temps de faire jalonner cette « exception marocaine » inégalable, en assumant, avec brio, cette mission de « Messagère » incontestable de la paix et du vivre en commun à travers le monde.

Justement, ce rendez-vous annuel incontournable et tant attendu a la particularité d’illustrer toute cette singularité qui fait du Royaume « cette boussole » dont le monde a besoin actuellement. Un moment de retrouvailles unique et singulier au monde, en ce sens qu’il met en terre d’islam, côte à côte, Musulmans et Juifs pour faire revivre concrètement cette capillarité si étroite et exemplaire qui a toujours existé entre Islam et Judaïsme au Maroc.

Et ce n’est nullement un hasard de voir cet événement s’inscrire, depuis son lancement par l’Association Essaouira-Mogador, dans la continuité en s’érigeant, dès ses premières éditions, en l’une des manifestations les plus prestigieuses dans le Royaume, avec un rayonnement à l’international, eu égard à sa pertinence et à son importance à la fois intellectuelle, philosophique, méthodologique, artistique, culturelle et surtout, sa vocation de véritable « fenêtre » pour puiser dans une histoire plusieurs fois millénaire qui, à Essaouira, n’est pas uniquement conjuguée au passé mais aussi au présent, tout en s’inscrivant résolument dans une démarche ouverte sur l’avenir.

Une démarche nourrie en permanence dans cette ville « Monde » qui reflète l’image d’un Maroc, à la fois moderne et authentique, sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Un Maroc qui se veut et demeurera à jamais une terre de rencontres, d’ouverture, d’échange entre cultures et religions. Bref, un terreau de coexistence et de vivre-ensemble. Autant de valeurs universelles qui forgent le socle de l’identité marocaine et l’ADN de cette cité atlantique qui vient de rejoindre, le 31 octobre dernier, le réseau mondial des villes les plus créatives de l’UNESCO grâce à son effervescence musicale.

L’une des particularités du Festival des Andalousies Atlantiques, au-delà de son aspect festif et artistique, est sa genèse qui consiste à inviter plusieurs questions d’actualité liées au vivre-ensemble et à la compréhension mutuelle, au banquet de la réflexion et du débat et ce, sans « protocole » ni « complexe », à travers son Forum-Agora baptisé « L’Ecole d’Essaouira », avec comme thème central « l’importance du lieu, l’importance du lien ».

Il s’agit, en toute certitude, d’une véritable « Ecole d’Essaouira », puisque cette cité emblématique a toujours accueilli et continue de recevoir à bras ouverts, Musulmans, Juifs et Chrétiens entre autres, dans une convivialité de plus en plus rarissime alors que le repli, l’incompréhension et les préjugés ont tendance à devenir « la devise » dans un monde fracturé et déchiré.

Cet esprit de tolérance, de paix et de communion qui forme l’ADN de cette cité antique lui a valu un rayonnement à l’international, en tant qu’espace singulier de liberté et d’humanisme, où l’unité s’épanouit davantage dans le pluralisme et la diversité, faisant ainsi du Royaume une exception à l’échelle planétaire.

Le dernier de ce rayonnement étant l’inscription de la ville d’Essaouira, par l’UNESCO, dans le réseau mondial des villes les plus créatives grâce à l’effervescence de la Musique. Un choix, certes, judicieux et très bien pensé. La musique n’est-elle pas ce « langage universel » qui brise toutes les barrières, et transgresse toutes les frontières pour être celui de toute l’humanité ?.

Cette image de marque d’Essaouira s’est renforcée davantage grâce à une série de festivals de haute facture, initiés par l’Association Essaouira-Mogador depuis une trentaine d’années, selon une démarche pragmatique et profondément pensée, qui consiste, pour cette cité paisible, à faire de la culture et des arts son réacteur de développement. Un choix amplement réussi et ce ne sont guère les exemples qui manquent.

La preuve en est cette 16è édition des Andalousies Atlantiques qui a tenu toutes ses promesses et battu tous les records avec plusieurs milliers de festivaliers et permis, à travers la programmation de 15 concerts d’anthologie, de donner au Patrimoine Musical Judéo-Arabe toutes ses lettres de noblesse.

Un événement éclectique et unique au monde en ce sens que c’est au Maroc, au Maghreb et en terre d’Islam, que des milliers de Musulmans et de Juifs ont profité de moments de « retrouvailles » pour chanter ensemble, jouer de la musique ensemble et fêter dans la joie leurs histoires partagées, leurs mémoires mêlées et leur patrimoine musical interprété souvent à Essaouira en arabe et en hébreu.

Si l’édition 2018 des Andalousies Atlantiques avait été, à cet égard, inoubliable, la musique et le chant ayant suscité autant d’émotions et de larmes pour dire la joie des belles retrouvailles à l’écoute de cette musique brodée, ce « matrouz » dont le Maroc a le secret et le talent enracinés dans la profondeur et la richesse d’une histoire plusieurs fois millénaire, l’édition 2019 a été celle de la créativité, de l’audace et du caractère inédit du programme auquel ces « Andaloussiates Souiries » ont bien voulu convier des mélomanes venus des quatre coins de la planète.

Précieuses d’abord avec les femmes mises à l’honneur lors de cette nouvelle édition, non pas par phénomène de mode ou d’esthétique, mais parce qu’Essaouira a la bonne idée de faire miroir et écho à ces jeunes femmes, chaque année plus nombreuses à se réapproprier les répertoires les plus emblématiques de la musique andalouse, du Chgouri ou du malhoun judéo-arabe.

C’est dans ce sens qu’Essaouira a bien voulu accueillir, dans la liesse et la grande joie, « Samia Ahmed » qui a proposé un voyage musical retraçant l’histoire de l’Andalousie, « Asmae Lazrak » qui a su revisiter à sa manière les « Qsaïd » (poèmes) qui incarnent depuis la nuit des temps ce malhoun judéo-arabe qui traverse les espaces et les générations pour « nous dire un hier qui nous aide à écrire au futur cette belle histoire marocaine ».

Et ce n’est pas tout, comme l’a expliqué à la MAP, M. Abdesselam El Khalloufi, directeur artistique du festival, pour qui les Souiris et les illustres hôtes de la cité des Alizés ont été également très nombreux, plusieurs milliers, à apprécier les prestations de « Dalila Meksoub » qui a chanté, entre autres, « Line Monty », « Salim Halali », « Samy Al Maghribi » avec, cerise sur le gâteau et en grande première, une Qsida louant le prophète Sidna Mohamed (PSL) sur un texte du grand poète juif, le Maâlem Ayouch Benmouyal Souiri.

Ont été, en outre, à l’affiche « Hanae Touk », « Tamar Bloch » et « Chaimae Imran » afin de rendre hommage à la grande pianiste feue « Hajja Ghita El Oufir », a-t-il indiqué, notant que cette grande Dame aura profondément marqué depuis Rabat la scène maghrébine de la musique andalouse.

Autrement, cet incandescent hommage aux femmes, qui a donné le ton à cette 16ème édition des Andalousies Atlantiques a fait écho à la place faite aux jeunes cette année. L’objectif, a expliqué M. El Khalloufi, est de permettre à un large éventail de jeunes artistes de se réapproprier cette musique emblématique et de leur donner l’opportunité de briller de mille feux à Essaouira. Un véritable effort de transmission de ce patrimoine que nos aïeux nous ont légué, a-t-il dit.

Autre moment très fort de cette nouvelle édition: l’hommage rendu au Flamenco par « la Compania Leonor Leal » directement venue de Séville, le temps de retrouver sur scène « l’orchestre Rawafid », l’une des meilleures formations de musique andalouse dirigée par Maître Omar Metioui.

Last but not least, « Raymonde Al Bidaouia » à laquelle Essaouira a choisi avec bonheur d’identifier ses Andalousies, a, cette année encore, gratifié le public d’une rencontre singulière et riche de promesses avec le grand maître « Benomar Ziani », icône incontestée et incarnation pionnière et emblématique de la musique judéo-arabe au Maroc et bien au-delà.

Cette édition a aussi donné place aux couleurs à travers des expositions: une occasion pour Malika Demnati El Mansouri de convier les festivaliers à un accrochage à la thématique adéquate « Le vivre-ensemble ». N’est-ce pas l’esprit même d’Essaouira, cité des saints Sidi Magdoul et Rabbi Haïm Pinto ?, s’interroge-t-on en toute légitimité.

Auteur: Meriem IGASS
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