Essaouira – Un groupe de jeunes femmes musiciennes a créé une grande sensation, vendredi à Essaouira, en gratifiant le public, venu très nombreux assister à la 16è édition du Festival des Andalousies Atlantiques, d’un surprenant concert, inédit et de toute beauté, pour rendre un incandescent hommage à Feue Ghita El Oufir.

Dans une ambiance empreinte de convivialité, de partage et de communion, les musiciennes Khaïra Afazaz, Majdouline Bensghir, Falak Krikez, Yael Lavie, Daria Mosenzon, Attika Afazaz, et Hanaa Haddad, accompagnées dans cette belle aventure musicale par les voix sublimes et cristallines de Chaimae Imran et Samia Lantri ont enchanté l’assistance, en revisitant un répertoire tout aussi riche que varié de la musique andalouse.

Ce concert 100% féminin, qui ne déroge nullement à l’esprit de cette nouvelle édition du Festival des Andalousies Atlantiques, marqué du sceau de la féminité, a tenu toutes ses promesses en réussissant à mettre en lumière un nom qui, hélas, risque d’être oublié: Lalla Ghita El Oufir.

Il s’agit, en somme, de véritables retrouvailles entre musulmans, juifs et chrétiens parmi les hôtes de la cité des Alizés, pour honorer la mémoire de cette icône à partir d’Essaouira, terre de partage, d’ouverture et surtout de reconnaissance à tous ceux et celles qui défendent coeur et âme les valeurs d’humanisme, de tolérance, d’amour et du vivre-ensemble.

Née en 1934, Ghita El Oufir grandit au sein d’une famille de musiciens dont le père, Omar El Oufir, faisait partie de l’Orchestre andalou de Radio Maroc.

C’est lui, le maître confectionneur et arrangeur des instruments de musique, qui l’initia au piano, à l’accordéon et à la harpe. Un apprentissage complété par la fréquentation d’autres Maâlems tels que Omar Jaïdi, Abdessalam Khiati et Haj Mohamed Tartouche, alors chef de l’Orchestre 55.

Grâce à Moulay Ahmed Loukili, Feue Ghita El Oufir intègre l’Orchestre National de Musique Andalouse aux premières années de l’indépendance pour ne plus le quitter jusqu’à sa retraite.

A la mort de son père, Ghita El Oufir retrousse ses manches et se lance dans le monde du travail, ô combien masculin à l’époque, afin de subvenir aux besoins de sa mère et de ses petites soeurs.

En « homme de la maison », elle travaille, habillée à l’européenne, comme pompiste, mécanicienne et chauffeur de poids lourds! De vieilles Rbaties se souviennent d’elle comme l’une des premières monitrices de la conduite auto. Mais en femme émancipée, Ghita El Oufir sauvegarde sa féminité, confectionne des objets artisanaux à l’instar de sa maman, spécialiste des habits pour enfants qui s’apprête aux cérémonies de circoncision et cultive sa passion, la musique andalouse, dont elle reste l’une des figures incontournables.

Tout au long d’une quarantaine d’années, elle a accompagné les ensembles des chefs Abdelkrim Raïs, Mohamed Ben Larbi Tamsamani et bien sûr Moulay Ahmed Loukili au Maroc et à travers les quatre coins de la planète.

Elle a à son actif pas moins de 267 enregistrements radiophoniques et plus de 150 programmes télévisés. Hajja Ghita El Oufir nous a quitté le 07 septembre 2009.

Auteur: Meriem IGASS
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