Trois semaines après la présidentielle, la liste du nouveau gouvernement algérien, a été dévoilée jeudi dernier. Elle compte 39 membres, dont 5 femmes. De l’avis d’experts et d’observateurs de la scène politique nationale, «la mission de la nouvelle équipe gouvernementale ne sera pas facile».
Pour répondre à tous les défis qui se posent, le nouvel exécutif a été choisi selon des critères bien défini. «Il est composé de compétences issues de l’université algérienne», souligne l’économiste et consultant, M. Malek Serraï, pour qui «ces compétences ont fait preuve de maîtrise des dossiers liés à leurs domaines de spécialités, à l’image de celui de la communication, de la culture, des travaux publics».
M. Serraï souligne qu «pour les nouveaux ministres qui font leurs premiers pas au Palais du gouvernement, l’expérience, le savoir-faire, et la connaissance des anciens ministres au gouvernement pourraient être un avantage et leur servir de repère dans la gestion des affaires courantes dans le cadre d’une action gouvernementale concertée».
L’expert avance que la composition du nouveau gouvernement est surtout marquée par l’arrivée de compétences technocratiques «libérées de tout attachement partisan», c’est «un grand pas pour que l’élite retrouve sa place aux commandes», car le «capital scientifique acquis permettra certainement aux nouveaux ministres de penser les stratégies, les mesures, les décisions, et les mécanismes pour une réelle relance économico-politique», a-t-il estimé.
M. Serraï trouve important et extrêmement positif «la réactivation du ministère chargé de la Prospective», notamment «dans un contexte économique assez difficile». Selon M. Serraï, l’urgence pour ce nouveau gouvernement est d’identifier les principaux facteurs de régression de la situation économique, et l’impact de la crise politique. Pour lui «les problématiques liées à la fiscalité et l’assainissement du secteur bancaire» sont les deux dossiers à mettre «d’urgence sur la table du gouvernement».
M. Serraï axe, en outre, son commentaire sur la composition du nouveau gouvernement principalement sur les questions économiques.
Pour un vrai sursaut de l’économie algérienne, l’expert estime que le gouvernement doit «mettre fin aux obstacles bureaucratiques qui dissuadent les investisseurs, œuvrer à alléger les procédures administratives, et adopter une nouvelle batterie de lois sur l’investissement, sur la lutte contre le transfert illicite d’argent, la surfacturation des contrats, et la fraude généralisée qui touche le commerce extérieur», car il juge «dépassé», le cadre juridique actuel «qui handicape la relance des projets économiques». «Il faut voir les choses en face, c’est un cadre qui dérègle les performances des entreprises économiques», estime-t-il.
La justice reste le plus grand défi
Sur le plan politique, l’expert ne manque pas de signaler que «la tâche du nouveau gouvernement est de préparer le terrain pour concrétiser l’appel du président au dialogue avec le Hirak». Pour M. Serraï «l’appel de M. Tebboune au dialogue est extrêmement positif et illustre une réelle et sincère volonté politique de la part des autorités pour aller de l’avant et sortir de l’impasse politique». D’où, justement, «le rôle incontournable des élites pour accompagner et le peuple et le gouvernement, afin de trouver un terrain d’entente et permettre de déjouer la crise politique, dans un contexte marqué notamment par la résurgence de la question sécuritaire à nos frontières».
Pour sa part, Lakhdar Yedroudj, chercheur indépendant, explique d’abord qu’il est «un peu tôt pour se prononcer sur la composition du nouveau gouvernement». M. Yedroudj préfère revenir en arrière, et procéder à une lecture rétrospective des événements.
«L’Algérie, qui a vécu depuis février 2019 un rythme de manifestations bi-hebdomadaires afin d’enlever le système en place, a éprouvé beaucoup d’obstacles pour arriver à l’avènement de ce qu’on peut considérer comme étant la 2e République», a-t-il indiqué.
M. Yedroudj estime que «l’Algérie ne peut pas espérer un démarrage économique sans la rupture avec le modèle de fonctionnement qui a prévalu durant plusieurs décennies et qui a montré ses limites». «L’Algérie sera soumise aux défis classiques qui ont toujours survécu à la mauvaise gouvernance», explique le chercheur.
Pour étayer ses dires, M. Yedroudj aura recours à la métaphore pour parler de la performance économique : «Lorsque les pouvoirs publics pourront garantir un sachet de lait à tout citoyen, sans enregistrer une rupture dans la chaîne de distribution ou de production, là on peut dire que c’est gagné». Par cet exemple, M. Yedroudj a précisé vouloir attirer l’attention sur l’importance de la création d’un environnement propice au décollage économique. «C’est à ce moment que l’économie démarrera», a-t-il expliqué.
Enfin, le chercheur signalera également que «la justice reste sans aucun doute, le plus grand défi auquel fera face ce gouvernement».
Selon lui, «il faut que la lutte contre la corruption se poursuive, et que l’on traduise devant la justice tous ceux qui sont responsables de détournement ou dilapidation de l’argent du peuple, quel que soit leur rang ou leur position dans la société», a-t-il signalé, estimant que d’une part, «les oligarques et autres responsables sauront qu’ils ne pourront plus jouir de l’impunité, et que de l’autre, le citoyen ne sera satisfait que lorsqu’il verra que «la justice est désormais la même pour tous, et que nul n’est au-dessus de la loi !».
Tahar Kaïdi
Auteur: elmoudjahid
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