L’artiste plasticien Smail Ouchene expose à la galerie Mohamed-Racim à Alger une dizaine de ses toiles sous l’intitulé « Estérification ». S’exprimant dans un style abstrait avec des éclats et en ayant recours à des couleurs tantôt écarlates tantôt sombres, l’artiste propose aux amoureux des arts plastiques une immersion dans la complexité de l’art abstrait. 

L’Estérification est une réaction de chimie organique. L’artiste a choisi cette appellation pour son exposition du moment que ces toiles donnent l’impression qu’une mutation se crée à travers les éclats et les étincelles de couleurs.   L’estérification, fortuitement ou insidieusement, est un concept qui émane de l’acuité de des sens dans la gestation des substances de l’œuvre. J’aimais un jour j’ai cru à ces contingences comme aujourd’hui pour exprimer le processus d’accomplissement d’une œuvre aux exhalaisons de la vie âpre. Sur ce lieu qu’on appelle spécifiquement le subjectile, au fur et à mesure s’inscrivent les lettres de la vie. Le tandem existentiel ici sera cette complicité de l’aigreur et de l’envoûtement. En d’autres termes, on inscrit les instants acidulés avec le lâcher prise. Ainsi, l’estérification devient une sorte de réaction chimique fondamentale à l’âme pour se libérer de ses situations corrosives pour rejoindre l’ivresse de l’imagination en relation étroite avec le contexte. La mémoire de la chair s’ordonne pour enfin libérer le corps des affres du vécu. Une fois que le processus engagé, l’estérification va acclamer en l’artiste sa disponibilité à vivre la bienheureuse rencontre du fruit immature de notre être avec l’ivresse de notre imaginaire. La formule certes n’est pas simple au dosage, mais l’art est là pour rajuster nos imperfections. L’être de l’artiste ne peut exister sans la véracité de son alchimie qu’il soumet incessamment à sa volonté de l’affirmer un jour dans le flux du temps. Jusque-là à travers ce travail exposé, je bouscule de côté cette notion d’imagination pour me réajuster sur un autre fait humain qui ne manque pas d’importance, à savoir la conscience imageante. Celle-ci dans son élaboration peut même se substituer à ce qu’on appelle couramment l’imagination ou l’imaginaire. Il s’agit d’une prise de conscience d’un monde dans l’instant de sa naissance. Toutefois dans ce vecteur allant de l’être vers ce qui va être, on trouve des fois, non pas un monde en devenir mais un monde en finitude. Entre ces deux mondes si proches dans le temps et si lointains dans la plastique, la réalité devient insaisissable et inodore. L’estérification devient ici le moyen de restituer et de recomposer cette mémoire olfactive pour la greffer à se monde en devenir qui aura besoin de ces aromes dans son atmosphère. Smail Ouchene est professeur d’expression plastique et maitre-assistant à l’école supérieure des beaux-arts d’Alger depuis 2018. Après une longue carrière dans l’enseignement, notamment dans les matières de dessin et de peinture entre 2000 et  2018 l’école régionale des Beaux-arts d’Azazga, et enseignant d’histoire de l’art esthétique entre 2007 et 2018 dans la même école, Smail Ouchene a enseigné à l’école des Beaux-arts de Batna en 2008 et 2009. Il a également enseigné l’art plastique à l’université Abderrahmane-Mira, département d’architecture 2010 tout en étant un ex-président de l’association des artistes plasticiens de la wilaya de Béjaia. Ayant exposé dans la plupart des wilayas du territoire national, l’engagement de Smail Ouchene au service de la culture algérienne et de la promotion des arts plastiques fait de lui une valeur sûre de la peinture algérienne. Il est auteur de plusieurs expositions collectives et individuelles depuis une dizaine d’années, en Algérie et à l’étranger.

Kader Bentounès 

Auteur: elmoudjahid
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