Antisémites
Se débarrasser de Bardella équivaut à reconnaître une grande erreur de casting, sachant que le président du RN est sa propre création et l’incarnation de cette fameuse dé-diabolisation, la marque de fabrique de Marine Le Pen.
C’est une des questions les plus pertinentes et les plus récurrentes de l’actuel débat politique français après les révélations sur les convictions antisémites de Jordan Bardella, président du Rassemblement National et futur Premier ministre annoncé de Marine Le Pen.
Il est vrai que jusqu’à aujourd’hui deux visions s’opposent. Celle de la direction du RN qui se maintient dans un déni total face à ses accusations. Pour elle, non seulement Jordan Bardella n’a jamais proféré de telles ignominies antisémites, mais même les preuves présentées dans le réquisitoire de son accusation sont qualifiées de faux grossiers.
L’autre approche, celle répandue en dehors des cercles du RN fait le constat que non seulement Bardella a eu ses phrases antisémites mais que le fait de le nier avec autant d’aplomb le disqualifie de toute prétention à occuper de hautes fonctions au sein de l’Etat. D’où ces appels à sa démission et à ce que Marine Le Pen le lâche en rase campagne.
Et justement celle qui affronte aujourd’hui un des dilemmes les plus dangereux de sa carrière est Marine Le Pen, candidate du RN à la prochaine présidentielle. Elle est acculée entre deux choix. Le premier est nier totalement ces accusations en les mettant sur le compte d’une guerre sans merci que ses adversaires lui mènent pour l’empêcher d’accéder au pouvoir.
Le second est de se débarrasser de Jordan Bardella. Ceux qui soutiennent cette idée lui expliquent qu’à la police Jordan Bardella deviendra un boulet pour elle et que chaque apparition, chaque intervention de Jordan Bardella sera une aubaine pour les détracteurs du RN pour lui rappeler le grand échec de l’opération dé-diabolisation qui a fait de ce parti la première force politique, du moins dans les sondages.
À chaud, Marine Le Pen ne pourra pas débrancher Jordan Bardella. Le faire aujourd’hui équivaut à reconnaître de manière spectaculaire l’échec de son opération de recherche de respectabilité. Le faire renverrait immédiatement aux yeux des Français le RN à son époque Front National où le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie étaient les valeurs fondatrices de cette extrême droite.
Mais maintenir Jordan Bardella dans la dynamique de cette campagne comme si de rien n’était équivaut pour Marine Le Pen à une lente opération de suicide. Comment peut-elle encore faire campagne pour vendre son duo avec Jordan Bardella quand ce dernier est devenu dans l’imaginaire des Français synonyme de personnalité antisémite ?
Même si la défense du RN estime que la justice n’a pas encore condamné Bardella, l’opinion et la conviction profonde de beaucoup l’ont déjà fait.
D’ailleurs le choix de Bardella et du Rassemblement National de porter plainte pour diffamation, procédure longue et dont les résultats ne peuvent apparaître avant la présidentielle, plutôt qu’un référé en citation directe qui aurait pu accélérer l’heure de vérité sur ces accusations, montre la volonté du RN de gagner du temps et de jouer sur la présomption d’innocence que garantit la loi tant qu’un jugement définitif n’a pas encore été prononcé.
Marine Le Pen se trouve dans un vrai dilemme dont la résolution aura forcément un prix. Maintenir Bardella à ses côtés et continuer à le valoriser comme son futur Premier ministre équivaut à assumer des accusations antisémites et épaissir ce plafond de verre qui a longtemps maintenu l’extrême droite loin des centres du pouvoir. Se débarrasser de Bardella équivaut à reconnaître une grande erreur de casting, sachant que le président du RN est sa propre création et l’incarnation de cette fameuse dé-diabolisation, la marque de fabrique de Marine Le Pen. Ce qui est certain c’est que le RN de Marine Le Pen est dans une forme d’impasse où la moins bonne solution est déjà un échec majeur dans la stratégie de conquête du pouvoir pendant ces prochaines élections. Ce qui était présenté comme une victoire évidente est devenu depuis le scandale Bardella un vrai chemin de croix qui pourrait éloigner l’hypothèse de la victoire du RN.
Ce scandale Bardella a été perçu comme du pain béni pour les autres formations politiques qui y ont perçu le signe que la fatalité de la victoire de l’extrême droite n’est pas inévitable et que tout reste possible y compris créer un barrage politique devant les radicaux et les maintenir en dehors des institutions du pouvoir.
Auteur: Mustapha Tossa
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