La ville de Fès retient son souffle à l’approche de la nouvelle session du conseil communal prévue le lundi 3 novembre 2025.

Le maire de la ville de Fès, Abdeslam El Bekkali, devra croiser le fer pour réunir un quorum de 46 élus (sur 91) pour la session du 3 novembre 2025. Reste à savoir si ces élus sauront dépasser leurs différends pour offrir à Fès le budget et la stabilité qu’elle mérite (Ph. YSA)

Cette réunion, qualifiée par plusieurs élus de «dernière chance», pourrait enfin permettre l’adoption du budget communal 2026- ou, à l’inverse, consacrer l’échec d’une majorité municipale au bord de la rupture. Après un mois d’octobre marqué par des divisions internes, des reports successifs et une opposition déterminée, le maire Abdeslam El Bekkali (RNI) s’apprête à rejouer une partie décisive pour l’avenir de la capitale spirituelle.

■ Une session extraordinaire reportée faute de quorum
La session extraordinaire initialement prévue le mardi 28 octobre 2025, consacrée à l’approbation du budget 2026, n’a finalement pas pu se tenir, faute de quorum. Sur les 91 conseillers que compte le conseil communal, seuls 40 ont répondu à l’appel, alors que le nombre requis est de 46.Fait marquant: une dizaine d’élus, principalement issus du PJD et du Front des forces démocratiques (FFD), étaient bien présents dans l’enceinte de la mairie, mais ont choisi de ne pas assister à la séance, bloquant ainsi son ouverture.
Ce nouvel épisode illustre la crise de confiance qui secoue la majorité municipale, pourtant composée du RNI, du PAM, du Parti de l’Istiqlal (PI), du PPS et de l’USFP. Le maire, déjà fragilisé par le rejet du budget lors des séances du 7, 15 et 21 octobre, tente désormais de regrouper ses soutiens et de restaurer la cohésion d’une coalition profondément fissurée.

■ Une majorité divisée et une opposition revigorée
Lors du vote du budget 2026, seuls 27 élus ont pris part au scrutin: 15 contre et 12 pour. Une participation historiquement faible, révélatrice de l’abstention croissante dans les rangs de la majorité. Face à ce désengagement, l’opposition, constituée du PJD, du FFD et du Mouvement populaire (MP), a su capitaliser sur les divisions internes et s’imposer comme un contre-pouvoir structuré et stratégique. Pour Abdeslam El Bekkali, le défi du 3 novembre sera donc double: rassembler ses alliés et éviter un nouveau revers politique susceptible d’ouvrir une crise institutionnelle sans précédent.

■ Une commune paralysée par les dissensions internes
Depuis plusieurs semaines, le fonctionnement du conseil communal est grippé. La session ordinaire d’octobre, prolongée à quatre reprises sans résultat, illustre la paralysie institutionnelle de la commune. Sans budget approuvé, la ville se retrouve dans l’incapacité de financer ses projets, de lancer de nouveaux investissements et même d’assurer la continuité de certains services publics essentiels. Plusieurs observateurs locaux s’inquiètent d’un ralentissement du développement urbain: retards dans les chantiers de voirie, reports d’opérations d’aménagement, blocage de programmes sociaux… Autant de signaux d’alerte pour une ville déjà confrontée à des défis économiques et sociaux majeurs.

■ Des accusations qui enveniment le climat politique
La tension s’est accentuée après les déclarations de Ali Aboumehdi, élu du FFD, accusant publiquement le maire de mauvaise gestion et de dilapidation de deniers publics. L’intéressé a appelé le parquet à enquêter sur plusieurs dossiers jugés «opaques», alimentant ainsi un climat de suspicion autour de la gestion municipale. Ces accusations, encore non instruites, ont provoqué un véritable tollé dans les milieux politiques fassis.

■ Le maire appelle à l’unité et à la responsabilité
Conscient de la gravité de la situation, Abdeslam El Bekkali a appelé ses collègues, majorité et opposition confondues, à mettre l’intérêt de la ville au-dessus des considérations partisanes.
«Dans le travail communal, tous les élus doivent œuvrer pour l’intérêt de Fès. La ville mérite toute notre attention», a-t-il déclaré lors de la séance du 28 octobre. Le maire a également invité la presse locale à «faire son travail objectivement» afin d’accompagner, plutôt que d’entraver, la dynamique de développement que connaît la capitale spirituelle.


Vers un sursaut collectif?

Le rejet du budget 2026 a pour conséquence immédiate le gel de plusieurs projets structurants, notamment dans les domaines de la voirie, de l’éclairage public et de l’aménagement urbain. Il en est de même pour le remboursement des dettes (crédit FEC, jugements…etc). Les dépenses de fonctionnement se limitent désormais au strict minimum, compromettant la continuité de certains services essentiels. Ceci étant, et malgré les tensions, des voix s’élèvent au sein du conseil pour appeler à un sursaut collectif.
Plusieurs élus, y compris de l’opposition, estiment qu’un compromis est encore possible si «le dialogue et la transparence» reprennent leur place au sein de l’exécutif communal.


Une ville en attente d’un déblocage

Le rendez-vous du 3 novembre 2025 sera donc déterminant pour l’avenir de la commune. Entre espoirs de réconciliation et risques de rupture, la ville de Fès vit un moment charnière de sa vie politique locale. Reste à savoir si ses élus sauront dépasser leurs différends pour offrir à la capitale spirituelle le budget et la stabilité qu’elle mérite.

De notre correspondant permanent, Youness SAAD ALAMI

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Auteur: Youness SAAD ALAMI
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