Un tournant politique majeur semble se dessiner à Fès. Le maire RNI de la capitale spirituelle, Abdeslam El Bekkali, n’a pas réussi à faire valider le budget prévisionnel de la commune pour l’année 2026, estimé à 780 millions de dirhams.

Abdeslam El Bekkali, maire de Fès, isolé au sein de son propre conseil. Lâché par sa coalition fragilisée depuis des années par des poursuites judiciaires et des condamnations, il fait face à l’un des revers politiques les plus marquants de son mandat (Ph. YSA)
Une défaite politique qui révèle l’éclatement de sa coalition et la perte de sa majorité au sein du conseil communal.
Lors de la séance du mercredi 15 octobre 2025, seuls 12 élus ont voté en faveur du projet de budget, contre 15 votes défavorables issus de l’opposition. Fait marquant: plusieurs élus issus des partis «alliés», notamment du PI, du PAM et du RNI lui-même, ont brillé par leur absence, laissant le maire dans une position particulièrement fragile.
La séance, convoquée pour examiner à la fois le Plan d’action communal (PAC) et le budget 2026, a très vite viré à la contestation. Dès l’ouverture, les tensions étaient palpables. Plutôt que de fournir aux conseillers un document structuré conformément aux directives du ministère de l’Intérieur, l’équipe municipale a diffusé un film institutionnel de 21 minutes censé résumer la vision stratégique de la ville.
Une gestion contestée et un budget rejeté
Ce choix a été vivement critiqué par plusieurs groupes d’opposition, notamment le PJD, le PPS et le FFD, qui ont dénoncé une opération de communication creuse et un «passage en force» incompatible avec les règles de bonne gouvernance. Pour Ali Lakssab, élu PPS, l’initiative constitue une entorse grave aux dispositions légales, le projet de PAC devant être transmis aux élus au moins 30 jours avant la session pour permettre un débat éclairé.
Le contenu du film a également été pointé du doigt: il ne présentait pas de stratégie propre à la commune mais se contentait de compiler des projets portés par des entités régionales comme la Société de Développement Régional Fès Région Aménagement ou le CRI. Plusieurs conseillers ont fustigé un « écran de fumée » déconnecté des réalités locales.
Une majorité éclatée, des critiques internes
Le rejet du budget n’est que le symptôme d’un malaise plus profond. Halima Zoumi, élue du PI, a publiquement critiqué le maire pour sa gestion unilatérale, estimant que cette situation de blocage est inédite dans l’histoire de la ville. Elle a pointé l’absence de concertation, la faiblesse du pilotage stratégique, et une gouvernance qui ignore les principes de transparence et de participation.
Le départ de plusieurs élus en pleine séance, en signe de protestation, illustre l’impasse politique dans laquelle se trouve désormais le conseil communal de Fès. Le maire El Bekkali apparaît de plus en plus isolé, y compris parmi ses alliés traditionnels.
Et maintenant?
Ce revers soulève une question cruciale: Abdeslam El Bekkali peut-il encore gouverner Fès? Sans majorité, et face à une opposition de plus en plus organisée, sa marge de manœuvre semble considérablement réduite. À moins d’un sursaut politique ou d’un remaniement de la coalition, la ville risque d’entrer dans une phase d’instabilité institutionnelle. En tout cas, une nouvelle session communale devrait se tenir dans les prochains jours pour sortir de l’impasse d’une ville où tous les services publics semblent traverser une phase intérimaire.
Youness SAAD ALAMI
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Auteur: Youness SAAD ALAMI
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