( photo : D. R. )Maître Fetta Sadat, députée RCD, revient dans cet entretien sur les interpellations opérées par la police lors de la marche de vendredi l Ayant visité plusieurs commissariats ce jour-là, plaidant pour les détenus le lendemain au tribunal de Sidi M’hamed, l’avocate considère qu’il n’existe aucune base légale à ces «arrestations musclées» .
Pour elle, l’objectif des autorités est «d’intimider, humilier et terroriser les citoyens et d’essayer de réduire leur formidable mobilisation populaire», précise-t-elle.
La police a procédé à plusieurs interpellations vendredi dernier. Des personnes ont été arrêtées puis conduites dans des commissariats ; certaines ont été libérées le soir même, d’autres gardées à vue. Peut-on avoir d’autres détails sur ces interpellations ?
La journée de vendredi a été caractérisée par une vaste vague d’arrestations, visant une majorité de manifestants venant des wilayas limitrophes, interdits d’entrée dans la capitale. Les personnes interpellées ont été réparties sur les 13 sûretés de daïra que compte la wilaya d’Alger. Elles ont été délestées de leurs téléphones portables et ne pouvaient donc pas communiquer sur leurs lieux de détention. Aucune nouvelle n’a été donnée sur elles. Toutes les démarches auprès des services concernés sont restées vaines.
Ce qui a imposé d’effectuer la tournée des commissariats pendant de longues heures, ce qui est un parcours du combattant. Les personnes interpellées ont été soumises à ce qui est appelé un «examen de situation» : interrogatoire, prise des empreintes digitales et de photos biométriques. La plupart de ces personnes ont été libérées à l’approche de la rupture du jeûne. Elles étaient bien sûr livrées à elles-mêmes après de longues heures d’interpellation.
Il est à noter que certaines de ces personnes appréhendées ont été soumises à la garde à vue et sont dans l’attente d’être présentées devant le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed. Pour certaines la présentation au parquet a été effectuée samedi.
Peut-on avoir plus de détails sur ces derniers cas ?
Nous sommes en présence d’une vague de répression exacerbée qui transforme Alger, la capitale, en une ville assiégée et en une zone interdite. Le but est d’intimider, humilier et terroriser les citoyens et d’essayer de réduire leur formidable mobilisation pour l’aboutissement de leurs revendications légitimes. Il n’existe aucune base légale à ces arrestations musclées, émaillées d’atteintes flagrantes aux droits fondamentaux des citoyens.
Nous sommes en présence de la violation d’une des libertés garanties par la Constitution, qui est de manifester pacifiquement. Ainsi, les pouvoirs publics portent atteinte aux droits et libertés des citoyens. C’est une infraction réprimée par la loi. C’est clairement prévu par les dispositions constitutionnelles.
La police, qui a toléré les actions de rue, ne permet aucun rassemblement, à l’exception de ceux des journées de mardi et vendredi…
En fait, les marches populaires sont également réprimées le mardi et le vendredi. La nature de la répression est accentuée ces dernières semaines puisqu’il a été fait usage de bombes lacrymogènes, de balles en caoutchouc, de jets d’eau et de brimades de toutes sortes.
Comme souligné plus haut, un impressionnant dispositif sécuritaire quadrille la capitale et des rafles musclées et intempestives sont opérées. Vendredi dernier, un enfant de 9 ans a été embarqué dans un fourgon cellulaire alors que lors du 13e vendredi, des présidents d’APC arborant leurs écharpes ont été molestés, embarqués et retenus dans les commissariats jusqu’à des heures indues.
Mais ces marches continuent à se tenir grâce à la formidable mobilisation des étudiants et des citoyens qui sortent en masse. Les manifestants ont réussi à imposer dans la rue un rapport de force qui ne laisse pas d’autre choix aux pouvoirs publics que celui de céder. Dans le cas contraire ce serait la porte ouverte aux dérapages et aux dérives totalitaires…
Que peuvent les personnes interpellées ? Ont-elles la possibilité de poursuivre le corps (police, gendarmerie) en justice pour «atteinte à la liberté de manifester» prévue dans la Constitution ?
Nous sommes en présence d’atteintes à des droits et libertés des citoyens : liberté de manifester pacifiquement, liberté de circuler, liberté de réunion et même liberté de résister à l’oppression. Les pouvoirs publics commettent ainsi des infractions réprimées par la loi.
Ceci est consacré par la Constitution. Les citoyens victimes de ces atteintes à leurs droits et libertés peuvent introduire les recours adéquats et même saisir la justice. Il est à souligner l’importance de l’intensification de la mobilisation citoyenne et de sa diversification en cette période cruciale qui engage l’avenir du pays.
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Auteur: Hicham Chouadria
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