Le restaurateur a comparu la semaine dernière devant la chambre correctionnelle près le tribunal de première instance de la capitale de la région de Doukkala.
Arnaque: Restaurateur à Safi, il prétendait être bien introduit auprès des magistrats d’El Jadida. Pour 20 millions de centimes et quelques cadeaux, il a promis à une mère de réduire la peine de son fils, condamné pour viol. Promesses évidemment non tenues et argent envolé.
Safi, ville de la côte atlantique. Le propriétaire de l’un de ses restaurants, un père de famille, quadragénaire, le gérait professionnellement, mais c’était ailleurs que se jouait un autre commerce qui lui rapportait de l’argent facile, un commerce qui se base sur des promesses.
Quelque part dans la même ville vivait une mère rongée par l’angoisse. Son fils avait été jugé à la chambre criminelle près la Cour d’El Jadida dans une affaire de viol, et la sentence était tombée, lourde. Depuis, elle ne dormait plus. Elle écumait les connaissances, cherchait une porte, un nom, n’importe quel passe-droit capable au moins d’alléger la peine.
C’est dans ce vide que le restaurateur s’est glissé. Il connaissait du monde, disait-il. Des magistrats d’El Jadida, des gens bien placés, qui pouvaient faire quelque chose en faveur de son fils, il lui a fait comprendre qu’un geste en haut lieu pouvait changer son destin. Il suffisait de savoir s’y prendre. Et, bien sûr, de payer.
La mère a payé. Deux cent mille dirhams, comptés billet après billet. Puis des cadeaux, pour entretenir la bonne volonté de l’intermédiaire et, par ricochet, celle de ses prétendus protecteurs. Elle ne posait pas de questions. Car on ne marchande pas quand il s’agit de son enfant. Les rendez-vous avaient lieu à Essaouira, loin des regards. Elle faisait la route, il l’attendait, rassurant, paternel presque. A chaque fois, il lui demandait de patienter. Les semaines passaient. Rien ne se produisait. Le jugement restait intact, la peine aussi, et le fils demeurait derrière les barreaux. Alors le doute a commencé à ronger la mère. Elle a réclamé son argent. Le père de famille n’a pas nié, il a simplement promis : il rembourserait, bien sûr, très bientôt. Face à son insistance, il est allé jusqu’à évoquer une reconnaissance de dette, ce papier qui rassure sans engager à rien. Le papier n’est jamais venu. L’argent non plus.
Le téléphone n’a pas cessé de sonner. Après la condamnation du fils surtout, les appels se sont multipliés, comme si l’homme cherchait à garder sa proie à portée de voix, à la calmer, à gagner du temps. Mais le temps, justement, finit toujours par parler.
Dernièrement, à bout de patience et d’illusions, la mère a poussé la porte du procureur du Roi près le tribunal de première instance d’El Jadida. Elle a raconté l’histoire dans l’ordre : les promesses, les rencontres à Essaouira, les vingt millions de centimes, les cadeaux, les remboursements fantômes. Le procureur a ordonné une enquête, et la police judiciaire s’est mise au travail.
Les enquêteurs n’ont pas eu à chercher bien loin. Les relevés téléphoniques ont parlé à leur place. Plus d’une centaine d’appels entre l’homme et la plaignante, concentrés surtout dans les semaines qui ont suivi le verdict. Cent fois, il avait décroché pour entretenir l’espoir. Cent fois, il avait rassuré sans rien tenir.
Placé en détention, le restaurateur a comparu la semaine dernière devant la chambre correctionnelle près le tribunal de première instance de la capitale de la région de Doukkala. À l’audience, il a tenté de nier les charges retenues contre lui, à savoir l’escroquerie. Mais, les multiples appels téléphoniques sont devenus l’un des fils conducteurs des débats, preuve muette d’un lien que rien d’autre n’expliquait.
Verdict : jugé coupable d’escroquerie, le restaurateur a écopé d’un an et demi de prison ferme.
Auteur: Abderrafii ALOUMLIKI
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