«Recouvrement de la légitimité.» Telle est la mission que s’assigne le SG du FLN, Mohamed Djemaï, depuis sa désignation. Un recouvrement « en adéquation avec la conjoncture que traverse le pays», a-t-il tenu d’ailleurs à le préciser, dans son allocution prononcée à l’occasion de l’installation, mercredi, des commissions de discipline et de prospective du parti. En d’autres termes, le FLN, hier principal promoteur du 5e mandat du président démissionnaire Abdelaziz Bouteflika, cherche aujourd’hui à redorer son blason et à se légitimer auprès du peuple majoritairement acquis au projet d’une nouvelle Algérie débarrassée de tous les symboles du système.
Il faut avouer qu’une telle mission est loin de constituer une simple sinécure pour le SG du parti qui n’est pas sans ignorer les reproches, voire les griefs par lesquels le peuple fustige le FLN, plus précisément les différents responsables ayant succédé à sa tête, aujourd’hui désignés parmi les adeptes du régime qui a accaparé les richesses du pays, des années durant. Cette «appréciation» politique est en effet ainsi exprimée par l’opinion publique, qui, en la matière, a fait preuve d’une maturité jamais égalée depuis l’avènement du mouvement citoyen du 22 février.
Pour revenir à l’événement du mercredi, l’opinion prend acte pour la énième fois d’une installation d’une nouvelle commission de discipline au FLN, qui, selon toute vraisemblance, est créée dans l’objectif d’aboutir à la destitution de certains responsables.  D’ailleurs, à peine installée, ladite commission, composée de juristes et présidée par Saïd Bouifer, avec Abdelhamid Si Affif comme vice-président, a aussitôt adressé «un blâme» à l’encontre de Moad Bouchareb qui refuse de se retirer de son poste du président de l’APN, comme le lui réclame le SG du parti. Il est aisé en outre de déduire que la création de cette commission intervient dans un contexte fait de tiraillements internes au sein du parti. La crise s’installe en effet au FLN qui s’entredéchire, incapable de régler ses différends internes sans les étaler sur la place publique. Se faisant, il se pourrait aussi que pour le SG, c’est là la meilleure des manières d’espérer récolter quelques dividendes pour le recouvrement de la légitimité.
Toutefois, en s’attaquant publiquement et depuis plusieurs jours au président de l’APN, il comprend aussi le risque de voir ladite Assemblée entraînée dans un nouveau scandale aux conséquences gravissimes, voire similaires à celles qui ont accompagné la destitution, en octobre dernier, de Saïd Bouhadja.
La chambre basse du Parlement risque à nouveau d’être réduite à une arène de règlement de comptes, eu égard à cette crise partisane qui secoue le vieux parti. C’est dire à quel point l’effet de la requête du SG du FLN réclamant le retrait du président et l’APN, sous le prétexte que c’est l’objet d’une revendication populaire, est des plus nuisible pour l’institution parlementaire, déjà fortement dépréciée, voire fortement décriée par de larges pans de la base citoyenne.  Sauf qu’un tel constat ne semble nullement préoccuper le SG du FLN qui maintient la pression pour aboutir à ses fins, c’est-à-dire destituer Moad Bouchareb. Dans son allocution de mercredi dernier, Mohamed Djemaï s’est même adressé à la justice pour «réagir» à l’encontre du président de l’Assemblée populaire nationale, instruisant les membres du groupe parlementaire de boycotter les séances plénières jusqu’au départ du président de l’APN.
La démarche de M. Djemaï  et loin de faire l’objet d’unanimité au sein même des militants du FLN.  «L’Algérie a besoin actuellement de tous les avis judicieux pour sortir de sa crise», a-t-il soutenu. Dans ce cadre, le secrétaire général du FLN a salué l’appel du Commandement de l’Armée nationale populaire (ANP) à un dialogue sérieux et réaliste. À ce propos, M. Djemaï a qualifié ce dialogue de «salut pour les Algériens», appelant le peuple à «s’unir autour de son Armée qui a joué son rôle constitutionnel et qui fait l’objet actuellement d’une campagne acharnée», et à «barrer la route à ceux qui prônent une période de transition en dehors de la Constitution dans une aventure dont les répercussions sont imprévisibles». Il a mis l’accent sur la nécessité d’adopter un dialogue basé sur le renforcement des fondements de l’État et des concessions», ainsi que «la nécessité de trouver des solutions à la crise à partir de la Constitution».
Karim Aoudia

Auteur: elmoudjahid
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